Et non, ce n'est pas toujours Trump qui déclenche des guerres commerciales. Une réunion entre la Japon et la Corée du Sud dans le but d'apaiser les tensions entre les deux pays est tombée à l'eau, ce qui fait qu'un embargo commercial précédent reste ainsi toujours d'actualité. Une escalade du conflit pourrait impacter le ravitaillement mondial de micro-puces et de composants pour smartphones.

Le but des négociations prévues était de résoudre le conflit commercial entre les deux pays. Plus tôt ce mois-ci, le Japon a imposé des restrictions aux exportations vers la Corée du Sud, spécifiquement sur des matériaux, tels le fluorure d'hydrogène, utilisés dans des composants à haute valeur technologiques comme les semi-conducteurs. Officiellement, c'est parce qu'il s'agit d'éléments sensibles qui pourraient menacer la sécurité du pays du fait que la Corée du Sud ne contrôle pas assez rigoureusement les marchandises qui entrent sur son territoire.

Pas récent

Mais le litige ne semble pas être tout récent, puisqu'il remonte à un passé belliqueux entre le Japon et la Corée du Sud datant des années trente et quarante du siècle dernier. A cette époque, le Japon possédait de grandes parties de l'Asie, dont la presqu'île coréenne, où il força les habitants à travailler pour lui. Les plus connues et les plus tragiques de ces 'esclaves' étaient ce qu'on appelait les 'filles de consolation', à savoir des femmes coréennes, mais aussi chinoises et philippines qui étaient systématiquement violentées afin de 'rendre le moral' aux soldats nippons. En outre, le Japon contraignait des habitants locaux à travailler dans diverses usines pour maintenir opérationnelle sa machine de guerre.

Ce sont ces derniers qui se mettent à réclamer des compensations auprès de tribunaux sud-coréens. L'année dernière, la plus haute juridiction de la Corée du Sud ordonna ainsi que Mitsubishi verse des réparations pour avoir eu recours à l'esclavagisme dans ses usines durant la seconde Guerre Mondiale. Quelques semaines auparavant, un jugement similaire avait déjà été rendu à l'encontre de Nippon Steel & Sumitomo Metal.

Cela ne plaît pas du tout au Japon, qui préfère faire comme si ces méfaits de guerre n'avaient jamais existé et qui considère l'accord bilatéral conclu dans les années soixante entre les deux pays comme la fin de tout litige en la matière. Une grande partie du Japon estime du reste que les 'filles de consolation' par exemple étaient des volontaires. Un appel sud-coréen officiellement adressé à l'empereur japonais Akihito en février de cette année, pour qu'il présente ses excuses pour ces faits, fit l'objet de critiques acerbes. Le fait qu'à présent, les Sud-Coréens exigent de l'argent d'entreprises nippones et que le gouvernement sud-coréen laisse faire, n'est donc pas bien perçu au Japon.

Le premier ministre japonais Shinzo Abe a imposé un large embargo commercial sur les biens à haute valeur technologique à destination de la Corée du Sud. Selon le Japon, il n'est cependant nullement question d'une action de rétorsion vis-à-vis des procédures juridiques intentées en Corée. Le gouvernement japonais déclare vouloir imposer cet embargo à cause des contrôles pas suffisamment stricts que la Corée du Sud effectue sur les biens commerciaux entrant sur son territoire. A présent qu'une tentative d'apaisement a échoué, l'embargo restera encore quelque peu en vigueur, ce qui fait que la chaîne logistique de quelques entreprises sud-coréennes importantes risque d'être menacée.

Puces et semi-conducteurs

L'entreprise touchée la plus connue sera probablement Samsung Electronics, le plus important fabricant de puces DRAM et NAND flash au monde. Conjointement avec d'autres firmes coréennes telles SK Hynix, le géant Samsung fait partie du peloton de tête sur le plan de la fabrication de puces, semi-conducteurs et écrans LCD. Or nombre de matières premières nécessaires à cette fabrication proviennent du Japon. L'embargo commercial imposé par Abe semble dès lors aussi avoir comme but de mettre des bâtons dans les roues des plus grandes sociétés coréennes.

Tant Samsung Electronics que SK Hynix sont en outre d'importants fournisseurs d'autres géants technologiques, dont Apple. Si l'embargo se poursuit suffisamment longtemps, la chaîne mondiale de matériel technologique pourrait en subir également les contrecoups.

La nouvelle du conflit commercial a déjà temporairement poussé les prix des puces de mémoire DRAM vers le haut, ce qui est provisoirement une bonne nouvelle pour Samsung. Reste cependant à savoir si cela sera tenable à long terme. L'embargo pourrait poser problème au lancement de nouvelles puces et semi-conducteurs par exemple, voire de modems et d'infrastructures 5G sur lesquels Samsung travaille. Au vu des problèmes politiques auxquels Huawei est aux prises, la technologie 5G semble devenir de plus en plus un véritable sujet à la merci des rancunes internationales.