Tout comme une série d'autres pays, la Belgique dispose d'un système de 'tax free shopping' pour les citoyens extérieurs à l'UE. Lorsque l'un d'eux effectue un achat de plus de cinquante euros dans un magasin chez nous, il peut demander le remboursement de la TVA payée avant de quitter le territoire. Pour les vêtements, il s'agit par exemple de 21 pour cent, et pour les pralines, un souvenir toujours très apprécié, c'est 6 pour cent. "L'objectif de cette exonération est de stimuler l'économie locale en incitant les touristes à acheter ici", déclare Ziv Tirosh, co-fondateur et CEO de Refundit, à Data News. Mais ce système est rarement utilisé, parce que la quantité d'obstacles bureaucratiques à ce genre de remboursement est grande. Une appli pour smartphone devrait à présent améliorer la situation.

La jeune entreprise israélienne Refundit, fondée par Tirosh et Uri Levine (co-fondateur de Waze), entend en effet numériser tout le processus. Car ce dernier se base actuellement encore entièrement sur le papier, selon Tirosh. "Le touriste entre dans une boutique et doit d'abord demander si cette dernière autorise les remboursements de la TVA. Comme cela représente toute une paperasserie pour le propriétaire d'une petite boutique, il ne le fait généralement pas. Par contre, les grands magasins s'y prêtent. Ils recourent habituellement à une agence qui règle tout pour eux. Le touriste doit cependant y remplir un formulaire, conjointement avec le vendeur. Ce formulaire sert alors de preuve de paiement. Le touriste se rend alors à l'aéroport et prend place dans la file d'attente à la douane."

La douane examine le ou les formulaires et si tout est en ordre, le touriste reçoit en retour son ou ses formulaires estampillés. Il peut alors se rendre au stand du bureau de remboursements, qui lui versera le montant de la TVA. "Ces bureaux de remboursements demandent en général trente à quarante pour cent de frais de commission. Nous, nous demandons neuf pour cent", fait encore observer finement Tirosh.

Par la voie numérique

Cette complexité fait en sorte que beaucoup de touristes n'utilisent pas le système en place, selon Refundit. Nonante pour cent des remboursements, soit 23 milliards d'euros au niveau mondial, ne seraient ainsi pas sollicités. En réduisant la paperasserie, cela devrait être plus facile. "Lorsqu'un touriste utilise notre appli, il lui suffit d'effectuer une photo de sa preuve de paiement", explique Tirosh. A cet égard, le système ressemble quelque peu aux applis de frais généraux telles Rydoo, même si le moteur sous-jacent est différent. "Le touriste voit directement apparaître le montant de son remboursement", poursuit Tirosh. Quelques heures avant qu'il se rende à l'aéroport, il peut envoyer sa demande. "Les douaniers reçoivent alors cette demande à l'écran avec les photos des différentes preuves de paiement des achats, complétées éventuellement par des informations supplémentaires que nous possédons sur des magasins frauduleux par exemple. La douane peut alors prendre sa décision en connaissance de cause." Si tout est en ordre, le touriste recevra la confirmation du remboursement de la TVA, avant même qu'il ne se rende à l'aéroport et ne devra plus faire la file.

'Nous sommes une startup sociale'

Un important avantage de l'appli, selon ses auteurs, c'est en outre le fait que le magasin ne doit désormais plus rien faire. "La réalité aujourd'hui, c'est que quand un touriste entre dans un petite boutique à Namur par exemple, le vendeur ne sait pas ce qu'il doit faire. Il n'y a que les grands magasins qui sont au courant. Mais comme notre appli remplace la paperasserie, cela ne posera désormais plus de problème non plus aux petites boutiques", ajoute Tirosh. "Nous sommes une startup sociale, parce que nous venons en aide aux commerçants et aux touristes. Il s'agit en fait d'un service gratuit que les magasins peuvent proposer."

Point étonnant: la Belgique est le premier pays à s'associer à Refundit. "Vous êtes les premiers à ce faire, les premiers qui ont immédiatement compris ce que nous voulons faire", précise Tirosh. L'entreprise fait à présent tourner un projet-pilote dans notre pays, ce qui signifie que son appli pour touristes fonctionne tout simplement déjà chez nous. "La Belgique est un leader. Ce n'est pas rien de le dire. Il s'agit d'un système complexe, où collaborent le public et le privé, qui offre des possibilités aux petites boutiques de vendre davantage. Refundit dispose déjà d'un premier bureau et de ses premiers collaborateurs belges à Bruxelles. A partir de là, nous allons examiner notamment comment nous pouvons nous étendre à d'autres pays européens. Cela passe entre autres par une collaboration avec des conseillers juridiques de PwC Legal, afin d'explorer les règles en vigueur dans les différents pays de l'UE.

"Car nous nous concentrons sur l'Europe", prétend Tirosh. "Il y a 52 pays appliquant ce genre de système de remboursements, dont 28 font partie de l'UE." En combinaison avec une forte concentration d'attractions touristiques, il lui apparaît sensé de tenter de s'ancrer progressivement dans tous ces pays. Le prochain état envisagé est la Slovaquie.

Rayon clients, Refundit cible les grands pays susceptibles d'utiliser le système, tels les Etats-Unis, la Chine et la Russie. "Pour les Européens, l'appli s'avère aussi intéressante, s'ils veulent faire du shopping au Mexique ou à Singapour par exemple", ajoute encore Tirosh. Le principal stimulant pour l'appli, toujours selon lui, est la croissance du tourisme mondial: "Cette progression est due aux compagnies aériennes à bas prix et à une classe moyenne toujours plus importante. A peine neuf pour cent des Chinois disposent aujourd'hui d'un passeport. Cela représente 120 millions de personnes qui ont gravi l'échelle économique et qui ont épargné suffisamment d'argent pour pouvoir voyager. C'est la première génération, qui sera suivie par bien d'autres. Quand on voit les files d'attentes aux aéroports, elles vont ne faire que s'amplifier."

Refundit a été fondée il y a un an et sept mois par deux 'serial entrepreneurs'. Tirosh avait déjà créé Stockton, tandis qu'Uri Levine avait cofondé Waze. La startup a été financée avec des moyens privés et est installée en Israël. Elle occupe une vingtaine d'employés.