En 2018, notre pays mettait en oeuvre une directive européenne de fin 2016 visant à rendre obligatoire cette accessibilité. Il s'agissait notamment de prévoir des sous-titres pour les vidéos et de veiller à ce que les sites soient aisément lisibles avec un logiciel de lecture et puissent être commandés à l'aide du seul clavier. Autant d'éléments que le citoyen moyen ne remarque pas, mais qui sont cruciales pour les sourds, aveugles, malentendants ou malvoyants. Surtout dans un contexte de services électroniques ou d'informations capitales sur les sites des administrations publiques.

Mais deux ans après la mise en place de cette mesure et quatre ans après la législation européenne, qu'en est-il sur le terrain? "Nous ne disposons pas de chiffres à ce sujet, mais la législation n'est certainement pas pleinement respectée, confesse Bart Simons, expert en accessibilité chez Anysurfer, une organisation spécialisée dans le conseil en matière d'accessibilité de sites Web et d'applis. Les pouvoirs publics savent depuis fin 2016 déjà que cette réglementation va s'appliquer, mais l'échéance est désormais dépassée et certaines administrations n'ont pas suivi."

Bart Simons, lui-même aveugle, fait remarquer que le problème se situe souvent dans de petits détails. "Vous devez vous enregistrer pour le suivi extra-scolaire de votre enfant. Vous devez notamment renseigner la date de naissance dans un sélectionneur de date dont le format est DD/MM/JJJJ. Or insérer la barre oblique ne fonctionne pas. Alors qu'un seul champ n'est pas opérationnel, c'est l'ensemble du processus qui bloque. Peu importe finalement dans un tel cas que le reste du site soit bel et bien accessible."

Il fait également remarquer que les sites qui ont travaillé sur l'accessibilité le signalent en général par une déclaration d'accessibilité. "Il est important de pouvoir également permettre de réagir en ne se limitant pas à un courriel à info@-adresse. Ce feedback doit être adressé aux personnes qui s'occupent effectivement du site, tandis qu'il doit être possible de contacter un ombudsman. Il manque très souvent un interlocuteur capable de rappeler ses obligations à l'administration."

"Le HTML est d'ailleurs parfaitement accessible. Mais les choses se gâtent souvent lorsque l'on choisit par exemple de développer quelque chose de plus agréable à l'oeil comme un 'bouton radio'. Il faut en effet ne pas oublier de contrôler si le site reste toujours aussi accessible."

Entre-temps dans le secteur public

Data News a contacté le SPF BOSA (Stratégie et Appui, qui a notamment la charge de la transformation numérique). Précisons que BOSA n'est pas responsable lui-même de l'ensemble des sites publics et qu'il appartient à chaque administration de mettre en ordre son site Web. Nous y avons appris que la Belgique dispose d'au moins 450 sites d'administrations publiques. Le niveau fédéral gère 139 sites, dont 125 ont fait l'objet d'un examen durant l'été dernier, le reste devant suivre dans les semaines ou les mois à venir. "Un premier rapport doit être publié fin décembre 2021 et envoyé à l'UE. Nous sommes donc en avance d'un an sur le planning."

BOSA précise que depuis 2019, un courrier spécifique est adressé aux responsables de la communication au sein des différents SPF. Après les premiers rapports d'audit cet été, une communication plus générale a été menée au sein de l'administration. En parallèle, BOSA collabore avec des organisations comme le Belgian Disability Forum sur le thème de l'accessibilité.

Les rapports en question seront consolidés au cours des prochains mois pour présenter un seul et même rapport global sur l'administration. Il s'agira d'un livre blanc sur l'état de l'accessibilité numérique au niveau fédéral.

En conclusion donc, tous les sites Web publics ne sont pas encore aisément accessibles, même si l'obligation existe. Un rapport complet ne sera disponible que fin 2021, mais au niveau fédéral, un premier rapport sur l'état de l'accessibilité de 139 sites Web sera prochainement disponible.

Cet article provient de la version imprimée de Data News du 27 octobre 2020.

