Depuis que le nuage existe, les mythes à son propos ne manquent pas. De fausses hypothèses qui peuvent amener les entreprises à prendre de mauvaises décisions. Le côté opiniâtre de certains mythes peut s'expliquer, selon l'analyste Gregor Petri de Gartner: "C'est du genre 'as a service', un service non apparent. On ne sait pas comment il est fourni, et on fait donc confiance au vendeur. Mais cela signifie qu'on ne sait pas tout, ce qui fait la part belle aux mythes."
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Depuis que le nuage existe, les mythes à son propos ne manquent pas. De fausses hypothèses qui peuvent amener les entreprises à prendre de mauvaises décisions. Le côté opiniâtre de certains mythes peut s'expliquer, selon l'analyste Gregor Petri de Gartner: "C'est du genre 'as a service', un service non apparent. On ne sait pas comment il est fourni, et on fait donc confiance au vendeur. Mais cela signifie qu'on ne sait pas tout, ce qui fait la part belle aux mythes."Il convient d'y ajouter une interminable litanie de termes (de marketing), qui ont vu le jour à cause de l'élargissement du paysage (avant, on achetait une machine virtuelle, alors qu'à présent, on parle notamment aussi de containers ou de 'serverless computing')."Mais quiconque tente de vous vendre une technologie, essaie à présent de la proposer en tant que 'cloud'. Et ce n'est pas les offres qui manquent: BPaaS, SaaS, PaaS, IaaS. Cela génère de nombreuses questions, du genre 'les données sont-elles sécurisées?' ou 'cela permettra-t-il de faire des économies?'". De quoi inciter Petri à démystifier quelques croyances ou à tout le moins à les nuancer."La plupart des projets ne démarrent pas dans le nuage, parce que leur réalisation y sera plus économiques. Ils y sont lancés, parce qu'une entreprise veut mener quelque chose à bien et que c'est dans le nuage que cela peut se faire le plus rapidement. Il est surtout question ici de maniabilité." Petri cite un exemple très concret: si vous voulez utilisez 5.000 CPU pendant une demi-heure, le nuage s'avère l'option de loin la plus économique et la plus rapide. Le faire en interne vous demandera des mois. Mais si vous avez besoin d'un seul CPU cinq années durant dans le nuage, vous serez sous le choc de la facture que vous recevrez. "Si vous utilisez quelque chose en continu, il est dans de nombreux cas plus économique de le faire en interne. C'est quelque chose qu'il faut considérer de manière dynamique. Mais ne vous basez pas sur une réduction de coût avant d'en avoir examiné le bien-fondé pour votre situation spécifique. Un jumeau numérique ('digital twin') peut vous aider à le simuler."Osez aussi reconsidérer le sujet. "Souvent, on ne sait pas à l'avance si cela durera six mois ou six ans. Tentez de mettre votre application en oeuvre dans le nuage. Si cela marche et si vous pouvez la déployer dans plusieurs départements ou emplacements, envisagez quand même de le faire en interne ou négociez avec votre fournisseur 'cloud' un contrat d'une durée, disons, de six ans, afin de pouvoir forcer une ristourne.""Le nuage ne peut être un but en soi. D'ici 2020, mettre 60 pour cent de vos applis dans le nuage est une possibilité, mais ne peut être un objectif en soi", déclare Petri. Et de signaler qu'il n'existe pas un modèle de livraison unique pour tout et qu'une plus grande diversité ne peut être une mauvaise chose. "Il y a vingt ans, on prétendait que l'IT serait plus fiable en standardisant tout. Mais on peut ajouter un supplément de flexibilité au modèle de service actuel, où de nombreux détails techniques passent inaperçus."Tout comme le nuage n'est pas par définition plus économique, toutes les applications ne s'adaptent pas aussi bien à un environnement 'cloud'. "Concentrez-vous sur ce que vous attendez d'une application et pas sur le fait qu'elle soit ou non dans le nuage. Evaluez au cas par cas." Gartner s'attend à ce que le nombre d'applis et de charges de travail dans le nuage double d'ici 2021, "mais cela ne signifie pas que vous devez sortir tout ce que vous avez en interne. Peut-être le coût d'une appli augmentera-t-il alors démesurément? Par ailleurs, la flexibilité, cela vous connaît, et vous pouvez aisément faire face aux pics. Mais toutes les applications et charges de travail ne s'y prêtent pas forcément. Voilà pourquoi on voit aussi des vendeurs qui sortent à présent des versions privées de leur produit, vous permettant de faire tourner la même chose tant en interne qu'en externe."Ce n'est pas tant un mythe, mais plutôt une prise de position dans certaines entreprises. Le CEO est conscient que le nuage, c'est l'avenir, et il y mise donc pleinement sans passer par les évaluations adéquates. "Elaborez votre stratégie sur base de ce que vous voulez atteindre avec votre entreprise. Votre stratégie 'cloud' n'est pas une méthode ou un document. C'est un processus auquel vous aspirez, comme gagner en maniabilité ou pouvoir fournir votre produit à moindre coût. Assurez-vous qu'il existe à ce propos une unanimité en interne, mais aussi que votre personnel puisse remettre en question votre