21/12/16 à 14:18 - Mise à jour à 14:18

'Je ne peux être spectateur de la façon dont Mark Zuckerberg fiche internet en l'air'

Le bloggeur IT Quincy Larson n'en croit pas ses yeux de l'essor de Facebook: 'Zuckerberg ne s'arrêtera pas, lorsque Facebook dominera notre vie. Il veut que Facebook devienne notre vie.'

'Je ne peux être spectateur de la façon dont Mark Zuckerberg fiche internet en l'air'

© Reuters

Cet article est paru précédemment sur Medium.com.

Mark Zuckerberg, le CEO de Facebook, est probablement la personne la plus puissante sur Terre. Il se peut même qu'il soit la personne la plus puissante à ce jour.

Traditionnellement, on considère le président des Etats-Unis comme la personne la plus puissante sur Terre. Car enfin, Barack Obama ne contrôle-t-il pas l'armée la plus puissante au monde et n'impacte-t-il pas l'économie de son pays, qui pèse 18 trillions de dollars (16,2 trillions d'euros)? Maar Obama est lié à des systèmes qui contrebalancent son pouvoir: le Congrès et la Cour suprême de Justice limitent son mandat - dans un mois, c'est Donald Trump qui lui succédera - ainsi que le voeu de l'électeur américain.

Ces limites n'existent pas pour Mark Zuckerberg. Il tient en effet sa puissance de Facebook, la septième plus importante entreprise de la planète. Il en possède 18 pour cent des actions et en contrôle 60 pour cent des voix. Aujourd'hui, il est âgé de 32 ans, mais il peut en rester le CEO jusqu'à 50 ans, si tel est son désir.

L'aspect financier n'est encore qu'une petite partie de ce qui rend Facebook si puissante. Voici quelques éléments supplémentaires pour lesquels le réseau social monopolise l'attention humaine.

  1. Plus d'1 milliard de gens utilisent Facebook chaque jour. Un quart du temps total passé par les gens sur internet est consacré à Facebook.
  2. Pour beaucoup, Facebook est internet. C'est le premier endroit où les gens se rendent pour annoncer des mariages, naissances, décès et d'autres grands moments de leur existence.
  3. Facebook devient toujours plus la plate-forme sur laquelle les gens consomment les médias.

Grâce à son programme Free Basics, qui entend rendre internet disponible partout dans le monde, Facebook est littéralement devenu l'internet pour le tiers-monde. Les gens qui prennent part au programme, doivent payer pour accéder aux sites web qui n'appartiennent pas à Facebook.

Facebook a également utilisé son monopole sur l'attention humaine pour contrôler quelle actualité est montrée à qui. L'entreprise contrôle ainsi dans l'ombre l'opinion publique. Et Facebook en sait plus sur l'humanité - et sur les individus - que n'importe quelle autre entreprise ou gouvernement sur Terre. 500 téraoctets de données personnelles prennent chaque jour la direction de Facebook.

Jusqu'à présent, Zuckerberg a surtout exploité la puissance de Facebook pour faire croître son entreprise. Ses concurrents les plus sérieux, Instagram et WhatsApp, il les a simplement rachetés. A présent, il mène contre YouTube un combat à qui deviendra l'acteur dominant sur le plan de la vidéo, alors qu'il affronte Twitter en vue de maîtriser la communication en temps réel.

Il est même occupé à créer des formes d'intelligence artificielle et à lancer des satellites, même si le premier lancement s'est terminé en une explosion sur la plate-forme de départ.

Mais alors que Facebook est bien partie pour devenir la plus puissante entreprise de l'histoire, tout semble indiquer que les projets de Zuckerberg sont en train de changer.

Même s'il avait juré de se débarrasser de son vivant de 99 pour cent de ses actions Facebook, il continuera de contrôler ses cadres. Ajoutons que sa puissance n'émane pas de ses milliards de dollars, mais de son accès à notre attention et à nos données.

Son rôle dans la formation de l'humanité est tellement substantiel que même une équipe de professeurs d'université analyse littéralement tout ce que Zuckberg dit dans l'espoir de comprendre ses projets d'avenir. Pour le restant de sa vie, Zuckerberg sera capable d'exploiter l'incroyable puissance de Facebook pour atteindre tous ses désirs.

Mais est-il responsable?

Ci-dessous, vous trouverez un message posté par Zuckerberg sur Facebook, dans lequel il explique son projet d'interrompre les fausses infos: 'Le point crucial, c'est que l'on prend la désinformation au sérieux', peut-on y lire.

'Je ne peux être spectateur de la façon dont Mark Zuckerberg fiche internet en l'air'

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Outre le message de Zuckerberg, l'on découvre deux publicités pour les fausses infos. Celles-ci ont probablement joué un grand rôle dans le résultat des élections présidentielles américaines et dans de nombreuses autres élections récentes.

Même de faux titres - souvent utilisés pour inciter les gens à cliquer sur des publicités de produits dont ils n'ont rien à faire - peuvent causer des dommages. Les titres sont souvent ce que la plupart des gens lisent dans un article. En soi, ils peuvent donc exercer une énorme influence sur l'opinion publique.

La fausse information n'est pas la seule source de controverse vis-à-vis de Facebook. Récemment, des personnes ont rapporté au New York Times que Facebook préparait un outil de censure intelligent.

