L''AI4Belgium Coalition', sous la direction de la fédération technologique Agoria, du gouvernement fédéral (BoSa) et des hubs AI régionaux (The Beacon en Flandre, Digityser à Bruxelles et Réseau IA en Wallonie), a annoncé un concentrateur national pour l'intelligence artificielle dans notre pays. Ce concentrateur AI fait partie d'un plan que le vice-premier ministre Alexander De Croo et le ministre en charge de l'agenda numérique Philippe De Backer veulent mettre à l'agenda du prochain gouvernement. "L'AI engendre beaucoup de questions dans la population belge. Les gens craignent son impact", a affirmé Alexander De Croo lors de la présentation. "Et l'AI aura une influence sur les emplois en général et sur la manière dont ceux-ci seront organisés dans le futur. Personnellement, je ne pense pas que l'AI fera disparaître de l'emploi, au contraire, mais il est important de voir ce que nous allons en faire. A mes yeux, l'AI n'est pas une menace, mais plutôt un puissant outil dont nous pouvons faire usage."

L'AI4Belgium Coalition est le prolongement des conseils donnés par un groupe d'experts en vue de préparer la Belgique à l'AI. "Nous avons fait appel à des experts et leur avons demandé ce qui était nécessaire pour élaborer une stratégie à l'échelle de la Belgique", a précisé Philippe De Backer. "L'objectif est de créer un mouvement en vue de mettre l'intelligence artificielle au menu de la Belgique."

Cinq bases de travail

Ce mouvement doit s'inspirer notamment d'un 'new learning deal', un programme de formation universel pour adultes, et d'une attention plus grande accordée aux compétences tant numériques qu'humaines chez les jeunes. "Du point de vue de l'enseignement, il s'agit de garantir une formation intensive. Dans ce but, des fonds doivent libérés, afin de permettre aux personnes d'apprendre des compétences. En outre, il nous faut aussi préparer nos enfants et ajuster leur curriculum. Cela doit commencer dès l'enseignement primaire", a prétendu Marc Lambotte d'Agoria.

Pour mettre au point une stratégie responsable, il convient d'élaborer un cadre légal à la fois solide et moderne, mais aussi des directives éthiques et de la transparence. Mieke De Ketelaere, Ethical AI Evangelist chez SAS: "Si nous voulons mener à bien des projets, nous aurons besoin d'un accès aisé à des données ouvertes, mais à cette fin, nous nécessiterons une stratégie responsable liée à ces données. Le respect de la vie privée est et reste un droit, et si nous voulons que les gens aient confiance dans cette technologie, nous devons par exemple les informer qu'il y a des solutions capables d'équilibrer correctement confidentialité et données."

Pour démystifier l'AI, il faut, en plus d'une formation et de projets ayant un impact social, aussi une meilleure collaboration et un meilleur accès par l'AI via la mise en oeuvre d'un concentrateur AI national. Pensons notamment au support de cette structure typiquement belge que sont les PME. Celles-ci pourront avoir besoin d'aide lors de l'utilisation de l'AI ou pour parfaire leur connaissance en la matière.

Le plan a en outre pour ambition de positionner la Belgique en tant que centre de recherche européen en AI, en lançant des 'sandboxes' (sécurités IT) et des collaborations à grande échelle avec le monde académique. Enfin, il plaide pour donner aux services publics davantage de latitude pour expérimenter l'AI, notamment grâce à un fonds de roulement pour l'innovation, à davantage de partenariats publics-privés, et à des 'chief digital officers' pour les organisations publiques, comme l'a résumé Fons Leroy, administrateur délégué du VDAB flamand.

Investissements

Pour tout cela, il faut évidemment de l'argent. L'AI4Belgium Coalition estime que d'ici 2030, un investissement d'un milliard d'euros minimum sera nécessaire pour atteindre les objectifs. Lors de la présentation du plan, on a également annoncé la création du Capricorn Digital Growth Fund d'un capital de 100 millions d'euros. Enfin, le gouvernement flamand annonce aussi son intention d'injecter quelque 30 millions d'euros par an à répartir entre les centres de recherche et les entreprises existantes.

Caroline Pauwels, recteur de la VUB, et Pieter De Leenheer, co-fondateur de Collibra, ont en outre annoncé lors de l'événement leur souhait de fonder un centre de recherche AI commun. Cet institut de recherche multidisciplinaire et interuniversitaire devra collaborer étroitement avec l'industrie. Voilà qui devrait encourager une application responsable et démocratique de l'AI aux divers échelons de la société.

La création d'un centre de recherche commun avec Collibra, ciblant la prochaine génération de la technologie AI, fait partie du plan, selon Pauwels. "Grâce à cette initiative de créer un institut de recherche en AI et un centre de test et d'expérimentation AI conjointement avec d'autres universités, avec l'organisme de recherche stratégique imec, avec des entreprises et organisations, nous entendons fournir une importante contribution à la stratégie AI belge et faire de Bruxelles le hot-spot pour l'AI dans l'intérêt général. Les premiers pas vers une structure collaborative AI ouverte ont été accomplis avec un partenariat conclu avec le hub 'fintech' européen B-Hive et l'entreprise belge Unicorn Collibra", a conclu le recteur de la VUB.