A la veille de son quinzième anniversaire, l'entreprise Tesla Inc. installée à Palo Alto (Californie) ne fonctionne encore et toujours pas à sa vitesse de croisière dans la mesure où les objectifs de production de la cruciale Model 3 - la première voiture électrique grand public de Tesla - semblent continuellement trop élevés. Qui plus est, au cours de toutes ces années, l'entreprise n'est pas parvenue à enregistrer ne serait-ce qu'un dollar de bénéfice. Son grand patron, Elon Musk, veut cependant nous convaincre que ces problèmes ne sont à coup sûr pas liés à sa personne. Preuve en est qu'il n'aurait encore jamais exigé un salaire de sa société. En janvier dernier, il a même signé un nouvel accord ambitieux, aux termes duquel toutes ses éventuelles rétributions dépendront des résultats futurs de Tesla. Il mise donc apparemment tout sur la réussite de son entreprise.
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A la veille de son quinzième anniversaire, l'entreprise Tesla Inc. installée à Palo Alto (Californie) ne fonctionne encore et toujours pas à sa vitesse de croisière dans la mesure où les objectifs de production de la cruciale Model 3 - la première voiture électrique grand public de Tesla - semblent continuellement trop élevés. Qui plus est, au cours de toutes ces années, l'entreprise n'est pas parvenue à enregistrer ne serait-ce qu'un dollar de bénéfice. Son grand patron, Elon Musk, veut cependant nous convaincre que ces problèmes ne sont à coup sûr pas liés à sa personne. Preuve en est qu'il n'aurait encore jamais exigé un salaire de sa société. En janvier dernier, il a même signé un nouvel accord ambitieux, aux termes duquel toutes ses éventuelles rétributions dépendront des résultats futurs de Tesla. Il mise donc apparemment tout sur la réussite de son entreprise.On pourrait du reste établir ici un parallèle avec le géant suédois de la diffusion musicale Spotify. Cette entreprise attend également son premier euro de bénéfice, ce qui n'empêche cependant pas certains de qualifier son CEO, Daniel Ek, de sauveur de l'industrie musicale. Avec la seule volonté d'être 'disruptif' (quel affreux mot!), on peut aujourd'hui apparemment faire un bon bout de chemin. A première vue, Tesla possède en tout cas un agenda assez idéaliste: la voiture électrique semblait en effet vouée à l'échec au milieu des années 2000, mais le constructeur automobile américain s'est entêté à faire en sorte que ce moyen de transport écologique fasse de nouveau parler de lui. On peut donc lui reconnaître cet important mérite, mais la question est de savoir si Musk s'intéresse de si près à l'environnement. En effet, selon un rapport de l'IVL Swedish Environmental Research Institute, la production d'une seule batterie au lithium rejette en moyenne par kilowattheure quelque 150 à 200 kilogrammes de CO² dans l'atmosphère. En outre, la méga-usine entièrement robotisée de Tesla est un véritable ogre énergétique. Avec SolarCity Corporation, Musk mise aussi sur la fabrication de panneaux solaires, mais une autre entreprise lui appartenant, SpaceX, est elle nettement moins regardante à sa consommation d'énergie. Pour preuve, les lancements de la Falcon Heavy et récemment de la Falcon 9 Block 5 ont non seulement creusé un sacré trou dans la poche des investisseurs, mais aussi et surtout dans la couche d'ozone. Il n'empêche qu'on continue de suivre Musk, car il se veut visionnaire, un homme à projets. Il faut évidemment écrire que le Sud-Africain n'en est pas à son coup d'essai: en 1999 déjà, il était parvenu à revendre sa première petite entreprise, Zip2, pour 307 millions de dollars au géant informatique Compaq, alors qu'avec le site web X.com, il fut aussi à la base de la plate-forme de paiement aujourd'hui extrêmement populaire PayPal. C'est également grâce à ce genre d'accords que Musk a réussi à occuper la 54ème place du classement Forbes des personnes les plus riches au monde. C'est donc peu dire que l'homme a vraiment le sens des affaires. Mais cela signifie-t-il pour autant qu'il a toujours raison? Lors de la course à la présidence américaine de 2016, les fans de Trump évoquaient eux aussi les succès professionnels passés de 'The Donald' pour justifier le comportement toujours plus irrationnel de ce dernier. Chez Musk, on est tout doucement en train de suivre la même tendance. Dans un 'poisson