Luc Blyaert
Luc Blyaert
était rédacteur en chef de Data News
Opinion

22/11/13 à 11:13 - Mise à jour à 11:13

Pas un patron facile...

'He was a complicated boss. When I almost died of stage 4 cancer, he let me disappear for a year of cancer treatment, told me to stop being a baby and get well and come back to work. I think he may have saved my life. I had quit on myself but he didn't quit on me'. Scott Alcott, ex-directeur de Belgacom, en charge à l'époque de l'ensemble du réseau, évoque avec franchise le cas du CEO Didier Bellens.

Pas un patron facile...

© Lectrr

'He was a complicated boss. When I almost died of stage 4 cancer, he let me disappear for a year of cancer treatment, told me to stop being a baby and get well and come back to work. I think he may have saved my life. I had quit on myself but he didn't quit on me'. Scott Alcott, ex-directeur de Belgacom, en charge à l'époque de l'ensemble du réseau, évoque avec franchise le cas du CEO Didier Bellens. Ces douze derniers mois, j'ai précisément dialogué avec Scott à plusieurs reprises sur le principal média social, Facebook. Bellens devait-il s'en aller ou non? Était-il à ce point accro à l'argent, comme l'a laissé sous-entendre Laurette Onkelinx? Bellens, qui porte depuis une décennie déjà le même costume miteux et habite une maison relativement modeste d'Auderghem. Ce génie de la finance aurait-il été embarrassé en touchant un million de plus ou de moins? Didier Bellens était un gagnant et avait déjà survécu à tant de moments difficiles qu'il aurait très bien passer ce nouveau cap, où il s'était naïvement autorisé quelques plaisanteries de Saint-Nicolas à propos du premier ministre et du gouvernement belge. Il y avait bien quelques journalistes dans la salle, mais ils n'écriraient rien, avait fait savoir l'organisateur du club d'investisseurs d'Uccle. "C'est comme suivre une cure de désintoxication dans un monastère de trappistes", avait dit en ricanant le ministre de l'économie Johan Vande Lanotte, une semaine plus tard. Et pourtant, lorsque Belgacom préparait son entrée à la Bourse début 2004, tous les journalistes s'étaient tu, lorsqu'ils apprirent que Didier Bellens devait subitement être hospitalisé pour une opération urgente et particulièrement délicate d'une tumeur cérébrale. Cette nouvelle aurait en effet pu avoir un très gros impact, un mois avant que la cloche de la Bourse ne retentisse. Aucun journaliste ne trempa à l'époque son stylo dans l'encre pour le dévoiler, par respect aussi du fait qu'il s'agissait là d'une affaire très personnelle. Ne serait-ce que parce que tout le monde connaît bien quelqu'un dans sa famille qui est décédé dans ce genre de pénibles circonstances.

Bellens y a-t-il puisé sa confiance 'naïve' dans les journalistes? Son 'fuck you' entre-temps devenu fameux à propos de la couverture mobile à Bruxelles avait été aussi prononcé lors d'une réception informelle de Nouvel An avec les médias. Il n'avait alors fallu qu'un seul journaliste récalcitrant pour que ces mots prennent l'allure d'un tsunami. L'on cria au scandale, mais un an plus tard, Didier Bellens se fit encore complimenter pour cette déclaration osée. Voilà aussi pourquoi il n'a sans doute pas correctement évalué l'impact de sa blague de Saint-Nicolas.

Le fait d'avoir permis à Scott Alcott, depuis l'an dernier CIO de Comcast, de suivre un traitement pour combattre son cancer, puis de le reprendre à son service dans une fonction dirigeante, c'est un côté de Didier Bellens que peu connaissent. Il n'y a guère d'entreprises cotées en Bourse de ce niveau qui appliqueraient une approche similaire.

Je ne plaide cependant pas ici aveuglément en faveur de ce "patron compliqué", mais le fait est que Bessel Kok et John Goossens n'étaient pas non plus des enfants de choeur. Ils avaient pas mal d'ennemis et étaient à tout le moins difficiles à manoeuvrer. Bessel Kok fut du reste lui aussi démis de ses fonctions en 1995 par ce même Elio Di Rupo. On aurait tendance parfois à l'oublier. Et tout comme John Goossens l'avait fait imprimer durant l'automne 2002 sur son avis nécrologique, Didier Bellens peut à présent aussi faire sien ce titre de chanson: 'I did it my way'. Le futur CEO de Belgacom est prévenu: 'It's a complicated job'.

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