Le globe oculaire humain peut être considéré comme un dipôle électrique: la rétine à l'arrière est chargée négativement, et la cornée à l'avant est chargée positivement. Cette différence de potentiel peut être mesurée en plaçant des électrodes cutanées autour de l'oeil et en les connectant via un amplificateur électronique à un appareil d'enregistrement. Lorsqu'on roule ou cligne des yeux, la tension change entre les électrodes. Sur base du signal mesuré, ce qu'on appelle une électro-oculographie (EOG), il est possible d'analyser les mouvements des yeux.

L'institut flamand de recherche imec avait l'année dernière déjà appliqué ce principe pour concevoir des lunettes de suivi oculaire. Au moyen de ces lunettes, il serait possible de donner des ordres via les yeux dans des applications de réalité augmentée ou virtuelle. Les mouvements oculaires horizontaux pourraient par exemple être utilisés à des fins de balayage et de clignement en vue de progresser dans le monde virtuel. Ces lunettes pourraient également aider à détecter précocement des affections neuro-dégénératives exerçant une influence sur les mouvements des yeux (comme dans les cas de l'Alzheimer et du Parkinson).

A présent, des chercheurs de l'université de Californie et de l'Harbin Institute of Technology ont appliqué ce même principe en vue de mettre au point un objectif robotisé. Ils ont puisé leur inspiration dans la nature, afin de développer leur objectif 'biomimétique', car ils ont imité le mécanisme de l'oeil humain. L'objectif adapte sa forme, lorsque l'oeil humain clignote deux fois ou effectue un mouvement horizontal. C'est la première fois qu'un objectif artificiel souple est conçu pour permettre le réglage de la distance focale au moyen de signaux EOG.

Il s'agit en l'occurrence encore d'une preuve de concept. Les chercheurs signalent que l'interface entre l'oeil humain et l'objectif souple connaîtra différentes applications possibles. C'est ainsi que l'objectif pourrait être incorporé dans des robots, où une caméra pourrait être télécommandée par l'oeil humain. La technologie pourrait en outre aider à créer de meilleurs yeux bioniques. Les aveugles et malvoyants pourraient en effet encore et toujours produire un signal électro-oculographique en bougeant les globes oculaires.

Ces résultats ont été récemment publiés dans Advanced Functional Materials et ont, dimanche, été abordés pour la première fois par la revue anglophone New Scientist.