En 2018, notre pays mettait en oeuvre une directive européenne de fin 2016 visant à rendre obligatoire cette accessibilité. Il s'agissait notamment de prévoir des sous-titres pour les vidéos et de veiller à ce que les sites soient aisément lisibles avec un logiciel de lecture et puissent être commandés à l'aide du seul clavier. Autant d'éléments que le citoyen moyen ne remarque pas, mais qui sont cruciales pour les sourds, aveugles, malentendants ou malvoyants. Surtout dans un contexte de services électroniques ou d'informations capitales sur les sites des administrations publiques. Mais deux ans après la mise en place de cette mesure et quatre ans après la législation européenne, qu'en est-il sur le terrain? "Nous ne disposons pas de chiffres à ce sujet, mais la législation n'est certainement pas pleinement respectée, confesse Bart Simons, expert en accessibilité chez Anysurfer, une organisation spécialisée dans le conseil en matière d'accessibilité de sites Web et d'applis. Les pouvoirs publics savent depuis fin 2016 déjà que cette réglementation va s'appliquer, mais l'échéance est désormais dépassée et certaines administrations n'ont pas suivi." Bart Simons, lui-même aveugle, fait remarquer que le problème se situe souvent dans de petits détails. "Vous devez vous enregistrer pour le suivi extra-scolaire de votre enfant. Vous devez notamment renseigner la date de naissance dans un sélectionneur de date dont le format est DD/MM/JJJJ. Or insérer la barre oblique ne fonctionne pas. Alors qu'un seul champ n'est pas opérationnel, c'est l'ensemble du processus qui bloque. Peu importe finalement dans un tel cas que le reste du site soit bel et bien accessible." Il fait également remarquer que les sites qui ont travaillé sur l'accessibilité le signalent en général par une déclaration d'accessibilité. "Il est important de pouvoir également permettre de réagir en ne se limitant pas à un courriel à info@-adresse. Ce feedback doit être adressé aux personnes qui s'occupent effectivement du site, tandis qu'il doit être possible de contacter un ombudsman. Il manque très souvent un interlocuteur capable de rappeler ses obligations à l'administration." "Le HTML est d'ailleurs parfaitement accessible. Mais les choses se gâtent souvent lorsque l'on choisit par exemple de développer quelque chose de plus agréable à l'oeil comme un 'bouton radio'. Il faut en effet ne pas oublier de contrôler si le site reste toujours aussi accessible." Entre-temps dans le secteur public Data News a contacté le SPF BOSA (Stratégie et Appui, qui a notamment la charge de la transformation numérique). Précisons que BOSA n'est pas responsable lui-même de l'ensemble des sites publics et qu'il appartient à chaque administration de mettre en ordre son site Web. Nous y avons appris que la Belgique dispose d'au moins 450 sites d'administrations publiques. Le niveau fédéral gère 139 sites, dont 125 ont fait l'objet d'un examen durant l'été dernier, le reste devant suivre dans les semaines ou les mois à venir. "Un premier rapport doit être publié fin décembre 2021 et envoyé à l'UE. Nous sommes donc en avance d'un an sur le planning." BOSA précise que depuis 2019, un courrier spécifique est adressé aux responsables de la communication au sein des différents SPF. Après les premiers rapports d'audit cet été, une communication plus générale a été menée au sein de l'administration. En parallèle, BOSA collabore avec des organisations comme le Belgian Disability Forum sur le thème de l'accessibilité. Les rapports en question seront consolidés au cours des prochains mois pour présenter un seul et même rapport global sur l'administration. Il s'agira d'un livre blanc sur l'état de l'accessibilité numérique au niveau fédéral. En conclusion donc, tous les sites Web publics ne sont pas encore aisément accessibles, même si l'obligation existe. Un rapport complet ne sera disponible que fin 2021, mais au niveau fédéral, un premier rapport sur l'état de l'accessibilité de 139 sites Web sera prochainement disponible. Cet article provient de la version imprimée de Data News du 27 octobre 2020.