Tout a commencé en 2015, lorsque l'organisateur du Tour de France, ASO, a réalisé qu'il devenait urgent de faire entrer cet événement cycliste dans l'ère du numérique. L'entreprise Dimension Data, qui a entre-temps été rachetée par NTT, était déjà un sponsor dans le monde du cyclisme (son nom était mentionné sur les maillots) avant d'être choisie comme partenaire technologique du Tour de France. Peter Gray était déjà présent au sein de l'entreprise à l'époque et est aujourd'hui responsable du "Technology Program" de NTT et ASO. Le titre officiel mentionné sur sa carte de visite NTT est "Senior Vice President, Advanced Technology Group : Sport".

Au commencement, il y a eu la collecte de données

"En 2015, ASO s'est retrouvé face au grand défi de monter dans le train du numérique et d'emmener les fans de cyclisme avec lui", explique Peter Gray, vêtu pour l'occasion d'un maillot cycliste et installé devant un fond virtuel représentant le Tour de France, à Data News. "Notre mission consistait à offrir aux fans une nouvelle technologie et de nouveaux produits. Ce ne fut pas évident au début, étant donné que la capacité informatique était encore très limitée à ce moment-là et que le Tour de France n'était alors diffusé qu'à la télévision, un contexte difficile pour miser sur l'innovation numérique", se souvient Peter. "Pendant les cinq premières années, notre tâche était donc de récolter des données et de les utiliser pour enrichir les émissions télévisées, de sorte que les téléspectateurs comprennent mieux ce qui se passe pendant la course."

Peter Gray, NTT/DN
Peter Gray © NTT/DN

Réseaux sociaux et apps

Au fil du temps, les réseaux sociaux et les apps ont fait leur apparition. Après l'IoT (notamment des capteurs permettant de rassembler des données sur les coureurs), le machine learning et l'intelligence artificielle sont arrivés. Sans oublier plusieurs plateformes bien faites, pour ordinateur comme pour appareils mobiles, qui permettent d'analyser énormément de données (en temps réel) pendant les émissions en direct et/ou dans les apps et sur les réseaux sociaux. "De données limitées collectées manuellement et d'options numériques très réduites, nous sommes passés ces dernières années à des plateformes et fonctionnalités enrichies en données absolument incroyables, qui améliorent non seulement la diffusion à la télévision, mais aussi les apps et l'expérience des fans. Et aujourd'hui, on assiste aussi à l'avènement de la réalité virtuelle et augmentée", poursuit Peter.

Les données et analyses en temps réel sont aussi partagées sur les réseaux sociaux comme Twitter. , NTT/DN
Les données et analyses en temps réel sont aussi partagées sur les réseaux sociaux comme Twitter. © NTT/DN

Quelles nouveautés cette année ?

Cette année, l'accent est mis sur l'expérience des amateurs de courses cyclistes. "Comment pouvons-nous améliorer l'expérience des innombrables fans tout au long des étapes de la course ? Voilà la question à laquelle ASO a voulu répondre. C'est alors que nous avons proposé l'approche 'Connected Stadium', comme celle qui existe déjà dans les stades de football. La difficulté était cependant que, dans notre cas, il n'existe pas un seul et unique stade connecté, mais de multiples lieux de course répartis sur des kilomètres. Et aussi le fait que chaque jour, pendant trois semaines, il faut tout déménager vers l'emplacement de l'étape suivante", indique Peter pour expliquer ses conditions de travail pendant le Tour de France.

