'Track and trace'

L'UE demande par exemple aux fournisseurs de mettre à disposition des autorités les données de localisation. Les Etats-Unis eux aussi se tournent vers les fournisseurs et vers des géants technologiques tels Facebook et Google, pour pouvoir tracer les citoyens. Tout cela ne va toutefois pas sans grands risques pour le respect de la vie privée. L'UE elle-même applique par exemple des règles de confidentialité strictes, qui rendraient ce type de transfert illégal sans lois supplémentaires.

La crise corona nous apprend déjà combien différentes populations déterminent autrement la ligne séparant le respect de la vie privée de la prévention, et jusqu'où des autorités sont prêtes à aller. Singapour, qui se montra très rapide dans sa lutte contre l'épidémie, est considéré comme l'exemple évident de l'utilisation de la technologie pour protéger ses citoyens. Le pays recourt à une appli appelée TraceTogether, qui utilise Bluetooth pour tracer les téléphones environnants. L'important ici, c'est que l'appli stocke elle-même les logs (historiques) sur le téléphone et extirpe précisément les données de localisation de ce dernier. Ces historiques locaux peuvent être transférés vers le ministère de la santé, si l'utilisateur choisit cette option, probablement après un test positif. A ce moment, le ministère peut contacter toute la liste des logs.

On voit en fait surgir souvent le même concept, mais avec de légères... variantes. La Corée du Sud adopte par exemple une approche 'plus transparente'. Lorsque quelqu'un s'y fait diagnostiquer positivement, le gouvernement envoie un SMS à toutes les personnes avec qui il y a eu contact, intégrant des informations sur le sexe, l'année de naissance, l'adresse et la profession du patient, en plus d'un aperçu de tous les endroits où ce dernier est allé. Et cela peut aller loin. C'est ainsi que dans certaines villes, les déplacements sont enregistrés à la minute près, en ce compris les pièces visitées dans un bâtiment et des nuitées éventuelles dans des 'love hotels'.

Les choses vont potentiellement encore plus loin en Chine. Là, chaque citoyen se voit attribuer par les autorités un code de santé: rouge, jaune ou vert, qu'il voit apparaître dans ses applis Alipay et Wechat et qu'il doit montrer partout où il se rend. Sans code vert et un scan des données personnelles, il n'est même pas possible de prendre le train par exemple. Dans des centaines de villes, chaque voyage que les citoyens envisagent, est entièrement tenu à jour et constamment contrôlé.

La Russie, qui a pourtant longuement insisté sur une absence du coronavirus sur son territoire, a introduit cette semaine un bracelet numérique pour patients. Les personnes testées positivement au covid-19, mais pouvant rester chez elles, se voient attribuer une appli demandant l'accès aux communications, localisations, caméras, stockage et informations réseau. Les autorités devraient ainsi savoir si ces personnes enfreignent les règles en quittant quand même leur habitation.

Après la crise

Le fait que des autorités prennent des mesures exceptionnelles dans des circonstances tout aussi exceptionnelles, peuvent peut-être se comprendre, mais la question que les défenseurs du respect de la vie privée se posent, c'est de savoir ce qui va se passer après la crise.

L'appli de 'contact tracing' que la Grande-Bretagne entend déployer dans les semaines à venir, exploite, tout comme celle utilisée à Singapour, Bluetooth pour tracer l'appareil de l'utilisateur proche et dresser une liste de numéros de téléphone. Les soins de santé nationaux dans ce pays se fixent comme objectif d'installer l'appli chez la moitié de la population. L'appli utilise cependant les données de localisation des smartphones et peut-être aussi les coordonnées GPS aux endroits, où la connexion est mauvaise. Quelques technologues ont déjà envoyé une lettre ouverte, dans laquelle ils expriment leur préoccupation à propos du fait que cet outil sera également utilisé par la police pour contrôler de grandes parties de la population dans un pays, qui compte déjà l'un des plus grands nombres de caméras de surveillance au monde.

C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles une série d'experts européens prépare une version de ce genre d'appli, faisant la part belle à la confidentialité. L'appli Pan-European Privacy Preserving Proximity Tracing (PEPP-PT) devrait ainsi fournir une réponse à la demande croissante d'informations et d'endiguement et ce, sans enfreindre les règles de respect de la vie privée GDPR. Avant tout, PEPP-PT fonctionnera sur une base volontaire. Les utilisateurs devront eux-mêmes télécharger l'appli et donner leur autorisation pour partager leur localisation. Cette information sera ensuite stockée deux semaines durant et ne sera partagée qu'avec les services sanitaires. L'appli devrait être disponible dès la semaine prochaine, et son code sera proposé à différents pays européens.

Et en Belgique?

Notre pays n'a temporairement pas encore son appli de traçage, même si tout un chacun est libre d'en télécharger d'autres sur une base volontaire. L'Autorité de protection des données a certes donné son feu vert aux fournisseurs pour qu'ils transfèrent leurs donnés télécoms rendues anonymes à l'entreprise Riaktr, qui en fait des cartes. On peut y voir par exemple que 78 pour cent des Belges sont généralement restés dans leur commune ces dernières semaines, selon David Stevens de l'Autorité de protection des données, qui s'est confié à Knack.

Il n'y a chez nous guère d'intérêt accordé à une appli spéciale signalant si vous avez été en contact avec une personne infectée, comme à Singapour ou comme le prévoit PEPP-PT. De l'enquête hebdomadaire effectuée entre-temps par l'université d'Anvers, il apparaît que la moitié des Belges interrogés seulement souhaiterait voir utiliser ce genre d'appli. 80 pour cent de ceux qui s'y opposent, citent précisément le respect de la vie privée comme leur principale préoccupation.

