Une délégation belge de quelque 35 personnes examine cette semaine ce qui rend la scène technologique israélienne si spéciale. Ce 'tech-tour' est organisé par BetaGroup, la principale communauté web de notre pays.

Ce mardi, la délégation a pu constater qu'il n'y a pas qu'à Tel Aviv et dans ses environs qu'existe un puissant écosystème, mais qu'en Cisjordanie, il y a également pas mal de petites entreprises actives en IT et que toujours plus d'événements liés aux startups y sont organisés.

Selon Yahya Al-Salqan, président de Pita, la Palestinian IT Association of Companies, il est question de plus de 200 starters et PME, qui occupent conjointement quelque 10.000 personnes. Avant tout des entreprises actives dans l'externalisation (outsourcing) et dans le développement de logiciels, mais il y a aussi quelques startups qui se lancent dans les applis innovantes.

MobiStine en est un bel exemple. La petite entreprise d'Husni Abu Samrah a ainsi mis au point une appli ('GraviLog') qui cartographie les différents stades par lesquels passent les femmes enceintes, et qui transmet les informations collectées au médecin concerné. MobiStine est la seule startup du Moyen-Orient à avoir déjà été sélectionnée pour faire partie du prestigieux accélérateur Mass Challenge de Boston.

Durant sa visite d'une dizaine d'entreprises IT palestiniennes à Jérusalem, la délégation belge a pu constater que le secteur technologique offre le potentiel pour réaliser quelque chose que le gouvernement Likoud en pleins préparatifs du premier ministre conservateur Benjamin Netanyahu ne réussira assurément pas à faire, c'est-à-dire rapprocher Juifs et Palestiniens.

"Il y a des centaines de multinationales IT actives en Israël", a expliqué Tareq Maayah de l'externaliseur palestinien Exalt. "La lutte pour le talent fait rage, et les informaticien palestiniens sont financièrement plus abordables que leurs collègues israéliens. Donc oui, je fais des affaires avec Israël. Ce serait fou de ne pas miser sur notre talent, si la possibilité se présente."

Maayeh suggère que la collaboration avec les Israéliens rapproche les groupes ethniques: "C'est en apprenant vraiment à se connaître, en collaborant de manière intensive par exemple que l'on apprend à s'apprécier. Actuellement, cela se passe encore à très petite échelle, mais chaque Juif ou Palestinien qui est conscient que les gens avec qui il collabore, ont aussi une famille à entretenir et sont également faits de chair et de sang, peut améliorer les relations entre nos peuples à partir de sa propre expérience."

C'est le même message que distille Alan Feld, fondateur et directeur général de Vintage Investment Partners, l'un des principaux capital-risqueurs d'Israel: "Cisco effectue actuellement un excellent travail en rapprochant des entreprises israéliennes et palestiniennes. Cela ne peut que nous encourager à poursuivre sur cette voie."

"Il existe également une entreprise IT à Nazareth, Galil Software, qui externalise pas mal de travaux dans l'Est du pays. Nous n'en sommes encore qu'au début de cette évolution, mais c'est une situation 'win-win' pour les deux économies. Plus il y aura d'interaction entre Israéliens et Palestiniens, plus réaliste sera le scénario de voir la paix s'installer. Plus nous passerons du temps ensemble, mieux nous nous comprendrons. Nos hommes/femmes d'affaires assument donc une lourde responsabilité."

"Nous y contribuons du reste aussi. C'est ainsi que nous invitons des starters palestiniens à venir travailler dans nos bureaux et à venir régulièrement se présenter devant des capital-risqueurs israéliens. Si j'investirais dans une startup palestinienne? Et bien je ne l'exclus pas, même si cela ne s'est pas encore produit."

Réalité

Voilà qui nous ramène directement à la réalité, qui est pour l'instant ce qu'elle est: les premières tentatives de rapprochement se font encore à très petite échelle et sont souvent effectuées au départ des nombreuses multinationales actives en Israël.

Le climat politique ne facilite pas non plus les choses pour les Palestiniens. C'est ainsi qu'Husni Abu Samrah de MobiStine a eu besoin d'une heure et demie pour franchir tous les postes de contrôle en vue d'honorer son rendez-vous avec la délégation BetaGroup belge. Alors qu'il habite à quelques kilomètres seulement de Jérusalem, et qu'un petit quart d'heure aurait largement suffi dans des circonstances normales. Un représentant de l'autorité palestinienne (qui aurait dû normalement lui aussi rencontrer les Belges) s'est même vu carrément refuser l'accès à Jérusalem.

"Il est très malaisé de faire des affaires au départ des territoires occupés, où l'on peut à peine se déplacer", ajoute Abu Samrah. "Jusque tout récemment, il n'y avait que peu de capital-risqueurs actifs dans les territoires occupés, et notre gouvernement a un budget très serré. Vous voulez savoir s'il y a des fonds juifs qui investissent dans des starters palestiniens? Non, cela ne se fait pas encore. Israël n'est provisoirement pas intéressé."

"Donnez-nous encore quelques années", argumente-t-on chez Vintage Investment Partners. "Nous savons que les tentatives de rapprochement se trouvent dans une phase embryonnaire, mais les esprits doivent encore mûrir quelque peu, et nous avons besoin d'une histoire à succès évidente pour faire passer le message. Je conseille déjà à de nombreuses entreprises de notre portefeuille de faire appel à des informaticiens palestiniens. Ils sont bien formés, et les prix sont plus raisonnables qu'en Israël. D'un point de vue économique, l'on peut donc faire une excellente affaire."