Lorsque l'accu de votre smartphone en est à son dernier souffle, il ne vous reste plus qu'à accepter de vous retrouver renvoyé au siècle dernier. C'est l'expérience qu'a connue, comme vous et moi, l'artiste belge Dries Depoorter, ce qui lui a donné une idée.
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Lorsque l'accu de votre smartphone en est à son dernier souffle, il ne vous reste plus qu'à accepter de vous retrouver renvoyé au siècle dernier. C'est l'expérience qu'a connue, comme vous et moi, l'artiste belge Dries Depoorter, ce qui lui a donné une idée.Il a alors développé une appli à n'utiliser que si la valeur de charge de la batterie de votre téléphone n'est plus que de cinq pour cent ou moins. Une fois cette limite atteinte, Die With Me vous permet d'entrer en contact avec d'autres compagnons d'infortune. Si vous allez bientôt être coupé de toute possibilité de télécommunication - ne comptez plus sur les cabines téléphoniques qui ont entre-temps disparu -, il ne faut pas que vous vous sentiez pour autant isolé."Il y a toujours bien quelqu'un avec qui parler, car vous aboutissez alors dans un vaste salon de discussion (chatroom)", explique Depoorter. Ces derniers mois, Dries Depoorter a pu compter sur une fortd attention des médias internationaux grâce au succès de son appli pour iOS et Android. Dans l'App Store, Die With Me a été classée pendant tout un temps l'appli la plus populaire au niveau mondial."Le côté positif, c'est que toutes sortes de choses inattendues sont possibles. Vous pouvez commencer à parler avec d'autres sur base d'un nom d'utilisateur que vous choisissez d'abord. J'ai déjà entendu des histoires de personnes qui se sont ensuite regroupées sur des médias sociaux." Même si le pourcentage de charge de la batterie reste suspendu comme une épée de Damoclès par-dessus la tête des utilisateurs qui pénètrent dans le salon de discussion. "Cela doit parfois aller très vite, ce qui fait que des choses telles que des fautes d'orthographe perdent soudainement de leur importance. A côté de chaque message apparaît aussi l'état de la batterie de votre interlocuteur." Selon Depoorter, des personnes connues se sont aussi montrées créatives avec Die With Me. "Des utilisateurs de YouTube bien connus utilisent notre appli pour se livrer à de l'Ask Me Anything. Leur fans posent alors toutes sortes de questions via Die With Me, aussi longtemps que la batterie de leur smartphone le permet évidemment."Depoorter dévoile pourtant aussi une façon de donner le change, afin de pouvoir continuer de chatter. "Alors que vous êtes en train de recharger la batterie de votre smartphone, vous voyez apparaître un symbole typique à côté de vos messages. L'appli continue de fonctionner, mais une fois que vous tombez sous la barre des cinq pour cent, elle n'est de nouveau plus accessible." Die With Me peut compter sur une moyenne de 40 utilisateurs qui sont en ligne en même temps. "Il est bon que l'appli soit populaire, car ainsi, nous pouvons préparer de nouvelle fonctions. Bientôt, vous pourrez choisir de mener une conversation avec n'importe qui. J'entends aussi ajouter une micro-transaction permettant d'utiliser l'appli dès que la capacité de la batterie sera de dix pour cent, si l'utilisateur déverrouille d'abord la fonction en payant dix euros", selon l'artiste. Cet achat 'in-app', il le considère comme un test ludique.Dries Depoorter se qualifie lui-même 'd'artiste de médias'. Ses oeuvres, il les consacre toujours avec un clin d'oeil évident au respect de la vie privée et à l'industrie technologique. Dans son ouvrage 'Tinder In', il établit par exemple une comparaison entre les photos de profil d'un même utilisateur de Tinder et de LinkedIn. Les deux photos se trouvent publiquement en ligne. Pourtant, la manière différente de traitement des deux plates-formes par les utilisateurs est saisissante."Je veux informer les gens sur la façon