stratégie."Encore un mythe dont on peut se débarrasser. Les services 'cloud' se diversifient, mais quelques tendances se manifestent également: "On voit SaaS gagner en popularité: un département se tourne vers Salesforce, et l'autre vers ServiceNow, mais tout peut être mis en oeuvre assez rapidement. Il n'empêche que ces départements veulent pouvoir disposer de leur propre outil." Il ne faut pas non plus acheter tout à l'extérieur. "Le développement interne refait surface. Il n'est évidemment guère sensé de créer votre propre 'service desk' ou de développer une appli pour les frais généraux. Mais envisagez-y les points forts: ce que vous créez, doit être unique."En résumé, veillez à ce que votre stratégie 'cloud' permette diverses options et ce, tant dans le nuage qu'en dehors.Ce mythe n'est pas infirmé, mais mérite quelques nuances. "On observe encore et toujours d'importants vols de données, mais il s'agit souvent soit de choses qui tournent en interne, soit d'erreurs humaines. Comme par exemple un fichier Excel dans un container publiquement accessible. Ce n'est certes pas là un message positif, mais la plupart des incidents sont dus au client lui-même. La majorité des vendeurs 'cloud' dispose de possibilités de sécurisation supplémentaires, davantage en tout cas que ce que vous pouvez faire vous-même en interne, mais leurs clients soit ne les utilisent pas, soit sont insuffisamment formés pour ce faire, soit encore ne contrôlent pas si tout est bien sécurisé.""Imaginez qu'un acteur 'cloud' propose un produit et que vous deviez y adapter vos processus. Cela reste un défi pour beaucoup de le faire en toute sécurité. Vous n'allez pas envoyer un mail à Amazon pour leur dire qu'il y a mieux à faire. Ils savent eux-mêmes parfaitement quelles sont les meilleures pratiques, mais veillez avant tout à ce que votre charge de travail ou vos données soient bien sécurisées dans le nuage."Ici, Petri entend nuancer: tous les fournisseurs 'cloud' ne sont pas pareils. Placez dès lors la barre haut pour tout le monde. Mais ne négligez pas non plus vos responsabilités. "Ce n'est pas parce que AWS ou Azure sont sûrs que votre partenaire technique le sera tout autant."Ici encore, il n'y a pas de considération correct/erroné directe, mais bien de nouveau la nuance d'examiner les choses au cas par cas. "Avec IaaS, il est aisé de migrer. Mais quiconque souhaite tirer le plus d'avantages du nuage, recourt souvent aux fonctionnalités les plus sophistiquées. Mais plus on utilise ces perfectionnements, plus compliqué cela devient de migrer vers un autre acteur."Le conseil de Gartner: "Equilibrez les objectifs 'multicloud' avec les 'cloud native goals'. Gardez les yeux ouverts, lorsque vous utilisez des fonctions spécifiques à une plate-forme.""Tel n'est certainement pas le cas. Lorsqu'on aboutit dans le nuage, il est souvent question d'un nouveau produit qu'on souhaite sans doute proposer aux clients, ce qui veut dire qu'il faut se lancer dans la gestion du produit. Si on le crée dans le nuage, on en garde la responsabilité, et il faut que le produit évolue et fasse l'objet de nouvelles versions." Redéveloppez votre processus pour le nuage, mais demeurez vigilant sur le plan des imperfections et des (futures) possibilités.Selon Gartner, il s'agit en grande partie d'un 'urban myth'. "Il y en a certes qui quittent, mais ce n'est certainement pas un mouvement de masse." Petri vous conseille d'élaborer votre stratégie 'cloud' sur base de ce que vous voulez atteindre en visant des objectifs réalistes. "Mais le fait d'affirmer que beaucoup se retirent du nuage, c'est simplement un non-sens. La plupart des entreprises avec qui j'ai des contacts, et qui l'ont fait, prétendent le regretter et veulent réintégrer le nuage à terme, mais d'une meilleure manière. Cela tient à des hypothèses réalistes."Voilà une expression qui 'en jette', mais qu'il faut ici encore considérer différemment. "Séparez votre stratégie 'cloud' de vos projets d'implémentation car se sont deux choses différentes." Patri recommande de vous focaliser sur ce en quoi vous pouvez vous distinguer. "Vous ne devez pas forcément briller dans les systèmes de paie (payroll), mais bien dans d'autres applications." Et de signaler ici que la stratégie 'cloud' est un élément à court et à moyen terme, indépendante de la stratégie de l'entreprise qui est plutôt de type à long terme. Une stratégie 'cloud' est par conséquent plutôt une donnée opérationnelle qu'une donnée stratégique.Petri cite plusieurs points qui sont souvent évidents, mais qui, dans la pratique, sont pourtant souvent négligés. Le message numéro un, c'est surtout de ne pas prendre automatiquement pour argent comptant les généralités que l'on raconte sur le nuage, et d'examiner dans quelle mesure elles peuvent s'appliquer à votre projet ou entreprise. Cela signifie qu'il faut tenir compte des avantages et des inconvénients du nuage, considérer les mythes qui peuvent s'avérer dangereux pour votre activité, mais aussi être conscient que tout un chacun dans l'entreprise n'a pas la même connaissance ou les mêmes attentes du nuage.