Alice, une plateforme d’IA conçue par des avocats pour les avocats et équipes juridiques, recueille un million d’euros.
Il s’agit en l’occurrence d’une phase de financement dite de pré-amorçage dirigée par NewSchool et Seeder Fund, avec la participation de quelques ‘angel investors’ belges expérimentés. La tâche d’Alice consiste à repenser le travail des dossiers juridiques du début jusqu’à la fin, ce qu’on appelle en fait du ‘legaltech’. La plateforme entend démontrer que pour les avocats, l’IA doit faire plus que les simples chatbots, qui sont certes en plein boom, comme vous avez récemment encore pu le lire dans Data News.
Priorité à la vérification et à la traçabilité
La marche en avant de l’IA générative au tribunal est une évidence, mais elle ne se passe pas sans l’un ou l’autre accroc. Alors que l’adoption s’accélère aux seins des bureaux d’avocats, chez les juges, c’est surtout la préoccupation de la qualité des pièces fournies qui croît. Le phénomène selon lequel des outils d’IA généraux inventent des jugements fictifs ou des sources erronées, ce qu’on appelle des hallucinations, a conduit récemment en Belgique à la réouverture de débats et d’avertissements assortis d’actions procédurales. C’est précisément dans cette zone de tension entre efficience technologique et précision juridique qu’Alice se positionne. La plateforme n’est pas conçue pour être un assistant externe, mais comme un flux de travail intégré qui force l’avocat à effectuer un contrôle humain à chaque stade du procès. En accordant la priorité à la vérification et à la traçabilité dans l’élaboration complète du dossier, l’entreprise tente de fournir une réponse à la critique croissante exprimée par la magistrature vis-à-vis de l’utilisation technologique non-contrôlée allant de pair avec le risque d’hallucinations de l’IA.
Les forces motrices de la startup gantoise s’appellent Jeroen Villé et Armin Wintein, tous deux avocats directement aux prises avec les limitations des outils actuels dans leur pratique. Conjointement avec le CTO Joren Coulier, ils ont créé un système qui se base sur la structure du dossier plutôt que sur des invites individuelles. Cette approche ‘case-first’ doit faire en sorte que l’information issue de l’analyse des pièces du dossier génère de manière consistante une argumentation juridique et, finalement, des documents prêts pour le procès. Selon les fondateurs, cette méthodologie s’avère cruciale pour pouvoir supporter la responsabilité propre à la profession dans un environnement numérisé.
‘Une totale confiance est cruciale’
‘Nous sommes convaincus que l’IA ne recevra une place durable dans la pratique juridique que si les avocats peuvent lui faire une confiance totale, et si elle supporte tous les aspects du dossier’, prétend Jeroen Villé, co-fondateur et CEO d’Alice. ‘Alice s’attaque à l’un des principaux obstacles en legal AI: la confiance. Conçue par des avocats et rapidement bien accueillie par les bureaux d’avocats, la plateforme permet d’harmoniser l’innovation IA et la la réalité de la pratique juridique’, déclare Isabelle Tennstedt, partner chez Seeder Fund.
Le fait qu’Alice soit parvenue à enregistrer en relativement peu de temps plus de soixante bureaux d’avocats comme clients en Belgique, représente un bel incitant et illustre que le secteur qui a de tout temps eu une image conservatrice et anti-technologique, se trouve bien en pleine transformation.
Avec les nouveaux moyens récoltés, l’entreprise gantoise envisage du reste d’affiner plus avant ses algorithmes pour la génération de documents. De plus et grâce à ce capital supplémentaire, Alice franchira les frontières nationales. Après une nouvelle consolidation sur le marché belge, une expansion aux Pays-Bas et en France est en effet déjà à l’agenda.