On se rapproche progressivement du stade, où les ordinateurs seront plus performants que les médecins traditionnels dans la détection de maladies. Un système autodidacte qui, sur base d'un scan 3D, peut poser un diagnostic de maladies oculaires, en est le tout dernier exemple.

Pour développer l'appareil, DeepMind de Google collabore avec la clinique londonienne des yeux Moorfields et avec un institut d'ophtalmologie de l'University College London. Sur base de 14.884 scans oculaires, les chercheurs ont formé deux réseaux neuraux. Les scans ont été réalisés de manière anonyme, pour éviter que des informations médicales n'aboutissent chez Google via un chemin de travers.

Les diagnostics posés par DeepMind ont été comparés à ceux rendus par des médecins. Il en est ressorti que 94 pour cent étaient corrects. DeepMind n'a omis aucune affection et n'a proposé que deux 'false positives' (des diagnostics demandant l'intervention urgente d'un médecin, mais dans les deux cas, rien de sérieux na été détecté).

La technique utilisée est expliquée dans un article publié hier lundi dans la revue scientifique Nature Medicine.

Comment cette technique peut-elle aider les oculistes?

Ces dernières années, les scans oculaires se sont nettement améliorés. Il en résulte que beaucoup plus de personnes sont orientées vers des hôpitaux. Cela se traduit par des listes d'attente, y compris pour les patients qui doivent pourtant être traités dans l'urgence pour éviter de devenir aveugles. "Le nombre de scans oculaires croît nettement plus rapidement que le nombre d'experts humains capables d'interpréter ces scans. De ce fait, le diagnostic posé et le traitement des maladies oculaires peuvent prendre du retard, ce qui peut s'avérer désastreux pour les patients", déclare Pearse Keane, un ophtalmologue de Moorfields.

Le système développé par DeepMind indique pour sa part quels patients doivent être prioritaires. "A long terme, nous espérons qu'il aidera les médecins à donner priorité aux patients qui ont besoin d'un traitement urgent. En fin de compte, cela pourrait en effet leur sauver la vue'', déclare-t-on chez DeepMind.

Les premiers tests devraient être effectués l'année prochaine. Ce serait la première fois qu'un algorithme de DeepMind aboutirait dans du matériel de soins.

DeepMind a été fondée en 2010 par le chercheur syro-britannique Mustafa Suleyman et deux amis. Google l'a rachetée, il y a quatre ans, pour un demi-milliard de dollars. L'AI, qui y a été mise au point, était surtout connue grâce à AlphaGo, un ordinateur qui a appris de lui-même à jouer au jeu Go et qui a battu, il y a deux ans, le champion du monde humain.

Outre DeepMind, d'autres branches de recherche de Google sont occupées sur l'AI à des fins médicales. C'est ainsi que Google a aussi récemment développé un microscope AR capable de détecter les cellules cancéreuses.