La semaine dernière, le Wall Street journal annonçait sur base des dires d'un fonctionnaire public anonyme qu'Huawei mettait depuis 2009 déjà des réseaux télécoms sur écoute. Pour ce faire, l'entreprise utiliserait la même méthode que celle des services d'ordre pour effectuer des écoutes téléphoniques légales. La pratique a été aussitôt démentie par Huawei, ainsi du reste que par Vodafone et Deutsche Telekom.

Mais avant même que l'encre de cette accusation ne soit sèche, les Etats-Unis remettent le couvert. C'est cette fois au départ de la Justice qu'ils accusent Huawei de chantage, de complot et de vol de secrets industriels. Soixante plaintes en tout que vous pouvez découvrir ici.

C'est ainsi que l'entreprise aurait dérobé le code-source d'un routeur d'une firme nord-californienne non nommément citée (probablement Cisco). Lors d'un salon commercial à Chicago, un collaborateur lié à Huawei aurait ouvert et photographié de nuit au salon un appareil de réseau d'un concurrent. L'homme possédait un badge au nom de 'Weihua', une anagramme d'Huawei.

Une firme qui voulait devenir partenaire d'Huawei, lui aurait tenu une présentation confidentielle, dont le contenu fut ensuite transféré à des ingénieurs d'Huawei, qui travaillaient sur un produit du même type. Il se murmure que les employés d'Huawei recevraient une récompense financière, lorsqu'ils parviennent à mettre la main sur des renseignements de concurrents. De plus, l'entreprise aurait menti aux enquêteurs fédéraux et entravé ainsi le déroulement de l'enquête juridique. Il nous faut cependant ici apporter la nuance, selon laquelle même le président américain Donald Trump est accusé de ce genre d'entrave.

Malgré les embargos commerciaux, Huawei aurait aussi fait des affaires avec l'Iran et la Corée du Nord et aurait tenté de le cacher par le biais de mots codés.

Huawei: "Ils en font trop pour être encore crédibles"

Huawei dément ces nouvelles accusations. Dans une interview téléphonique accordée à des journalistes, à laquelle Data News a aussi pris part, le global cybersecurity & privacy officer d'Huawei John Suffolk réagit aux plaintes. En fait, l'interview avait comme but premier d'évoquer les accusations de mise sur écoute, mais elle aborda finalement aussi les nouvelles accusations.

"Il n'existe pas la moindre preuve qui vienne étayer les accusations américaines. Les Etats-Unis bernent ainsi le public. Ils en font trop pour être encore crédibles et espèrent ainsi perturber notre marché et nos clients", résume Suffolk. Le Britannique, qui fut auparavant CIO et CISO des pouvoirs publics de Grande-Bretagne, est l'un des éminents directeurs occidentaux d'Huawei.

A propos des écoutes de réseaux, il est catégorique: "Tous les fabricants de réseaux doivent permettre de dévier les lignes téléphoniques vers ce qu'on appelle un 'lawful intercept gateway' (passerelle d'interception légale). Mais il s'agit là d'un équipement à part qu'Huawei ne produit pas et qui est entièrement sous le contrôle de l'opérateur télécom, souvent dans un espacé séparé dans le centre de données. Nous ne gérons pas le réseau et nous ne savons donc pas non plus quelles solutions l'opérateur utilise pour ce faire. Nous ignorons quelles conversations sont enregistrées, quelles communications sont interceptées, et nous ne pouvons pas non plus y accéder, à moins que l'opérateur nous le demande. Et c'est précisément parce qu'il s'agit d'une matière sensible que les opérateurs suivent de très près cette partie de leur réseau."

Et d'insister sur le fait qu'Huawei ne sait même pas comment se présente ce genre de passerelle dans le réseau. Suffolk: "Chaque réseau télécom se caractérise par sa propre architecture et sa propre solution."

Employés individuels

Pour ce qui est de l'employé qui a espionné lors d'un salon commercial, Suffolk est moins catégorique. Il insiste sur le fait qu'il est question de personnes individuelles et que cela peut malheureusement arriver dans une entreprise qui occupe des centaines de milliers d'employés: "Si l'un de nos employés est impliqué dans ce genre d'affaire, nous prenons des mesures à son égard." Début 2019, un employé chinois de l'entreprise avait été arrêté en Pologne pour s'être livré à de l'espionnage, même si les services de sécurité polonais avaient eux-mêmes déclaré à l'époque qu'il s'agissait d'un délit individuel non lié à Huawei même.