dont internet et la technologie considèrent le respect de la vie privée", explique Depoorter. "Nombreux sont ceux qui ne sont tout simplement pas au courant ni des possibilités sur internet, ni des risques qui y sont liés. C'est pour moi une mission que de dispatcher cette information de manière ludique, mais je laisse à mon public le soin de tirer les conclusions."Malgré les réactions positives à Die With Me, Dries Depoorter doit bien avouer qu'il a dû vaincre pas mal d'obstacles, avant de pouvoir lancer son appli: "J'ai créé l'appli avec un ami de Montréal, David Suprenant. Nous n'avions encore jamais fait cela avant et en raison du décalage horaire - il habite au Canada -, nous avons été forcés de travailler sur le code à tour de rôle.L'artiste nous parle aussi de son contact difficile avec les collaborateurs d'Apple, qui ont passé son appli au crible, avant qu'elle puisse être introduite dans l'App Store. "Nonobstant mon manque d'expérience et le fait que j'ai créé l'appli avec un ami de Montréal, le processus de développement de l'appli a été nettement plus rapide et simple que n'ont été nos contacts avec Apple."Depoorter signale que le processus de contrôle pour iOS est nettement plus poussé et personnalisé que l'approbation à recevoir pour le Play Store. "En principe, une évaluation pour iOS ne dure que deux jours, mais nous avons dû ensuite travailler plus d'un mois pour mettre l'appli en ordre. Nous avons alors été informés que l'appli risquait d'être trop peu utilisée, à savoir uniquement si le pourcentage de capacité de la batterie descend à cinq pour cent. Or c'était là le concept même de notre appli.""Le problème, c'est que le feedback n'était pas formulé clairement. Finalement, nous avons tenté d'obtenir l'agrément en ajoutant un petit jeu ou une radio internet radio à utiliser en permanence, mais une fois encore en vain.""Il est probable aussi que le moment où nous voulions lancer notre appli, n'était pas idéal pour Apple", affirme Depoorter. Fin de l'année dernière, on apprenait en effet qu'Apple réduisait systématiquement la vitesse d'horloge des iPhone pour éviter que l'usure de leur batterie ne provoque involontairement des redémarrages.Mais la date de lancement de Die With Me n'avait pas non plus été choisie au hasard. "Avec ce que je réalise, j'essaie toujours d'attendre le moment idéal. Si un sujet déterminé lié à mon travail suscite subitement l'attention des médias, je fonce", explique Depoorter.Malgré les différentes tentatives d'adapter Die With Me, l'appli fut à chaque fois refusée par les collaborateurs de l'App Store. "Comme rien ne semblait marcher, nous leur avons en fin de compte soumis une version plus ancienne sans jeu ni radio internet car nous savions qu'il y avait une petite chance qu'un autre collaborateur d'Apple approuve Die With Me."Et c'est exactement ce qui est arrivé. Au grand étonnement des deux développeurs, l'appli fit cette fois l'objet d'une évaluation positive. L'objectif était de la lancer le plus rapidement possible, mais juste avant la date retenue, Depoorter tomba sur une faute de frappe. "La seule façon de la corriger, c'était de nouveau de faire approuver l'appli par Apple. Un peu plus tard, on nous a dit qu'elle ne satisfaisait de nouveau plus aux exigences. Nous avons alors demandé plus d'explications, du fait que nous n'avions littéralement changé qu'une seule lettre dans le code. Un collaborateur a finalement admis que notre version précédente avait été approuvée suite à une erreur humaine." Les deux développeurs ont alors décidé de lancer Die With Me avec la faute d'orthographe."Nous avons alors observé combien notre appli est devenue en peu de temps incroyablement populaire", affirme l'artiste. "Néanmoins avec mes oeuvres, je choisis sciemment une approche sans grande publicité et slogans traditionnels. Je crois en effet que le bouche-à-oreilles et les messages spontanés sur les