L'année dernière, la décision a été prise de créer un jumeau numérique discret de l'événement. "Cette année, nous avons choisi d'aller beaucoup plus loin avec ce jumeau numérique. Nous consignerons toutes les informations disponibles concernant toutes les opérations, la logistique et les différents lieux. Nous prendrons aussi une photo numérique de tous les véhicules de la course, en ce compris la caravane publicitaire. Et nous enregistrerons l'affluence à chaque endroit", raconte Peter avec passion. Ce principe du jumeau numérique offre toutes sortes de possibilités, tant aux collaborateurs du Tour qu'au public. Ainsi, les collaborateurs disposeront d'une app dédiée à l'événement, dans laquelle ils pourront ouvrir un tableau de bord qui leur donnera un aperçu global de l'événement. Le public, de son côté, pourra profiter de contenus et de services basés sur la géolocalisation. Pour certaines étapes, il y aura également des explications historiques sur les cols que les coureurs grimperont et les villes et villages qu'ils traverseront, mais aussi des anecdotes (touristiques) sur l'un ou l'autre lieu. Le contenu sera donc adapté à l'emplacement de chaque étape.

Les diffusions en direct à la télévision sont enrichies à l'aide de données. , NTT/DN
Les diffusions en direct à la télévision sont enrichies à l'aide de données. © NTT/DN

"La géolocalisation combinée à des capteurs, des données en temps réel, des données historiques, l'intelligence artificielle et le machine learning : tout cela permet de proposer un ETA (Estimated Time of Arrival, ndlr) sur une application mobile. Mais cela permet aussi aux fans sur le bord de la route de savoir combien de temps il leur faudra encore attendre avant le passage du peloton et s'ils ont encore le temps d'aller se chercher une petite bière", ajoute Peter en riant.

Cette année, NTT et ASO ont aussi innové en créant un "humain numérique". Ainsi, NTT a développé un kiosque interactif dans lequel se trouve un avatar humain très réaliste, créé au moyen de l'IA et formé à donner des informations sur la course et aux touristes. Cette technologie a fait l'objet d'une démonstration dans le fanshop officiel lors du coup d'envoi du Tour à Copenhague, mais est aussi transportée chaque jour dans le Technical Truck de NTT.

Pour des mises à jour des données pendant le Tour de France, suivez @letourdata sur Twitter.

Co-innover

Au cours de notre entretien avec Peter Gray, nous constatons qu'il mentionne très souvent "NTT et ASO". "C'est parce qu'il s'agit vraiment d'un partenariat en co-innovation. Je travaille en étroite collaboration avec le CIO d'ASO. Nous réfléchissons et oeuvrons ensemble à de nouvelles idées et grands thèmes que nous souhaitons développer dans les années à venir", nous répond Peter. "Tout est aussi réévalué chaque année. Un projet n'a pas donné suffisamment de résultats ? Nous pouvons alors décider de le mettre sur pause. Cet 'humain numérique' dont je viens de parler, nous l'avions déjà il y a quelques années. Mais nous trouvions à l'époque que la technologie de reconnaissance vocale n'était pas assez développée pour que cette innovation soit concluante. Cette technologie s'est largement améliorée ces dernières années, notamment grâce au deep learning et au machine learning, ce qui nous permet de proposer ce concept cette année de manière efficace. C'est une situation que nous connaissons bien : avoir une bonne idée, mais ne pas disposer d'une technologie suffisamment mature pour la concrétiser."

De nouvelles informations sur les écrans de télévision grâce aux données., NTT/DN
De nouvelles informations sur les écrans de télévision grâce aux données. © NTT/DN

Définir les priorités

Pour le Tour de France, les idées ne manquent pas. "Chez NTT, nous sommes constamment à la recherche de nouvelles idées. Mais l'organisateur du Tour a lui aussi des idées, de même que les secteurs de l'IT, du sport et de la retransmission télévisée. Nous puisons souvent nos idées dans des hackfests ou autres événements du monde de la technologie. Nous avons également organisé notre propre hackfest à l'échelle de NTT, qui a remporté un grand succès." Les bonnes idées viennent non seulement d'amateurs de cyclisme, mais aussi de non-fans. Peter l'a bien compris : "Le principe de la géolocalisation vient par exemple d'un hackfest, tout comme la fonctionnalité de réalité augmentée pour les membres du Tour de France Club."

Il s'agit surtout d'établir des priorités, notamment au moyen de panels d'évaluation. "Parfois, il faut aussi mettre des idées en attente. Notre travail sur la base du machine learning n'aurait par exemple jamais pu être réalisé si nous n'avions pas commencé, il y a des années, à collecter les données nécessaires. Sans données de qualité, on ne peut créer aucun modèle et le machine learning ne rime à rien."

