La Vrije Universiteit Brussel (VUB) et le gouvernement flamand ont inauguré le nouveau superordinateur Tier-1 ‘Sofia’ à Zellik.
C’est dans le centre de données Nexus du Green Energy Park de Zellik que ‘Sofia’ a été officiellement inauguré hier soir. Ce nouveau superordinateur est destiné à remplacer les anciens systèmes Tier-1 Hortense (UGent) et BrENIAC (KULeuven) et sera géré par la VUB pendant les six prochaines années. Le projet est un maillon crucial dans l’écosystème du Vlaams Supercomputer Centrum (VSC), qui fournit de la puissance de calcul à toutes les universités et centres de recherche stratégiques flamands ainsi qu’à l’industrie.
La salle des machines du futur
Ce qui distingue Sofia – le mot grec pour ‘sagesse’ – de ses prédécesseurs, c’est sa focalisation explicite sur l’intelligence artificielle. Là où les superordinateurs reposaient traditionnellement sur de lourds clusters de CPU, l’équilibre évolue désormais radicalement vers les GPU, essentiels à la formation de modèles d’IA complexes. ‘L’architecture de Sofia, comparée à celle du superordinateur précédent Hortense, illustre bien l’évolution technologique amenée par l’IA au cours des cinq dernières années’, explique Karin Voets, CIO de la VUB.
Le nouveau superordinateur représente un investissement initial de 8,6 millions d’euros et est le plus rapide de Belgique. Même si cela reste relatif. Dans la liste des 500 plus grands superordinateurs au monde, Sofia apparaîtra probablement quelque part dans le gros peloton. Le ministre-président flamand Matthias Diependaele (N-VA), qui a inauguré officiellement l’ordinateur, a souligné que la Flandre ne cherche pas à être la plus grande, mais qu’elle souhaite faire les choix les plus intelligents. ‘Nous investissons dans la salle des machines du futur’, a déclaré Diependaele. ‘C’est un choix conscient de créer le meilleur environnement possible dans lequel nos chercheurs pourront exceller.’
Le système a été construit par la firme technologique japonaise NEC, et fourni par NEC Deutschland, qui a remporté la procédure d’appel d’offres. Au cœur de Sofia se trouvent 21 nœuds de 8 GPU NVIDIA (H200 SXM5), interconnectés via un réseau InfiniBand de 400 Gbps. ‘Cela permettra des formations à grande échelle de l’IA sur tous les GPU’, a précisé Voets. De plus, le système dispose également de beaucoup de mémoire supplémentaire (voir l’encadré des spécifications, ndlr.) pour les simulations physiques gourmandes en données, par exemple.

Puissance de calcul verte
Avec une capacité de 315 kilowatts, Sofia est un important consommateur d’énergie: comparable à quelque 600 foyers. Néanmoins, l’efficience énergétique était une condition fondamentale de l’appel d’offres. Le centre de données Nexus à Zellik, où se trouve Sofia, est considéré comme l’un des plus écologiques de Belgique avec un PUE (Power Usage Effectiveness) de 1,2. Nexus a été revendu à la société néerlandaise Penta Infra peu après son ouverture l’année dernière.
‘Il ne sert à rien de mettre un poêle fantastique dans une maison mal isolée’, a affirmé Voets. Comme les GPU modernes génèrent tellement de chaleur que le refroidissement à air n’est plus suffisant, le centre de données est entièrement équipé pour le refroidissement par eau. La VUB s’est également fixée un taux d’occupation de 80 pour cent afin de maximiser le retour sur investissement.
Des câbles en acier aux modèles climatiques
Les entreprises et les chercheurs flamands peuvent solliciter des heures de calcul sur la nouvelle infrastructure via le VSC. A partir de janvier, les premiers calculs concrets pourront être réalisés sur Sofia. La puissance de calcul sera alors largement exploitée: de la recherche médicale et de l’étude des matériaux jusqu’à la technologie du langage. L’un des premiers utilisateurs sera le climatologue Wim Thiery (VUB). Pour son équipe, l’arrivée de Sofia est cruciale. ‘Nous utilisons des modèles climatiques qui simulent les interactions entre l’atmosphère, le sol, les océans et les calottes glaciaires’, a expliqué Thiery lors de la présentation. Grâce à la nouvelle infrastructure, ces simulations pourront être effectuées de manière beaucoup plus détaillée. ‘Les résultats ressembleront à des images satellites, mais il s’agira bel et bien de calculs, a encore ajouté Thiery, qui a besoin d’un superordinateur pour cartographier l’impact du changement climatique sur les générations futures. Sofia offrira également des opportunités à l’industrie, par exemple pour les entreprises souhaitant réaliser des simulations de défauts dans des câbles en acier ou des éoliennes jusqu’à dix fois plus rapidement qu’auparavant.
Un focus évident sur l’IA donc, mais les spécifications laissent suffisamment de place pour d’autres applications également. ‘Les chercheurs utilisant des applications non liées à l’IA pourront certainement aussi utiliser le superordinateur’, selon Ward Poelmans, Scientific Data & Compute (SDC) au sein de la direction ICT de la VUB. La construction ne se déroula du reste pas sans accrocs. Il y eut ainsi une menace de retard, car certains éléments n’étaient pas immédiatement disponibles. Les GPU ont été fournis toutefois sans encombre grâce à des accords conclus avec NVIDIA. ‘Avec des traceurs GPS au fait’, déclare Poelmans en riant. Ce n’est bien sûr pas totalement illogique pour des palettes valant facilement 200.000 euros chacune.
Spécifications de Sofia
– 21 nœuds de 8 GPU (NVIDIA H200 SXM5). Ces nœuds disposent de 192 cœurs et 4 Go de mémoire par cœur. En tout, cela donne 11.239,20 TFLOPS en FP64 de puissance de calcul. Les nœuds sont interconnectés via un réseau NVIDIA Quantum-2 InfiniBand de 400 Gbps.
– 56 nœuds ‘high core’ à 384 cœurs chacun et 2 Go de mémoire par cœur, pour un total de 1.548,29 TFLOPS (FP64). Ces nœuds sont connectés à un réseau NVIDIA Quantum-2 InfiniBand à 200 Gbps.
– 16 nœuds « Haute mémoire » avec 192 cœurs chacun et 8 Go de mémoire par cœur, pour un total de 255,59 TFLOPS (FP64). Ces nœuds sont connectés à un réseau NVIDIA Quantum-2 InfiniBand de 400 Gbps.
– 4 nœuds de visualisation et un portail web pour travailler rapidement et facilement avec le système.