'Track and trace'L'UE demande par exemple aux fournisseurs de mettre à disposition des autorités les données de localisation. Les Etats-Unis eux aussi se tournent vers les fournisseurs et vers des géants technologiques tels Facebook et Google, pour pouvoir tracer les citoyens. Tout cela ne va toutefois pas sans grands risques pour le respect de la vie privée. L'UE elle-même applique par exemple des règles de confidentialité strictes, qui rendraient ce type de transfert illégal sans lois supplémentaires. La crise corona nous apprend déjà combien différentes populations déterminent autrement la ligne séparant le respect de la vie privée de la prévention, et jusqu'où des autorités sont prêtes à aller. Singapour, qui se montra très rapide dans sa lutte contre l'épidémie, est considéré comme l'exemple évident de l'utilisation de la technologie pour protéger ses citoyens. Le pays recourt à une appli appelée TraceTogether, qui utilise Bluetooth pour tracer les téléphones environnants. L'important ici, c'est que l'appli stocke elle-même les logs (historiques) sur le téléphone et extirpe précisément les données de localisation de ce dernier. Ces historiques locaux peuvent être transférés vers le ministère de la santé, si l'utilisateur choisit cette option, probablement après un test positif. A ce moment, le ministère peut contacter toute la liste des logs. On voit en fait surgir souvent le même concept, mais avec de légères... variantes. La Corée du Sud adopte par exemple une approche 'plus transparente'. Lorsque quelqu'un s'y fait diagnostiquer positivement, le gouvernement envoie un SMS à toutes les personnes avec qui il y a eu contact, intégrant des informations sur le sexe, l'année de naissance, l'adresse et la profession du patient, en plus d'un aperçu de tous les endroits où ce dernier est allé. Et cela peut aller loin. C'est ainsi que dans certaines villes, les déplacements sont enregistrés à la minute près, en ce compris les pièces visitées dans un bâtiment et des nuitées éventuelles dans des 'love hotels'.Les choses vont potentiellement encore plus loin en Chine. Là, chaque citoyen se voit attribuer par les autorités un code de santé: rouge, jaune ou vert, qu'il voit apparaître dans ses applis Alipay et Wechat et qu'il doit montrer partout où il se rend. Sans code vert et un scan des données personnelles, il n'est même pas possible de prendre le train par exemple. Dans des centaines de villes, chaque voyage que les citoyens envisagent, est entièrement tenu à jour et constamment contrôlé.La Russie, qui a pourtant longuement insisté sur une absence du coronavirus sur son territoire, a introduit cette semaine un bracelet numérique pour patients. Les personnes testées positivement au covid-19, mais pouvant rester chez elles, se voient attribuer une appli demandant l'accès aux communications, localisations, caméras, stockage et informations réseau. Les autorités devraient ainsi savoir si ces personnes enfreignent les règles en quittant quand même leur habitation.Après la criseLe fait que des autorités prennent des mesures exceptionnelles dans des circonstances tout aussi exceptionnelles, peuvent peut-être se comprendre, mais la question que les défenseurs du respect de la vie privée se posent, c'est de savoir ce qui va se passer après la crise. L'appli de 'contact tracing' que la Grande-Bretagne entend déployer dans les semaines à venir, exploite, tout comme celle utilisée à Singapour, Bluetooth pour tracer l'appareil de l'utilisateur proche et dresser une liste de numéros de téléphone. Les soins de santé nationaux dans ce pays se fixent comme objectif d'installer l'appli chez la moitié de la population. L'appli utilise cependant les données de localisation des smartphones et peut-être aussi les coordonnées GPS aux endroits, où la connexion est mauvaise. Quelques technologues ont déjà envoyé une lettre ouverte, dans laquelle ils expriment leur préoccupation à propos du fait que cet outil sera également utilisé par la police pour contrôler de grandes parties de la population dans un pays, qui compte déjà l'un des plus grands nombres de caméras de surveillance au monde. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles une série d'experts européens prépare une version de ce genre d'appli, faisant la part belle à la confidentialité. L'appli Pan-European Privacy Preserving Proximity Tracing (PEPP-PT) devrait ainsi fournir une réponse à la demande croissante d'informations et d'endiguement et ce, sans enfreindre les règles de respect de la vie privée GDPR. Avant tout, PEPP-PT fonctionnera sur une base volontaire. Les utilisateurs devront eux-mêmes télécharger l'appli et donner leur autorisation pour partager leur localisation. Cette information sera ensuite stockée deux semaines durant et ne sera partagée qu'avec les services sanitaires. L'appli devrait être disponible dès la semaine prochaine, et son code sera proposé à différents pays européens. Et en Belgique?Notre pays n'a temporairement pas encore son appli de traçage, même si tout un chacun est libre d'en télécharger d'autres sur une base volontaire. L'Autorité de protection des données a certes donné son feu vert aux fournisseurs pour qu'ils transfèrent leurs donnés télécoms rendues anonymes à l'entreprise Riaktr, qui en fait des cartes. On peut y voir par exemple que 78 pour cent des Belges sont généralement restés dans leur commune ces dernières semaines, selon David Stevens de l'Autorité de protection des données, qui s'est confié à Knack. Il n'y a chez nous guère d'intérêt accordé à une appli spéciale signalant si vous avez été en contact avec une personne infectée, comme à Singapour ou comme le prévoit PEPP-PT. De l'enquête hebdomadaire effectuée entre-temps par l'université d'Anvers, il apparaît que la moitié des Belges interrogés seulement souhaiterait voir utiliser ce genre d'appli. 80 pour cent de ceux qui s'y opposent, citent précisément le respect de la vie privée comme leur principale préoccupation.