Saskia Van Uffelen
Saskia Van Uffelen
Saskia Van Uffelen est CEO de la filiale BeLux d'Ericsson et a été élue en 2012 'Digital Champion' pour la Belgique.
Opinion

17/07/15 à 15:49 - Mise à jour à 15:49

'Belgique numérique: ne crions pas victoire trop tôt'

'Je suis fière que la Belgique commence à comprendre que le numérique n'est pas un luxe, mais une nécessité', écrit Saskia Van Uffelen, CEO d'Ericsson Belux et Digital Champion belge au niveau européen. 'Mais le temps est peut-être venu de passer à l'action.'

'Belgique numérique: ne crions pas victoire trop tôt'

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Quatre ménages sur cinq possèdent une connexion Internet. La Belgique semble être à la pointe en matière de numérique et de technologies de l'information et de la communication (TIC). Je crains toutefois que nous ayons négligé certains aspects importants. Nous avons encore beaucoup de pain sur la planche, mais nous semblons l'avoir oublié. Il est temps de passer à l'action, par exemple en matière de commerce électronique et de 5G. Il faut que le gouvernement rassemble rapidement tous les partenaires autour de la table afin de pouvoir se concentrer sur ce qui fera véritablement avancer notre économie.

Le nouveau baromètre de la société de l'information compare les progrès de la Belgique en matière de TIC par rapport aux années précédentes et au reste de l'Europe. Il semblerait que l'évolution soit positive dans notre pays. Le Belge achète davantage en ligne et le nombre d'entreprises et de ménages qui possèdent une connexion Internet ne cesse d'augmenter. Toutefois, nous ne devons pas crier victoire trop tôt lorsque nous constatons, par exemple, que les ventes de chaussures en ligne sont en augmentation. Car les opportunités offertes par l'e-commerce sont loin de se limiter aux opérations bancaires sur Internet et à la vente ou l'achat de chaussures ou de gadgets en ligne. Le plus bel exemple peut être trouvé chez nos voisins du nord : Bol.com, un poids lourd du commerce en ligne qui fait partie du groupe Ahold. L'entreprise l'a bien compris : le détaillant de demain pourrait bien également devenir producteur ou fournisseur.

Car s'il n'y avait qu'un seul enseignement à tirer de ce nouveau baromètre, ce serait probablement que même si les personnes sont de plus en plus connectées, les objets ne le sont pas encore. Et c'est un problème, car d'ici 2020, même nos frigos intelligents et nos voitures autonomes devraient pouvoir se connecter sans problème à un réseau mobile. Nous évoluons vers un Internet des objets, un monde où tout et tout le monde est interconnecté. Pensez par exemple à un chirurgien qui réalise une opération complexe à coeur ouvert à des centaines de kilomètres du patient grâce à un robot. Ou à une technologie qui facilite la recherche d'une place de parking grâce à votre smartphone, capable de voir où se trouvent les places libres.

Mais que va-t-il se passer si les entreprises découvrent tôt ou tard qu'elles ne sont pas capables de mettre en pratique toutes ces prouesses technologiques ? Une question pertinente, car c'est en effet ce qui risque de se passer dans notre pays si nous ne passons pas rapidement à l'action. Ce qu'il nous faut, c'est un réseau innovant, solide et sécurisé, à savoir le réseau 5G, qui nous permettrait de supporter et de relier entre eux des centaines de milliers d'appareils. Hélas, en Belgique, aucun fournisseur d'accès n'a encore pris l'initiative de s'intéresser de plus près à la 5G. Des pays comme la Suède, Singapour et l'Espagne ont par contre déjà franchi le cap. Un choix judicieux, car l'Internet des objets va révolutionner l'économie d'ici cinq ans. 60 % des emplois actuels risquent de disparaître, mais le changement apportera avec lui de nouveaux modèles économiques, de nouvelles opportunités et de nouveaux emplois. Nous devons préparer l'économie belge à cette gigantesque opportunité.

C'est la raison pour laquelle notre "national coalition for skills & jobs" mérite davantage d'attention. Nous voulons permettre à chaque tranche d'âge de la population de faire connaissance avec le numérique. Car tout le monde doit embarquer dans le train du numérique : chaque secteur, chaque entreprise, chaque collaborateur. Sinon, d'ici quelques années, nous devrons aller chercher ailleurs les talents capables d'occuper les nouveaux emplois créés.

Je sais que le numérique est l'une des priorités du ministre Alexander De Croo. Sa passion et son enthousiasme pour l'univers numérique sont communicatifs. Et je suis fière que la Belgique commence à comprendre que le numérique n'est pas un luxe, mais une nécessité. Mais le temps est peut-être venu de placer certains points comme les nouveaux modèles économiques, la 5G et nos compétences numériques un peu plus haut sur notre liste des priorités. Nous devons passer à l'action, afin de progresser rapidement et d'être prêts à relever le véritable défi en 2020.

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