Cloudflare est un réseau de distribution de contenus en ligne, dont le but est de mieux faire tourner les sites web et de leur offrir sites une protection cruciale contre les attaques DDoS. Il est probable qu'un site comme 8chan, qui est une plate-forme faisant la part belle aux idées d'extrême droite, ne puisse plus exister sans cette protection. Cloudflare interrompt aujourd'hui même sa collaboration avec ce site.

La cause de cette décision réside dans la fusillade d'El Paso, au Texas ce week-end, qui a fait vingt morts. L'auteur avait des motifs d'extrême droite et se serait inspiré en grande partie de contenus publiés sur 8chan. Des activistes demandent depuis assez longtemps déjà que le site en question soit mis hors ligne. "Même si le retrait de 8chan de notre réseau enlève une partie de la pression s'exerçant sur nous, cela ne résout pas la question de savoir pourquoi des sites de haine continuent de débiter leur langage nauséabond en ligne", écrit Matthew Prince, CEO de Cloudflare dans un communiqué posté sur son blog. "Cela ne résout en outre ni le problème des fusillades de masse, ni pourquoi une partie de la population se sent si sent si désorientée qu'elle en vient à éprouver de la haine."

8chan est un forum créé autrefois sous la forme d'une alternative sinistre à 4chan, déjà passablement mal famé lui aussi et faisant la part belle à la liberté d'expression. Dans ce sens, le forum attire des communautés et des sous-cultures, qui pourraient difficilement s'exprimer ailleurs. Il se révéla surtout durant la controverse du Gamergate. Les 'chatrooms' (bavardoirs) et les 'threads' (fils de discussion) du site furent à l'époque utilisés pour intimider les femmes journalistes et auteures de jeux (ainsi que leurs collègues masculins considérés comme 'trop politiquement corrects'). Mais ces dernières années, 8chan est donc devenu une importante plate-forme pour l'extrême droite. L'auteur de la fusillade de Christchurch (Nouvelle Zélande) en mars de cette année y avait placé un manifeste islamophobe. Et l'homme à l'initiative de la tragédie d'El Paso, ce week-end, se servait aussi du site et y avait inséré un texte anti-migration hispanique, avant de provoquer son bain de sang.

Il est rare que des entreprises technologiques adoptent une position à caractère politique, mais ce n'est pas la première fois que Cloudflare décide de ne plus supporter un site. En 2017 le réseau avait en effet interrompu sa collaboration avec The Daily Stormer, un site ouvertement néonazi. Ce dernier avait ensuite trouvé un autre fournisseur de sécurité et continue donc de sévir en ligne. "En agissant comme nous le faisons, nous avons certes résolu notre problème, mais pas celui d'internet", conclut Prince.