Le but actuel de Zuckerberg est de réintégrer le marché chinois, où Facebook est bloqué depuis 2009. Mais Zuckberg est-il responsable de la puissance gigantesque de son entreprise et de faire aider son armée d'ingénieurs software à combattre la répression dans l'un des pays les plus peuplés au monde? Rien que pour amplifier encore sa part de marché?

Facebook omniprésente

Facebook est déjà sur nos téléphones et ordinateurs, où elle nous harcèle de notifications. Messenger prend le dessus sur tout ce que l'on est en train de faire, lorsque quelqu'un nous envoie un message.

Et si l'on veut le désactiver, Facebook nous donne les options suivantes:

'Je ne peux être spectateur de la façon dont Mark Zuckerberg fiche internet en l'air'

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En effet, la seule façon de désactiver ces ennuyeuses notifications pour plus de vingt-quatre heures, c'est d'en revenir complètement aux paramètres de base.

Et Zuckerberg ne s'arrêtera pas après s'être littéralement infiltré dans notre vie. Il veut que Facebook devienne notre vie. Ci-après, vous découvrirez une démo de Facebook Social VR, créée via Oculus, une entreprise qu'il racheta en 2014:

Il est étonnant de le voir apparaître sous un air aussi mondain. On peut aller partout et faire tout ce qu'on veut, mais dans un premier temps, on va quand même vite se rendre dans le living et prendre un selfie avec le chien... Mais revenons-en à nos moutons, euh à Zuckerberg.

Le message de Zuckerberg est clair: il veut gagner de l'argent de la pénurie artificielle. Il voit un avenir dans lequel on paiera un supplément pour occuper un meilleur siège lors d'un événement sportif transmis en réalité virtuelle. Du point de vue technique, il serait possible de créer une infinité de sièges au premier rang dans la réalité virtuelle. L'on n'est pas tributaire des règles du temps et de l'espace habituelles. Mais l'on devrait verser un supplément pour se débarrasser des têtes des avatars qui gênent la vision.

Ajoutez-y le fait d'avoir partout des publicités dans la réalité virtuelle. L'oculométrie (eyetracking) peut faire en sorte que l'on ne puisse plus en détourner le regard. Et c'est sans parler que Facebook en sait toujours plus sur nous et a l'obligation capitaliste de maximaliser sa valeur vis-à-vis de ses actionnaires. Ces deux éléments veilleront à ce que les publicités soient de plus en plus ciblées.

Facebook est une menace pour le web ouvert

Un phénomène tel Facebook n'aurait jamais pu naître au sein de Facebook. Il a besoin d'un web ouvert pour prospérer. Malgré cela, Facebook consent sciemment des efforts - tels Free Basics - pour détruire le web ouvert. Elle détruit donc l'environnement qui a permis sa propre existence.

Sergey Brin, co-fondateur de Google, a condamné Facebook et a déclaré que Google elle-même n'avait jamais eu du succès dans le jardin emmuré que Facebook est en train, selon lui, de faire d'internet. 'Selon Facebook, il faut jouer le jeu en respectant ses règles très restrictives. Le type d'environnement dans lequel nous avons développé Google, explique comment nous avons mis au point un moteur de recherche: le web était si ouvert. Tue-t-on l'innovation à cause d'une surabondance de règles.' Des organisations qui, normalement, se manifesteraient pour contester la domination de Facebook, ne trouveront jamais la terre nourricière pour y plonger leurs racines.

Que peut-on y faire?

Nombreux sont ceux qui réagissent instinctivement en supprimant leur compte Facebook et en l'ignorant tout simplement. Malheureusement, cela ne sert à rien car cela ne se traduit que par un nombre de personnes moins sensées présentes sur le réseau social.

Que vous le vouliez ou non, beaucoup de gens qui doivent découvrir votre vision étayée, se trouvent sur Facebook. Ils figurent dans votre famille, vos amis et vos condisciples. Et ils nagent toute la journée en plein pathos et désinformation. Ils doivent pouvoir accéder à vos arguments et à votre réponse à leurs opinions insensées.

Je n'ai pas l'intention de supprimer mon compte Facebook. Je ne veux pas me retirer dans une chambre d'écho d'érudits où j'aimerais pourtant passer du temps. Je vais tenir bon et continuer de me battre contre la désinformation de manière sensée et avec humour.

Et j'espère que vous ferez de même, pour rendre l'expérience plus supportable. Vous ferez ainsi de Facebook un endroit plus sain pour vous-même.

1. Rejetez les demandes de Facebook de fournir des informations. Ne lui donnez pas votre numéro de téléphone, ne lui donnez pas accès à vos contacts via Gmail. N'utilisez jamais l'authentification Facebook pour vous connecter sur des sites web ou des applis./Para

2. Réfléchissez à deux fois avant de partager des informations personnelles. Pas de problème quand il s'agit de poster des photos de vous et de vos enfants, mais à votre place, je ne posterais jamais des extraits ou la diffusion en direct d'une sortie bien arrosée. Offrir ces moments de 'faiblesse' à Facebook ne peut que vous attirer des ennuis./Para

3. Et enfin, découvrez par vous-même comment fonctionne le web et pourquoi un web ouvert s'avère si crucial.

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