Impossible désormais d'imaginer un peloton sans technologie., NTT/DN
Impossible désormais d'imaginer un peloton sans technologie. © NTT/DN

Et l'avenir ?

Le jumeau numérique et la géolocalisation sont deux piliers de ce que nous réserve l'avenir. "Nous aimerions pouvoir proposer des wayfinding solutions. L'app permettra ainsi de trouver son chemin dans le village du Tour et parmi les nombreuses installations. Cela peut sembler futile, mais le Tour ressemble chaque année à un monde miniature très animé dans lequel on se perd facilement. Ce petit monde se déplace aussi au quotidien, ce qui modifie chaque jour notre environnement de travail", explique Peter. "Nous n'y sommes pas encore, mais nous disposons les pièces du puzzle pour pouvoir bientôt offrir ces wayfinding solutions. Par exemple, nous plaçons déjà des capteurs GPS sur tous les objets importants, afin que ceux-ci soient traçables via l'IoT."

Des capteurs sont déverrouillés via l'IoT et permettent de récolter des données sur les coureurs., NTT/DN
Des capteurs sont déverrouillés via l'IoT et permettent de récolter des données sur les coureurs. © NTT/DN

Environnement de travail

Ce déménagement quotidien pour suivre les étapes du Tour s'accompagne de défis en termes d'infrastructure. "Il faut tenir compte d'énormément de choses. Toutes les installations doivent résister à des conditions météorologiques extrêmes, mais doivent aussi être assez solides pour supporter trois semaines de voyages incessants. Un jour, nos serveurs nous ont lâchés. Les barrettes de RAM s'étaient détachées pendant le trajet. Ce sont des choses qu'on apprend à gérer en cours de route", raconte Peter en riant.

Au niveau de l'IT, la difficulté consiste aussi à examiner quels objets et quels collaborateurs doivent être présents physiquement pendant la course, ce qui peut être mis dans le cloud et qui peut offrir un soutien à distance. Une technologie et un soutien locaux sont toujours assurés (sous la forme d'une équipe de quatre personnes), mais il y a aussi des tas de services basés dans le cloud. Nous disposons d'une équipe de service gérée de manière centralisée (une trentaine de personnes), qui réalise un suivi continu à distance. "Il y a même des personnes en Australie qui travaillent pendant que nous dormons", précise Peter.

La course est suivie depuis le camion NTT., NTT/DN
La course est suivie depuis le camion NTT. © NTT/DN

"Certaines choses ne doivent pas spécialement se faire sur place. Une fois la course finie, il faut tout démonter, ce qui implique aussi de couper Internet. Pour une personne qui souhaiterait analyser la course sur la base de données, ce n'est bien sûr pas l'idéal. C'est la raison pour laquelle notre Data Scientist n'est pas présent sur les sites de la course : en effet, il n'y a pas de sens qu'il soit sur place pour réaliser un travail qu'il peut faire plus efficacement à distance", souligne Peter pour illustrer le principe d'environnement de travail hybride.

Voilà à quoi ressemble la version mobile du "Race Center"., NTT/DN
Voilà à quoi ressemble la version mobile du "Race Center". © NTT/DN

Au cours de notre entretien avec Peter Gray, nous décelons à plusieurs reprises la passion dans sa voix. Une passion pour la technologie, mais aussi pour le cyclisme. Il semble réellement fait pour ce travail. Pour clôturer cet agréable moment en compagnie de Peter, nous lui demandons ce qu'il aurait voulu faire autrement au cours de ces huit années écoulées. Pour la première fois depuis le début de l'interview, Peter ne sait pas quoi répondre. "Cette question est difficile ! Dans l'ensemble, je pense que j'aurais voulu faire les choses plus rapidement. Mais d'un autre côté, la technologie évolue souvent si vite qu'on peut se retrouver coincé au niveau de la vitesse d'exécution. Sans compter qu'il faut aussi à chaque fois impliquer toutes les parties prenantes. Les fans et les téléspectateurs doivent nous suivre dans les changements technologiques. Dans ce contexte, ASO nous aide beaucoup et nous fait parfois clairement comprendre qu'il n'est pas nécessaire d'adopter une nouvelle technologie simplement parce qu'elle est désormais disponible." Nouveau silence... "Mais je veux toujours aller plus vite. C'est dans ma nature et on ne me changera plus !", termine Peter avec le sourire.

