"L'Europe n'écoute pas ses entrepreneurs"

12/04/12 à 08:31 - Mise à jour à 08:31

Source: Datanews

Si l'Europe veut encore avoir demain un rôle à jouer sur la scène internationale, elle doit consentir d'urgence des efforts supplémentaires en faveur de ses entrepreneurs. C'est ce message très clair que l'activiste britannique bien connue Madi Sharma adresse aux décideurs comme le commissaire européen pour l'entreprise, Antonio Tajani. "Si vous partez d'une base erronée, comment voulez-vous que vos initiatives portent leurs fruits?" Ce n'est un secret pour personne que les petites entreprises sont d'une importance capitale pour une économie saine. Elles stimulent l'innovation et assurent 85 pour des nouveaux emplois. Malheureusement, les entrepreneurs n'ont pas la vie facile en Europe. Non seulement ils éprouvent de grandes difficultés pour récolter du capital, mais l'embrouillamini des règles bureaucratiques exerce un effet étouffant, alors que le taux d'imposition est souvent mortel. Lorenz Bogaert, CEO de Massive Media (e.a. Netlog et Twoo), l'un des principaux entrepreneurs en ligne que compte notre pays, a récemment posté sur Twitter que les entrepreneurs belges sont les 'esclaves du 21ème siècle'. Et qu'il n'investira plus dans des startups locales que si elles déménagent après une première phase de capitalisation.

"L'Europe n'écoute pas ses entrepreneurs"

Si l'Europe veut encore avoir demain un rôle à jouer sur la scène internationale, elle doit consentir d'urgence des efforts supplémentaires en faveur de ses entrepreneurs. C'est ce message très clair que l'activiste britannique bien connue Madi Sharma adresse aux décideurs comme le commissaire européen pour l'entreprise, Antonio Tajani. "Si vous partez d'une base erronée, comment voulez-vous que vos initiatives portent leurs fruits?" Ce n'est un secret pour personne que les petites entreprises sont d'une importance capitale pour une économie saine. Elles stimulent l'innovation et assurent 85 pour des nouveaux emplois. Malheureusement, les entrepreneurs n'ont pas la vie facile en Europe. Non seulement ils éprouvent de grandes difficultés pour récolter du capital, mais l'embrouillamini des règles bureaucratiques exerce un effet étouffant, alors que le taux d'imposition est souvent mortel. Lorenz Bogaert, CEO de Massive Media (e.a. Netlog et Twoo), l'un des principaux entrepreneurs en ligne que compte notre pays, a récemment posté sur Twitter que les entrepreneurs belges sont les 'esclaves du 21ème siècle'. Et qu'il n'investira plus dans des startups locales que si elles déménagent après une première phase de capitalisation.

La femme d'affaires britannique Madi Sharma embraie partiellement le pas de Bogaert: "J'ai moi-même démarré une entreprise en Belgique et avant même que vous ayez commencé, il vous faut déjà débourser des milliers d'euros et remplir un tas de formulaires pour prouver que vous êtes bien entrepreneur. Ce n'est pas vraiment stimulant. Mais le plus bizarre dans l'Union européenne, c'est que vous pouvez créer votre entreprise à Londres et la diriger au départ de la Belgique. Au Royaume-Uni, il suffit simplement de s'enregistrer, et vous êtes parti. En outre, l'impôt sur le travail est nettement inférieur en Grande-Bretagne. Les entrepreneurs belges ne doivent pas être des esclaves."

En sa qualité d'entrepreneur pur-sang, Madi Sharma est à la tête de plusieurs petites entreprises en Grande-Bretagne et en dehors et c'est à ce titre qu'elle est aussi active au sein de la Commission Sociale et Economique de l'Union européenne. "Avant que les lois et directives puissent être approuvées, elles doivent d'abord passer chez nous", déclare en souriant l'activiste aux racines indiennes. "Nous examinons si les nouvelles règles sont favorables à l'entreprenariat ou si elles ne vont pas encore faire empirer les choses, etc. Nous ne sommes pas liés ici à des décideurs. Nous agissons de manière indépendante."

