Selon The Guardian, qui a enquêté sur l'affaire en collaboration avec Motherboard, Süddeutsche Zeitung, le New York Times et la chaîne publique allemande NDR, le téléphone est saisi à la frontière et un agent local installe l'application.

Cette mesure touche les personnes qui traversent la frontière entre le Kirghizistan et la région chinoise du Xinjiang. C'est la région des Ouïgours, un peuple turc de musulmans sunnites en Chine.

L'application est de facto un logiciel malveillant. Elle recherche les messages, les courriels, les éléments de calendrier et les registres téléphoniques qui sont ensuite transférés. Le logiciel malveillant recherche également la présence de quelque 73 000 fichiers sur votre smartphone. Les touristes ne sont pas avertis qu'ils devront se défaire de leur téléphone ou que l'application espion sera installée.

Motherboard et Süddeutsche Zeitung ont pu obtenir un exemplaire du logiciel malveillant par l'intermédiaire d'un touriste. Entre-temps, ils ont partagé l'application sur Github, mais l'ont aussi fait analyser pour savoir quelle est sa fonction. Les 73 000 dossiers recherchés n'ont pas tous pu être identifiés, mais il a été possible de le faire pour quelque 1 300 d'entre eux. Il s'agit notamment de PDF sur le Dalaï-Lama, de livres sur l'islam et sur le Coran (extraits), de contenus islamistes extrêmes, mais aussi de la musique du groupe de métal japonais Unholy Grave, connu notamment pour sa chanson "Taiwan - Another China".

Le fait que la Chine mène de telles actions dans cette région n'est pas vraiment surprenant. Nous écrivions déjà en 2017 que les autorités locales du Xinjiang obligeaient les citoyens à installer un logiciel espion et que cette mesure était dirigée contre la population musulmane locale. L'application bloquait certains sites et applications, gardait une trace des chats et recherchait des images illégales dans les téléphones. Quiconque n'installait pas l'application risquait une peine de prison. Dans la région, la population ouïghoure est depuis longtemps visée par les systèmes de reconnaissance faciale et les caméras de sécurité, entre autres.