Le département américain de la Justice a organisé une réunion vendredi passé, au cours de laquelle le vice-procureur public Jeffrey A. Rosen a exprimé son opposition au cryptage bout-à-bout. Et d'insister sur le fait qu'il est nécessaire que les services de police puissent visionner tous les messages de clavardage, afin de protéger la population.

Il évoqua explicitement le cas d'abus d'enfants. "En dehors du monde numérique, personne n'accepterait que des adultes puissent dans des espace clos s'en prendre à des enfants qu'ils ne connaissent pas, pour les entraîner à des abus sexuels."

Rosen utilisa ensuite une expression étonnante: "Je ne suggère pas par là qu'il faille affaiblir le cryptage", car il est opposé à l'installation de portes dérobées, a-t-il affirmé. "Les services de police veulent au contraire une porte avant, à savoir un accès via un système transparent et publiquement reconnu, lorsqu'un mandat judiciaire est délivré. Mais nous ne voulons pas posséder la clé de cette porte."

En bref, il veut dire que la police ne doit pas avoir un accès libre aux communications, mais uniquement à celles pour lesquelles un juge a délivré un mandat.

Affaiblissement

Les déclarations de Rosen ne sont toutefois pas correctes. C'est ainsi que la mise en oeuvre du cryptage bout-à-bout a justement comme but d'empêcher que l'exploitant d'un service de clavardage puisse lui-même lire les messages échangés. Cela évite en effet que les services d'ordre, mais aussi les pirates tentent aussi de les lire en procédant de la même façon. Une 'porte avant', comme Rosen le propose, représente donc par définition un affaiblissement du cryptage.

Il nous faut cependant faire observer ici que de nombreux services de clavardage viennent d'introduire le cryptage bout-à-bout suite au scandale NSA, lorsque le lanceur d'alertes Edward Snowden révéla au grand jour que les services de sécurité américains mettaient massivement sur écoute des citoyens. Les fournisseurs peuvent ainsi éviter de se voir eux-mêmes contraints de leur donner accès aux messages de clavardage.

Services de clavardage étrangers

Tout le monde n'est pas d'accord avec les arguments du département américain de la Justice. C'est ainsi que selon The Register, le sénateur Ron Wyden a insisté lors du même événement sur le fait que cette soi-disant porte avant représente encore et toujours une porte dérobée susceptible d'être abusée par des hackers.

Et d'ajouter que les Etats-Unis ne peuvent exercer une contrainte que sur les fournisseurs américains, tels Facebook (Messenger, Instagram et WhatsApp), Twitter ou Skype. Il craint donc que ce genre de mesure fasse surtout en sorte que les criminels exploitent des services cryptés étrangers.