Le 24 juillet prochain, dernier jour du Tour de France masculin 2022, débutera le premier Tour féminin sur les Champs-Élysées. Pas moins de 24 équipes de 6 coureuses prendront part à cette édition réservée aux femmes, qui se terminera le 31 juillet à La Super Planche des Belles Filles. Pour la première fois, NTT mettra sa technologie au service du cyclisme féminin avec le "Tour de France Femmes avec Zwift". En parallèle, NTT est aussi le partenaire technologique officiel des courses féminines de Paris-Roubaix, la Flèche wallonne et Liège-Bastogne-Liège.

Tout a commencé en 2015, lorsque l'organisateur du Tour de France, ASO, a réalisé qu'il devenait urgent de faire entrer cet événement cycliste dans l'ère du numérique. L'entreprise Dimension Data, qui a entre-temps été rachetée par NTT, était déjà un sponsor dans le monde du cyclisme (son nom était mentionné sur les maillots) avant d'être choisie comme partenaire technologique du Tour de France. Peter Gray était déjà présent au sein de l'entreprise à l'époque et est aujourd'hui responsable du "Technology Program" de NTT et ASO. Le titre officiel mentionné sur sa carte de visite NTT est "Senior Vice President, Advanced Technology Group : Sport"."En 2015, ASO s'est retrouvé face au grand défi de monter dans le train du numérique et d'emmener les fans de cyclisme avec lui", explique Peter Gray, vêtu pour l'occasion d'un maillot cycliste et installé devant un fond virtuel représentant le Tour de France, à Data News. "Notre mission consistait à offrir aux fans une nouvelle technologie et de nouveaux produits. Ce ne fut pas évident au début, étant donné que la capacité informatique était encore très limitée à ce moment-là et que le Tour de France n'était alors diffusé qu'à la télévision, un contexte difficile pour miser sur l'innovation numérique", se souvient Peter. "Pendant les cinq premières années, notre tâche était donc de récolter des données et de les utiliser pour enrichir les émissions télévisées, de sorte que les téléspectateurs comprennent mieux ce qui se passe pendant la course."Au fil du temps, les réseaux sociaux et les apps ont fait leur apparition. Après l'IoT (notamment des capteurs permettant de rassembler des données sur les coureurs), le machine learning et l'intelligence artificielle sont arrivés. Sans oublier plusieurs plateformes bien faites, pour ordinateur comme pour appareils mobiles, qui permettent d'analyser énormément de données (en temps réel) pendant les émissions en direct et/ou dans les apps et sur les réseaux sociaux. "De données limitées collectées manuellement et d'options numériques très réduites, nous sommes passés ces dernières années à des plateformes et fonctionnalités enrichies en données absolument incroyables, qui améliorent non seulement la diffusion à la télévision, mais aussi les apps et l'expérience des fans. Et aujourd'hui, on assiste aussi à l'avènement de la réalité virtuelle et augmentée", poursuit Peter.Cette année, l'accent est mis sur l'expérience des amateurs de courses cyclistes. "Comment pouvons-nous améliorer l'expérience des innombrables fans tout au long des étapes de la course ? Voilà la question à laquelle ASO a voulu répondre. C'est alors que nous avons proposé l'approche 'Connected Stadium', comme celle qui existe déjà dans les stades de football. La difficulté était cependant que, dans notre cas, il n'existe pas un seul et unique stade connecté, mais de multiples lieux de course répartis sur des kilomètres. Et aussi le fait que chaque jour, pendant trois semaines, il faut tout déménager vers l'emplacement de l'étape suivante", indique Peter pour expliquer ses conditions de travail pendant le Tour de France.L'année dernière, la décision a été prise de créer un jumeau numérique discret de l'événement. "Cette année, nous avons choisi d'aller beaucoup plus loin avec ce jumeau numérique. Nous consignerons toutes les informations