Un récent fait d'armes de la Commission Sociale et Economique est la création d'un nouveau portail web pour les jeunes entrepreneurs européens, EntrepreneurEnvoy.org. Ce site s'adresse à tout un chacun qui souhaite transformer une idée en réalité et partager ses expériences avec d'autres. En outre, le portail se veut être une importante source d'informations pour les entrepreneurs en devenir et constituer un pont reliant les entrepreneurs aux décideurs européens.

Entreprendre, n'est-ce pas précisément développer des écosystèmes de bas en haut? Nous vivons dans une économie ascendante, mais des initiatives telles EntrepreneurEnvoy.org sont à tous les coups descendantes. L'on peut donc à tout le moins douter de leur efficacité. De plus, il existe beaucoup trop de sites web qui font des choses similaires. Madi Sharma: "Très juste, mais ce n'est pas un site de la Commission européenne. C'est un projet pour les entrepreneurs, par des entrepreneurs. Supposons à présent que nous puissions attirer suffisamment de membres et constituer une masse critique d'entrepreneurs. Ces gens pourront poser les questions qui conviennent et ainsi peser sur le décisionnel. Si aucune initiative n'est prise, les décideurs définiront eux-mêmes ce qui est important pour les hommes/femmes d'affaires, et ce n'est pas ce que nous voulons, pas vrai?"

"L'idée sous-jacente à EntrepreneurEnvoy.org provient de quelques personnes partageant les mêmes opinions, qui veulent promouvoir l'entreprenariat en Europe. C'est nécessaire, car les écoles ne parviennent pas à nous trouver, et nous sommes ignorés par les institutions internationales. Pourquoi? Parce que l'on ne peut pas coller une étiquette sur le dos des entrepreneurs. Et si tel n'est pas le cas, vous n'êtes pas pris en considération pour les décisions à prendre. L'Europe n'écoute pas ses entrepreneurs."

"Quelqu'un comme Lorenz Bogaert pourrait faire bouger cet immobilisme. Au lieu de suggérer que tout va mal et qu'il faut s'en aller aux Etats-Unis, les entrepreneurs à succès devraient servir d'exemple en rassemblant les jeunes et en les stimulant. Cela se passe nettement trop peu. A cause du système, les jeunes ne sont tout simplement pas encouragés à lancer une idée. Conséquence: il y a une masse de personnes qualifiées qui ne peuvent s'exprimer."

Si rien ne change, nous allons donc tout simplement chasser nos entrepreneurs ambitieux? Sharma: "En effet, si nous ne leur facilitons pas grandement la vie, ils prendront toujours plus souvent la poudre d'escampette. Mais pour pouvoir faire quelque chose, nous devons peut-être d'abord apprendre aux décideurs ce que c'est réellement qu'entreprendre."

"Par entrepreneurs, je ne vise pas les CEO des grandes sociétés. Ce sont là simplement des employés bien payés. Et voyons les choses en face: la plupart des CEO n'ont encore jamais créé une entreprise et ne sauraient du reste pas comment faire. C'est là une partie du problème. Le grand public pense que les top managers grassement rétribués sont des entrepreneurs, mais rien n'est moins vrai."

"J'ai mis ma maison en jeu pour créer ma première startup. Mes deux filles auraient pu se retrouver sans toit, si j'avais fait faillite au mauvais moment. Du reste, ma première petite entreprise a finalement périclité. Cette aventure m'a non seulement coûté énormément d'argent, mais j'ai dû aussi mettre 35 personnes à la rue. Des gens qui ne pouvaient plus compter sur les services sociaux. C'est aussi cela entreprendre. La plupart des décideurs n'en sont pas bien conscients. L'on doit pouvoir échouer."

Quels sont les principaux obstacles en Europe? Sharma: "Tout le monde vous dira l'accès au capital. Et c'est certainement vrai. Mais le bât blesse aussi au niveau de la culture d'entreprise. Saviez-vous que 13 pour cent seulement des petites et moyennes entreprises européennes sont actives en dehors de l'Union? C'est quand même hallucinant, non? Comment pouvez-vous être compétitif, si vous ne voyez pas plus loin que votre arrière-cour?"

