Google a donc pris cette décision, après que le gouvernement américain, sous la houlette du président Trump, ait placé Huawei sur une liste d'entreprises avec lesquelles les firmes américaines ne sont plus autorisées à commercer, à moins qu'elles n'obtiennent une licence spéciale. La fin de la collaboration entre les deux entreprises impacterait avant tout les utilisateurs des smartphones d'Huawei, qui ne sont certes guère nombreux aux Etats-Unis, à l'inverse de l'Europe et du reste du monde. Le géant technologique chinois se classe troisième au classement mondial des entreprises vendant le plus de smartphones, après Samsung et Apple.

Les propriétaires d'un appareil Huawei ne seront cependant pas directement exclus du Play Store et devraient continuer de recevoir les mises à jour sécuritaires, selon Google elle-même via son compte officiel Android.

Mais lorsque Google sortira l'année prochaine sa nouvelle version d'Android, les appareils existants ne recevront plus de mises à jour, alors que les nouveaux appareils d'Huawei n'intégreraient plus Android. Quant aux applis de Google, telles YouTube et Google Maps, elles seront peut-être indisponibles sur les nouveaux appareils.

Entre-temps chez Huawei

Dans l'une des premières réactions à cette nouvelle, le fondateur d'Huawei, Ren Zhengfei, déclare que son entreprise s'y préparait depuis quelque temps déjà. Dans une interview accordée à des médias japonais, il affirme qu'Huawei continuera de préparer ses propres composants, afin d'être la moins dépendante possible de fournisseurs étrangers. L'entreprise utilise déjà ses propres puces (qu'elle ne doit donc pas acheter auprès de firmes américaines comme Intel ou Qualcomm), mais elle acquiert néanmoins encore pour quelque 67 milliards de dollars de pièces chez des fournisseurs étrangers, dont 11 milliards chez des firmes américaines, selon le journal économique japonais Nikkei. Huawei plancherait en outre aussi depuis quelques années sur ses propres applications et sur un magasin d'applis.

Cette rupture n'a non plus rien d'étonnant dans la mesure où les Etats-Unis ont à plusieurs reprises accusé Huawei d'espionnage via ses réseaux. L'entreprise est l'un des plus importants fournisseurs d'infrastructures 5G, et les Etats-Unis tentent de convaincre d'autres pays de ne plus faire d'affaires avec Huawei. Les smartphones de celle-ci ne sont du reste depuis un certain temps déjà plus fournis au marché américain. A présent que la guerre commerciale opposant les Etats-Unis et la Chine, où Huawei est établie, bat toujours plus son plein, il n'est pas non plus étonnant que cette entreprise soit placée sur une liste de firmes à bannir.

Il en a été de même précédemment déjà avec une autre entreprise télécom chinoise: ZTE. Suite à des négociations, cette dernière a cependant été retirée de la liste et conserve dès lors sa licence. Ren Zhenfei indique déjà que son entreprise mènera également des négociations de ce genre, mais de manière plus stricte. "Nous ne changerons pas de cap sur injonction des Etats-Unis et nous n'accepterons pas de contrôle, comme ZTE l'a fait", a-t-il déclaré aux médias japonais.

Pour les utilisateurs d'un appareil Huawei existant, cela ne devrait provisoirement pas changer grand-chose, mais pour la vente de nouveaux smartphones, cela pourrait avoir un effet néfaste. Le produit-phare d'Huawei est traditionnellement présenté au début de l'année, et l'entreprise dispose donc encore de quelques mois pour soit obtenir une licence auprès des autorités américaines, soit pour adapter ses logiciels et magasin d'applis. Or le software n'est pour l'instant pas directement l'atout numéro un d'Huawei. De plus, le risque est grand que les nouveaux modèles aient accès à nettement moins d'applis, parce que même si Huawei lance un magasin d'applis propre, les auteurs de ces applis ne soient pas toujours enclins à les distribuer par le biais de plusieurs plates-formes.

"Huawei a beaucoup contribué au développement et à la croissance d'Android au niveau mondial. En tant qu'un des partenaires globaux importants d'Android, nous avons étroitement collaboré avec la plate-forme open source, afin de mettre en place un écosystème qui profite tant aux utilisateurs qu'à l'industrie", annonce l'entreprise par voie d'un communiqué de presse. "Huawei continuera de fournir ses mises à jour sécuritaires et son support à la clientèle pour tous les smartphones et tablettes existants d'Huawei et d'Honor, déjà vendus ou encore en stock dans le monde entier. Nous poursuivrons le développement d'un écosystème sûr et durable, afin d'offrir la meilleure expérience à tous nos utilisateurs."

Qu'est-ce que cela signifie pour Android?

Tout cela révèle en outre un problème fondamental pour Android. Le système d'exploitation mobile le plus populaire au monde devrait en effet plier sous la pression des autorités américaines, ce qui aurait également des conséquences pour tous les autres utilisateurs en dehors des Etats-Unis.

Et même si Android est un système open source, il est important de savoir que tel n'est pas le cas de tous ses éléments. Quiconque ne possède pas de licence Google, ne peut utiliser que la version la plus simple, à savoir l'Android Open Source Project. C'en serait aussi fini des applis Google typiques et des mises à jour, ce qui rendrait les téléphones nettement moins attrayants.

On verra dans les mois à suivre ce qui se passera avec la partie 'ouverte' d'Android, mais pour beaucoup de fabricants de smartphones, notamment pour des entreprises chinoises comme Xiaomi et Oppo (respectivement les numéros quatre et cinq au classement mondial des plus importants vendeurs de smartphones), c'est peut-être là un signe qui devrait les inciter à envisager des alternatives.

Mais encore

Même si c'est Android qui encaissera probablement le coup le plus dur, la rupture fera aussi en sorte que les entreprises américaines ne collaboreront plus avec Huawei, qui perdra de ce fait encore plus de partenaires. Intel, Qualcomm et Broadcom notamment ont déjà rompu les liens, tout comme Micron et Western Digital. Le fondeur de puces allemand Infineon fait de même. Il faut dire qu'Huawei prépare depuis quelque temps déjà son propre jeu de puces, appelé Kirin, mais elle ne possède probablement pas encore d'alternatives aux différents composants qu'elle achète à présent encore à des firmes américaines. Selon l'agence de presse Bloomberg, l'entreprise ferait des réserves depuis quelques mois déjà.

De plus, la rupture aura également un impact sur la collaboration avec Microsoft. Les ordinateurs portables d'Huawei, dont le nouveau Matebook 13, tournent sur Windows (et utilisent des puces Intel), ce qui pourrait poser des problèmes. Le nouveau Matebook 13 exploite en autres aussi le logiciel audio de Dolby, une autre firme américaine.