disponibles concernant toutes les opérations, la logistique et les différents lieux. Nous prendrons aussi une photo numérique de tous les véhicules de la course, en ce compris la caravane publicitaire. Et nous enregistrerons l'affluence à chaque endroit", raconte Peter avec passion. Ce principe du jumeau numérique offre toutes sortes de possibilités, tant aux collaborateurs du Tour qu'au public. Ainsi, les collaborateurs disposeront d'une app dédiée à l'événement, dans laquelle ils pourront ouvrir un tableau de bord qui leur donnera un aperçu global de l'événement. Le public, de son côté, pourra profiter de contenus et de services basés sur la géolocalisation. Pour certaines étapes, il y aura également des explications historiques sur les cols que les coureurs grimperont et les villes et villages qu'ils traverseront, mais aussi des anecdotes (touristiques) sur l'un ou l'autre lieu. Le contenu sera donc adapté à l'emplacement de chaque étape."La géolocalisation combinée à des capteurs, des données en temps réel, des données historiques, l'intelligence artificielle et le machine learning : tout cela permet de proposer un ETA (Estimated Time of Arrival, ndlr) sur une application mobile. Mais cela permet aussi aux fans sur le bord de la route de savoir combien de temps il leur faudra encore attendre avant le passage du peloton et s'ils ont encore le temps d'aller se chercher une petite bière", ajoute Peter en riant.Cette année, NTT et ASO ont aussi innové en créant un "humain numérique". Ainsi, NTT a développé un kiosque interactif dans lequel se trouve un avatar humain très réaliste, créé au moyen de l'IA et formé à donner des informations sur la course et aux touristes. Cette technologie a fait l'objet d'une démonstration dans le fanshop officiel lors du coup d'envoi du Tour à Copenhague, mais est aussi transportée chaque jour dans le Technical Truck de NTT.Au cours de notre entretien avec Peter Gray, nous constatons qu'il mentionne très souvent "NTT et ASO". "C'est parce qu'il s'agit vraiment d'un partenariat en co-innovation. Je travaille en étroite collaboration avec le CIO d'ASO. Nous réfléchissons et oeuvrons ensemble à de nouvelles idées et grands thèmes que nous souhaitons développer dans les années à venir", nous répond Peter. "Tout est aussi réévalué chaque année. Un projet n'a pas donné suffisamment de résultats ? Nous pouvons alors décider de le mettre sur pause. Cet 'humain numérique' dont je viens de parler, nous l'avions déjà il y a quelques années. Mais nous trouvions à l'époque que la technologie de reconnaissance vocale n'était pas assez développée pour que cette innovation soit concluante. Cette technologie s'est largement améliorée ces dernières années, notamment grâce au deep learning et au machine learning, ce qui nous permet de proposer ce concept cette année de manière efficace. C'est une situation que nous connaissons bien : avoir une bonne idée, mais ne pas disposer d'une technologie suffisamment mature pour la concrétiser."Pour le Tour de France, les idées ne manquent pas. "Chez NTT, nous sommes constamment à la recherche de nouvelles idées. Mais l'organisateur du Tour a lui aussi des idées, de même que les secteurs de l'IT, du sport et de la retransmission télévisée. Nous puisons souvent nos idées dans des hackfests ou autres événements du monde de la technologie. Nous avons également organisé notre propre hackfest à l'échelle de NTT, qui a remporté un grand succès." Les bonnes idées viennent non seulement d'amateurs de cyclisme, mais aussi de non-fans. Peter l'a bien compris : "Le principe de la géolocalisation vient par exemple d'un hackfest, tout comme la fonctionnalité de réalité augmentée pour les membres du Tour de France Club."Il s'agit surtout d'établir des priorités, notamment au moyen de panels d'évaluation. "Parfois, il faut aussi mettre des idées en attente. Notre travail sur la base du machine