"Et quand on parle de la culture, l'enseignement n'est jamais très loin. La Commission 'examine' comment revaloriser l'enseignement relatif à l'entreprise, mais dans ce processus, pas un seul entrepreneur n'est impliqué. Seuls les fonctionnaires sont entendus, seules leurs idées sont retenues. Si vous partez d'une base erronée, comment voulez-vous que vos initiatives portent leurs fruits?"

Aux Etats-Unis, il y a le 'small business act', par lequel les petits entrepreneurs sont positivement discriminés. Est-ce souhaitable chez nous? Sharma: "Je pense bien. L'on ne peut quand même pas traiter une société réalisant un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros et occupant 150 travailleurs de la même manière qu'une petite entreprise enregistrant un chiffre d'affaires de quelques milliers d'euros et comptant un seul collaborateur? Voyons d'abord comment les entreprises et les entrepreneurs sont définis en Europe. Et penchons-nous ensuite sur ce qui peut être fait pour les différences sortes d'entreprises."

"Je trouve du reste qu'il n'est pas question de discrimination, lorsque quelques avantages sont concédés aux plus petits. Les entrepreneurs doivent en effet pouvoir travailler dans le climat qui leur convient le mieux. Il n'y a qu'ainsi qu'ils peuvent tirer le meilleur parti de leur projet."

"Il n'empêche que l'on a déjà élaboré une espèce de 'small business act' au sein de la Commission européenne. Mais c'est un coup dans l'eau, car l'on n'y a même pas évoqué d'avantager les startups, et la plupart des pays membres ne savent même pas comment ils doivent convertir la directive en une loi nationale."

Croyez-vous le Commissaire européen pour l'Industrie et l'Entreprise, Antonio Tajani, quand il déclare qu'il va améliorer le climat pour les entreprises en Europe et qu'il va assouplir les conditions pour les entrepreneurs débutants? Sharma: "C'est lui qui doit faire la différence. Tajani a entre-temps obtenu que non pas 1, mais 2 pour cent du budget européen soit réservé pour les débutants et les entrepreneurs, mais en fin de compte, il faudrait beaucoup plus. Les initiatives valables doivent être immédiatement soutenues. Des gens comme moi continueront d'harceler le Commissaire avec ce message."

"Attention, des pas dans la bonne direction sont accomplis. Mais cela traîne. C'est dû en partie à l'image existante dont nous avons déjà parlé. Il s'agit de créer une prise de conscience suffisante chez les décideurs. Il faut leur faire comprendre clairement pourquoi du capital frais est nécessaire, car les entrepreneurs demanderont toujours plus d'argent."

Les 'business angels' suggèrent que l'Europe n'a pas de portes de sortie intéressantes et que cela joue précisément des tours aux entrepreneurs. Tout comme il y a trop peu de grands acteurs capables d'absorber les petits. Sharma: "Ah bon? Je viens d'entendre un reportage à la BBC, où l'on affirmait que les entreprises en Europe ne croissent pas suffisamment longtemps et sont vendues trop vite. C'est donc l'inverse de ce que vous dites. Une fois encore, c'est ici l'histoire de la culture d'entreprise et de l'enseignement. Vous a-t-on autrefois enseigné à l'école que vous devez créer une entreprise pour la vendre? Pas à moi."

"Néanmoins, tel est le cas. Vous ne démarrez pas avec l'idée de la garder, non. Vous créez votre affaire en imaginant un jour pouvoir la vendre. Et avec l'argent que vous récolterez, vous pourrez fonder votre prochaine entreprise. Ce n'est pas différent en Europe qu'aux Etats-Unis."

"Combien de fois n'esquisse-t-on pas l'image d'un entrepreneur qui, après avoir bien vendu son affaire, se retrouve allongé sur une plage? Je peux vous assurer que les hommes/femmes d'affaires à succès ne se retrouvent pas sur la plage. Même pas quand ils/elles ont conclu un bon accord. Les vrais entrepreneurs ne veulent qu'une chose, c'est voir leurs idées se transformer en quelque chose de concret."


Nos partenaires