réseaux sociaux sont nettement plus fotts. En une seule journée, nous avons attiré plus d'un demi-million d'utilisateurs sur notre page projet." Il n'empêche que la faute d'orthographe avait été ressentie par Depoorter comme une épine dans le pied. "Le lendemain du lancement, nous avons de nouveau transmis une version corrigée. Elle fut approuvée en moins de cinq minutes. Après le succès initial, la procédure parut donc se dérouler d'une toute autre manière."Depoorter nous parle des modes de travail différents du Google Play Store et de l'App Store d'Apple. "Apple communique de façon peu transparente avec ses développeurs. Pour ce qui est du Play Store, je serai très concis, puisque notre toute première version fut approuvée en quelques minutes seulement. Il est manifeste que la procédure chez Google est nettement plus rapide et automatisée. Les deux méthodes ont leurs avantages et leurs inconvénients."L'année dernière, Apple a renforcé les règles auxquelles les applis doivent satisfaire, avant d'être prises en considération pour pouvoir figurer dans l'App Store. L'entreprise exclut entre autres les applis qui promettent une protection antivirus pour iOS, ou des versions contrefaites d'applis à succès. En outre, le géant technologique a augmenté en général les exigences qualitatives pour les applis iOS. Récemment, on a aussi appris que l'an dernier et pour la première fois, l'App Store a connu un recul de nombre total d'applis, tandis que le Play Store, lui, progresse.Dries Depoorter fait observer que malgré les règles plus strictes introduites par Apple, les versions contrefaites d'applis populaires constituent un véritable problème tant pour iOS que pour Android: "Une première version contrefaite pour iOS avait été baptisée 'Alive With Me et se retrouva en ligne au bout d'une semaine déjà. Le hic, c'est qu'elle n'est utilisable que si la batterie de votre téléphone offre une capacité de charge de plus de 95 pour cent. Par ailleurs, il y eut aussi des versions contrefaites pour Google Play, qui étaient des copies exactes et qui pouvaient être obtenues gratuitement. Nous n'avons sciemment jamais utilisé de publicité dans notre appli."Une autre variante encore a fait de Die With Me une appli de rencontres. "L'une de ces applis factices ciblait en fait les rencontres. C'est du reste une idée qui m'avait aussi traversé l'esprit. Mais mon idée consistait à trouver des personnes proches qui étaient elles aussi aux prises avec une batterie quasiment déchargée dans leur smartphone. Le but était ensuite de fixer un rendez-vous physique avec elles, mais dans la pratique, cela fonctionnait moins bien."Depoorter est convaincu que l'art et la technologie peuvent parfaitement aller de pair: "L'une de mes oeuvres s'appelle 'Trophy Camera'. Il s'agit d'un appareil photo qui n'effectue que des prises de vue absolument top. Les algorithmes d'apprentissage machine comparent la photo que vous faites avec celles qui ont été couronnées dans le passé. Dès qu'ils trouvent des ressemblances, ils stockent votre photo."Si on demande à Depoorter s'il craint que la technologie puisse un jour elle-même créer des oeuvres d'art, voici sa réaction: "Peut-être les algorithmes pourront-ils créer de belles choses, mais pour moi, l'originalité restera un facteur humain." Microsoft a récemment présenté l'exemple d'un algorithme capable de créer une illustration unique sur base d'un mot. Cette appli a été appelée 'Drawing bot'.Il n'empêche que l'idée préalable - créer un nouveau type de site web de rencontres - trotte encore et toujours dans la tête de Depoorter: "J'y travaille, mais je ne peux pas encore en dire beaucoup de choses pour l'instant. Ce sera un site très sérieux, mais original."A l'entendre, Depoorter prépare toujours plusieurs choses à la fois. Actuellement, deux projets sont entièrement prêts, mais comme susmentionné, il attend le moment opportun pour les lancer.