d'avril' déplacé, le directeur Tesla annonça par exemple la faillite de son entreprise et ce, alors que l'agence de notation de crédit Moody's venait de réduire la solvabilité du constructeur automobile et que le cours de l'action Tesla avait régressé de pas moins de 22 pour cent. Le lendemain, à savoir le 2 avril 2018, le cours de l'action plongea jusqu'à son point le plus bas en quasiment un an... Ne peut-on entre-temps conclure que Musk est devenu quelque peu téméraire? Dans un tweet daté du 13 avril, il a déjà lui-même admis que l'automatisation poussée dans sa méga-usine de Californie était une erreur qui était aussi à la base des actuels problèmes de production. Musk a aussi suggéré avoir sous-estimé l'importance du travail humain, mais certains médias ont immédiatement répliqué en prétendant que c'était Musk qui s'était rendu coupable d'auto-sur-estimation. Il est en outre assez ironique de constater que Tesla annonça, même pas deux mois plus tard, son désir de licencier pas moins de 9 pour cent de son personnel. Et puis, il y a encore les victimes du programme Autopilot de Tesla. La voiture autonome se trouve évidemment encore dans une phase d'essai. Même si personne ne doute que la technologie peut aider à éviter des accidents, reste la question délicate de savoir qui est responsable, lorsqu'il y a quand même un gros problème. Tesla semble provisoirement vouloir échapper à toute responsabilité en insistant à chaque fois que le conducteur doit en permanence être prêt à intervenir. Si le soi-disant logiciel 'infaillible' continue toutefois de repousser les limites et que l'homme doit toujours courir derrière les faits, ce dernier deviendra évidemment le bouc émissaire tout désigné. Est-ce bien là la volonté de Musk? Le milliardaire charismatique n'a lui-même en tout cas pas grand-chose à craindre, car il est encore et toujours considéré par d'aucuns comme une espèce de demi-dieu. Le fait que des CEO du secteur technologique soient devenus de nouvelles pop-stars, on le sait évidemment depuis belle lurette déjà. Mais les fans de Musk vont vraiment très loin: son armée d'admirateurs (principalement des hommes blancs), surnommés les MuskBros, émettrait, selon de récents communiqués, des menaces à l'encontre de quiconque s'opposant à Elon Premier. C'est ainsi que le 25 mai, l'Américaine Erin Biba, qui avait critiqué ouvertement Musk sur Twitter, a été la cible d'innombrables commentateurs sur internet avec une prédilection pour les malédictions antiféministes. Et Mika McKinnon, journaliste pour Gizmodo notamment, affirme qu'elle n'ose plus "tagger" Musk dans ses tweets par crainte de violence verbale. On peut trouver ces attaques exagérées, et Musk peut après coup se distancier de ce genre de harcèlement en ligne, que ce soit pour reconfirmer ou non sa supériorité tant intellectuelle que morale, il n'empêche que si ses partisans se composent surtout d'internet trolls, cela en dit long sur sa personne. En même temps, Musk saisit les multiples critiques à son égard (par ailleurs souvent justifiées) pour dénoncer toujours davantage l'intégrité de la presse, comme si l'on pouvait mettre tous les médias dans un même sac. Certains observateurs attentifs font du reste finement remarquer que cette stratégie a déjà été perfectionnée par un autre personnage avide de pouvoir et manipulateur répondant au nom de Donald J. Trump, ce à quoi Musk brandit sans honte l'argument d'autorité suivant: 'il a été élu, non?' Le fait que le patron de Tesla ait ensuite proposé de créer un système de cotation des journalistes appelé "Pravda" - le terme russe pour "vérité", mais aussi l'appellation de l'ex-journal officiel soviétique - n'est pas non plus fait pour insuffler la confiance. Non pas que ce genre de site web soit une mauvaise idée en soi. Là n'est du reste pas la question. Ce qui est nettement plus préoccupant, c'est de constater que son inventeur supporte manifestement toujours moins la contradiction. Ou la tempête médiatique récente ne constitue-t-elle peut-être qu'une manoeuvre astucieuse pour détourner l'attention de la question plus préoccupante de savoir si Tesla est finalement capable de résoudre ses multiples problèmes? Quoi qu'il en soit, Musk doit effectuer un retour sur lui-même et annoncer la couleur. Sinon, il risque très rapidement de devenir une caricature de lui-même.