Luc Blyaert
Luc Blyaert
était rédacteur en chef de Data News
Opinion

12/12/13 à 11:00 - Mise à jour à 10:59

Souriez, vous êtes filmé

La commission vie privée ne sait plus trop bien non plus où elle en est. Le chauffeur de la camionnette qui, la veille de l'An, a filmé le pirate de la route à bord d'une BMW, risque une amende de 150 à 600 ¤. Selon la porte-parole de la commission, la caméra embarquée est un modèle de surveillance et doit donc être déclarée.

Souriez, vous êtes filmé

La commission vie privée ne sait plus trop bien non plus où elle en est. Le chauffeur de la camionnette qui, la veille de l'An, a filmé le pirate de la route à bord d'une BMW, risque une amende de 150 à 600 ¤. Selon la porte-parole de la commission, la caméra embarquée est un modèle de surveillance et doit donc être déclarée.

La commission vie privée doit alors vérifier si ce genre de caméra est bien nécessaire. Si tel n'est pas le cas, son propriétaire pourrait se voir imposer une amende salée. Et c'est précisément là où la loi (boiteuse) est dépassée par la réalité. Les caméras embarquées sont aujourd'hui toujours davantage installées chez nous.

Les compagnies d'assurances en sont tout spécialement friandes et examinent comment elles pourraient utiliser ces images comme preuve à conviction en cas d'accidents. Dans les camions et les autobus, l'on envisage en outre aussi des caméras braquées sur le chauffeur pour contrôler s'il n'est pas en train d'envoyer des SMS, des courriels ou de surfer sur Facebook. Si tel avait été le cas lors de la catastrophe de Sierre, où des dizaines d'enfants ont perdu la vie, l'on aurait pu savoir ce qui s'était passé réellement. Les chauffeurs de bus, de train et d'autres véhicules des transports publics devront apprendre à vivre avec une limitation de leur vie privée pendant leurs heures de service.

Je suis un adepte de l'enregistrement de toutes les caméras de surveillance publiques. A Londres, l'on est en moyenne filmé 300 fois par jour. Il est clair depuis pas mal de temps déjà que ces caméras n'engendrent cependant pas une réduction de la violence, mais la pression pour en installer encore plus afin de recueillir des preuves, ne fait que s'intensifier. Tout incident vient apporter de l'eau à ce moulin. Tel a encore été le cas dernièrement à Molenbeek, où un jeune homme a reçu une balle dans le dos: 'Il n'y avait qu'une seule caméra', selon la police. Une politique de prévention poussée me semble encore et toujours préférable et nettement plus économique que ces caméras très coûteuses, dont les images doivent encore être visionnées par des agents de surveillance. Une combinaison équilibrée et intelligente des deux me semble préférable.

Aujourd'hui, il y a plus de 5 millions de caméras dans les rues belges, et ce nombre sera probablement doublé cette année. Chaque smartphone contient en effet un appareil photo toujours plus précis et de meilleure qualité. Aux yeux de la commission vie privée, doit-on aussi faire enregistrer tout cela comme appareil de surveillance? Le smartphone sera certes toujours plus utilisé à des fins de preuve. Et je prévois que cela ne fera qu'empirer. Chaque casque, bonnet, lunettes, len tille disposera bientôt d'un appareil photo, directement relié au web, aux médias sociaux et à d'autres plates-formes communautaires. Il faudra alors respecter un certain nombre de règles, même si je ne me fais guère d'illusions: ii encore, l'on interviendra probablement qu'a posteriori.

Mais là où je me fais le plus de soucis, c'est en voyant la rapidité avec laquelle sont cloués au pilori les présumés auteurs et ce, de manière inconsidérée et sans compassion. Le bijoutier accusé complètement à tort dans l'affaire du pirate de la route fait plutôt penser à une pratique moyenâgeuse.

J'admets que les médias ont ici leur part de responsabilité. Sans vérifier les faits, tout est jeté sur le place publique, mis sur internet et avidement copié. L'ombudsman du quotidien De Standaard se demandait voici peu sur un blog si les médias, qui sont les gardiens de la démocratie, n'étaient pas devenus des chiens enragés. Dans ce cas, c'était manifeste. Et la meute suivait, appareil photo en bandoulière ou non.

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