learning n'aurait par exemple jamais pu être réalisé si nous n'avions pas commencé, il y a des années, à collecter les données nécessaires. Sans données de qualité, on ne peut créer aucun modèle et le machine learning ne rime à rien."Le jumeau numérique et la géolocalisation sont deux piliers de ce que nous réserve l'avenir. "Nous aimerions pouvoir proposer des wayfinding solutions. L'app permettra ainsi de trouver son chemin dans le village du Tour et parmi les nombreuses installations. Cela peut sembler futile, mais le Tour ressemble chaque année à un monde miniature très animé dans lequel on se perd facilement. Ce petit monde se déplace aussi au quotidien, ce qui modifie chaque jour notre environnement de travail", explique Peter. "Nous n'y sommes pas encore, mais nous disposons les pièces du puzzle pour pouvoir bientôt offrir ces wayfinding solutions. Par exemple, nous plaçons déjà des capteurs GPS sur tous les objets importants, afin que ceux-ci soient traçables via l'IoT."Ce déménagement quotidien pour suivre les étapes du Tour s'accompagne de défis en termes d'infrastructure. "Il faut tenir compte d'énormément de choses. Toutes les installations doivent résister à des conditions météorologiques extrêmes, mais doivent aussi être assez solides pour supporter trois semaines de voyages incessants. Un jour, nos serveurs nous ont lâchés. Les barrettes de RAM s'étaient détachées pendant le trajet. Ce sont des choses qu'on apprend à gérer en cours de route", raconte Peter en riant.Au niveau de l'IT, la difficulté consiste aussi à examiner quels objets et quels collaborateurs doivent être présents physiquement pendant la course, ce qui peut être mis dans le cloud et qui peut offrir un soutien à distance. Une technologie et un soutien locaux sont toujours assurés (sous la forme d'une équipe de quatre personnes), mais il y a aussi des tas de services basés dans le cloud. Nous disposons d'une équipe de service gérée de manière centralisée (une trentaine de personnes), qui réalise un suivi continu à distance. "Il y a même des personnes en Australie qui travaillent pendant que nous dormons", précise Peter."Certaines choses ne doivent pas spécialement se faire sur place. Une fois la course finie, il faut tout démonter, ce qui implique aussi de couper Internet. Pour une personne qui souhaiterait analyser la course sur la base de données, ce n'est bien sûr pas l'idéal. C'est la raison pour laquelle notre Data Scientist n'est pas présent sur les sites de la course : en effet, il n'y a pas de sens qu'il soit sur place pour réaliser un travail qu'il peut faire plus efficacement à distance", souligne Peter pour illustrer le principe d'environnement de travail hybride.Au cours de notre entretien avec Peter Gray, nous décelons à plusieurs reprises la passion dans sa voix. Une passion pour la technologie, mais aussi pour le cyclisme. Il semble réellement fait pour ce travail. Pour clôturer cet agréable moment en compagnie de Peter, nous lui demandons ce qu'il aurait voulu faire autrement au cours de ces huit années écoulées. Pour la première fois depuis le début de l'interview, Peter ne sait pas quoi répondre. "Cette question est difficile ! Dans l'ensemble, je pense que j'aurais voulu faire les choses plus rapidement. Mais d'un autre côté, la technologie évolue souvent si vite qu'on peut se retrouver coincé au niveau de la vitesse d'exécution. Sans compter qu'il faut aussi à chaque fois impliquer toutes les parties prenantes. Les fans et les téléspectateurs doivent nous suivre dans les changements technologiques. Dans ce contexte, ASO nous aide beaucoup et nous fait parfois clairement comprendre qu'il n'est pas nécessaire d'adopter une nouvelle technologie simplement parce qu'elle est désormais disponible." Nouveau silence... "Mais je veux toujours aller plus vite. C'est dans ma nature et on ne me changera plus !", termine Peter avec le sourire.