L'appli, baptisée Talkin, doit permettre aux agents de police de trouver plus facilement un interprète pour une audition par exemple. "Si un agent de police a besoin d'un interprète à court terme, il consulte une liste d'interprètes assermentés. Ces derniers ne sont cependant pas toujours disponibles. Il faut donc souvent appeler dix à vingt personnes pour en trouver une qui le soit", déclare Benjamin Van Hemelryck, interprète lui-même et responsable de l'appli chez Lextra Lingua.

Voilà pourquoi l'association lance à présent une liste numérique des disponibilités. "Elle repose sur une base volontaire. Les interprètes y saisissent leurs disponibilités, conjointement avec les langues pour lesquelles ils sont assermentés. La police peut alors signaler par exemple avoir besoin à telle date d'un interprète en néerlandais, et elle recevra la liste des interprètes disponibles ce jour-là", explique Van Hemelryck. "Nous trouvons que les personne, qui sont concernées pour une raison ou une autre par la justice, doivent pouvoir s'expliquer de manière optimale et pouvoir être comprises par celles qui les interrogent. Souvent, en l'absence d'interprète, on tente de se débrouiller, mais ce n'est pas optimal, surtout lorsqu'il s'agit de faits graves par exemple."

L'appli est bien accueillie, parce qu'elle permet tant aux interprètes qu'à la police de gagner du temps. "L'idée de concevoir l'appli remonte à plusieurs années déjà. Chez Lingua Lextra, on a constaté qu'on appelait beaucoup d'interprètes qui n'étaient pas disponibles. Nous avons donc sorti une liste sur laquelle les interprètes indiquaient volontairement quand ils étaient disponibles. Et les commissariats utilisaient cette liste. L'inconvénient, c'est évidemment que c'était sur papier et qu'il fallait envoyer cette liste chaque mois. L'appli, elle, est numérique, et chaque interprète peut adapter sa disponibilité à tout moment."

' Je trouve dommage que ce soit une a.s.b.l. qui doive veiller à numériser des activités de la police'

En cette ère de numérisation poussée, la liste se distingue surtout du fait qu'elle est neuve et qu'elle n'existait donc pas jusque tout récemment. "Je trouve dommage que ce soit une a.s.b.l. qui doive veiller à numériser des activités de la police", déclare Van Hemelryck en soupirant. "Les Pays-Bas disposent de ce genre de système mis au point par les autorités et qui en est à un stade nettement plus avancé que le nôtre. En Belgique, nous avons essayé de recevoir du soutien de la part de la Justice pour continuer de développer la plate-forme, mais cela ne semble pas possible."

L'association y a consacré deux années. L'appli tourne sur le logiciel open source Odoo et a été développée par l'entreprise gantoise Bluehive. L'hébergement est aujourd'hui assuré par DynApps. "Nous sommes une a.s.b.l. dont l'objectif n'est pas d'engranger du profit", précise Van Hemelryck. "Au départ, nous voulions surtout savoir si nous pouvions y arriver. Nous en sommes à présent à quelque 1.500 utilisateurs."