Quant au chantage et au vol de secrets industriels, Suffolk affirme qu'Huawei préfère collaborer avec des partenaires et investit dans son écosystème: "Nous travaillons localement, nous achetons chez des acteurs de l'endroit et nous recherchons fondamentalement la plus-value que nous pourrions créer pour nos partenaires, afin qu'ils puissent à leur tour offrir de l'innovation à leurs clients."

Suffolk ne résiste pas à l'idée de lancer une pique à l'adresse des Etats-Unis: "Peut-être les entreprises américaines devraient-elles arrêter de vouloir soutirer le moindre dollar au profit de leurs actionnaires, et examiner davantage la façon de créer une plus-value pour leurs clients."

Corée du Nord

La plainte, selon laquelle Huawei romprait les embargos commerciaux internationaux en fournissant de la technologie à l'Iran et à la Corée du Nord, est elle aussi rejetée. Suffolk: "En fait, nous sommes une organisation très spartiate qui repose fortement sur les processus. Or la conformité commerciale est l'un des processus les plus rigoureux au sein de notre entreprise et est nettement intégrée à nos systèmes IT. Nous connaissons la direction prise par notre matériel, nous sommes stricts sur le plan des obligations légales, en ce compris les embargos commerciaux. Je peux donc ici encore apporter un démenti absolu."

Suffolk insiste enfin sur le fait que les plaintes américaines ne font guère impression: "Nos clients, les citoyens et les pouvoirs publics savent faire la part des choses, et nos résultats sont encore et toujours à l'avenant. Si nous étions vraiment mis le dos au mur, nos concurrents auraient dû entre-temps progresser de 20 à 30 pour cent, car nos clients nous auraient délaissé pour les rejoindre."

Le fait que juste avant le salon Mobile World Congress par ailleurs annulé, les Etats-Unis s'en prennent de nouveau lourdement à Huawei, n'est pas un hasard. Suffolk: "L'année dernière lors du MWC, ils avaient déjà crié sur tous les toits que n'étions pas fiables. A présent que le salon ne sera pas organisé, ils feront probablement de même lors de la prochaine grande conférence sur la sécurité. Il s'agit d'une véritable campagne, mais pour nous et nos clients, c'est surtout une tempête dans un verre d'eau à laquelle nous n'accordons guère de priorité."

La semaine dernière, le Wall Street journal annonçait sur base des dires d'un fonctionnaire public anonyme qu'Huawei mettait depuis 2009 déjà des réseaux télécoms sur écoute. Pour ce faire, l'entreprise utiliserait la même méthode que celle des services d'ordre pour effectuer des écoutes téléphoniques légales. La pratique a été aussitôt démentie par Huawei, ainsi du reste que par Vodafone et Deutsche Telekom.Mais avant même que l'encre de cette accusation ne soit sèche, les Etats-Unis remettent le couvert. C'est cette fois au départ de la Justice qu'ils accusent Huawei de chantage, de complot et de vol de secrets industriels. Soixante plaintes en tout que vous pouvez découvrir ici.C'est ainsi que l'entreprise aurait dérobé le code-source d'un routeur d'une firme nord-californienne non nommément citée (probablement Cisco). Lors d'un salon commercial à Chicago, un collaborateur lié à Huawei aurait ouvert et photographié de nuit au salon un appareil de réseau d'un concurrent. L'homme possédait un badge au nom de 'Weihua', une anagramme d'Huawei.Une firme qui voulait devenir partenaire d'Huawei, lui aurait tenu une présentation confidentielle, dont le contenu fut ensuite transféré à des ingénieurs d'Huawei, qui travaillaient sur un produit du même type. Il se murmure que les employés d'Huawei recevraient une récompense financière, lorsqu'ils parviennent à mettre la main sur des renseignements de concurrents. De plus, l'entreprise aurait menti aux enquêteurs fédéraux et entravé ainsi le déroulement de l'enquête juridique. Il nous faut cependant ici apporter la nuance, selon laquelle même le président américain Donald Trump est accusé de ce genre d'entrave.Malgré les embargos commerciaux, Huawei aurait aussi fait des affaires avec l'Iran et la Corée du Nord et aurait tenté de le cacher par le biais de mots codés.Huawei: "Ils en font trop pour être encore crédibles"Huawei dément ces nouvelles accusations. Dans une interview téléphonique accordée à des journalistes, à laquelle Data News a aussi pris part, le global cybersecurity & privacy officer d'Huawei John Suffolk réagit aux plaintes. En fait, l'interview avait comme but premier d'évoquer les accusations de mise sur écoute, mais elle aborda finalement aussi les nouvelles accusations."Il n'existe pas la moindre preuve qui vienne étayer les accusations américaines. Les Etats-Unis bernent ainsi le public. Ils en font trop pour être encore crédibles et espèrent ainsi perturber notre marché et nos clients", résume Suffolk. Le Britannique, qui fut auparavant CIO et CISO des pouvoirs publics de Grande-Bretagne, est l'un des éminents directeurs occidentaux d'Huawei.A propos des écoutes de réseaux, il est catégorique: "Tous les fabricants de réseaux doivent permettre de dévier les lignes téléphoniques vers ce qu'on appelle un 'lawful intercept gateway' (passerelle d'interception légale). Mais il s'agit là d'un équipement à part qu'Huawei ne produit pas et qui est entièrement sous le contrôle de l'opérateur télécom, souvent dans un espacé séparé dans le centre de données. Nous ne gérons pas le réseau et nous ne savons donc pas non plus quelles solutions l'opérateur utilise pour ce faire. Nous ignorons quelles conversations sont enregistrées, quelles communications sont interceptées, et nous ne pouvons pas non plus y accéder, à moins que l'opérateur nous le demande. Et c'est précisément parce qu'il s'agit d'une matière sensible que les opérateurs suivent de très près cette partie de leur réseau."Et d'insister sur le fait qu'Huawei ne sait même pas comment se présente ce genre de passerelle dans le réseau. Suffolk: "Chaque réseau télécom se caractérise par sa propre architecture et sa propre solution." Employés individuelsPour ce qui est de l'employé qui a espionné lors d'un salon commercial, Suffolk est moins catégorique. Il insiste sur le fait qu'il est question de personnes individuelles et que cela peut malheureusement arriver dans une entreprise qui occupe des centaines de milliers d'employés: "Si l'un de nos employés est impliqué dans ce genre d'affaire, nous prenons des mesures à son égard." Début 2019, un employé chinois de l'entreprise avait été arrêté en Pologne pour s'être livré à de l'espionnage, même si les services de sécurité polonais avaient eux-mêmes déclaré à l'époque qu'il s'agissait d'un délit individuel non lié à Huawei même.Quant au chantage et au vol de secrets industriels, Suffolk affirme qu'Huawei préfère collaborer avec des partenaires et investit dans son écosystème: "Nous travaillons localement, nous achetons chez des acteurs de l'endroit et nous recherchons fondamentalement la plus-value que nous pourrions créer pour nos partenaires, afin qu'ils puissent à leur tour offrir de l'innovation à leurs clients."Suffolk ne résiste pas à l'idée de lancer une pique à l'adresse des Etats-Unis: "Peut-être les entreprises américaines devraient-elles arrêter de vouloir soutirer le moindre dollar au profit de leurs actionnaires, et examiner davantage la façon de créer une plus-value pour leurs clients."Corée du NordLa plainte, selon laquelle Huawei romprait les embargos commerciaux internationaux en fournissant de la technologie à l'Iran et à la Corée du Nord, est elle aussi rejetée. Suffolk: "En fait, nous sommes une organisation très spartiate qui repose fortement sur les processus. Or la conformité commerciale est l'un des processus les plus rigoureux au sein de notre entreprise et est nettement intégrée à nos systèmes IT. Nous connaissons la direction prise par notre matériel, nous sommes stricts sur le plan des obligations légales, en ce compris les embargos commerciaux. Je peux donc ici encore apporter un démenti absolu."Suffolk insiste enfin sur le fait que les plaintes américaines ne font guère impression: "Nos clients, les citoyens et les pouvoirs publics savent faire la part des choses, et nos résultats sont encore et toujours à l'avenant. Si nous étions vraiment mis le dos au mur, nos concurrents auraient dû entre-temps progresser de 20 à 30 pour cent, car nos clients nous auraient délaissé pour les rejoindre."Le fait que juste avant le salon Mobile World Congress par ailleurs annulé, les Etats-Unis s'en prennent de nouveau lourdement à Huawei, n'est pas un hasard. Suffolk: "L'année dernière lors du MWC, ils avaient déjà crié sur tous les toits que n'étions pas fiables. A présent que le salon ne sera pas organisé, ils feront probablement de même lors de la prochaine grande conférence sur la sécurité. Il s'agit d'une véritable campagne, mais pour nous et nos clients, c'est surtout une tempête dans un verre d'eau à laquelle nous n'accordons guère de priorité."