Leo Exter

Leo Exter

Des photos de San Francisco se mettent de nouveau à parsemer le flux Facebook d’un jeune entrepreneur belge de mes amis.

Formidable, non?

Voilà qui incite cependant à se poser la question suivante: peut-on faire quelque chose en Belgique pour que les starters restent ici? Malgré la culture anti-entreprenariat inhérente à notre pays, les ‘business angels’ timides et inexpérimentés et les fonds de capital-risque avides d’argent?

Et bien les amis, faisons en sorte de tirer ce qu’il y a de meilleur d’une situation difficile. Et cessons un instant de geindre à propos de (l’exaltation) de la Silicon Valley. L’on n’en est pas encore là - et de loin - chez nous, mais essayons au moins de passer le tout en revue.

Considérons d’abord les points négatifs de plus près

Nos industries sont vieilles et matures. Il y a des entreprises familiales et publiques qui ont gagné beacoup d’argent durant 30, 40, 50 ans et qui ne s’adaptent que lentement au nouveau monde.

Comment améliorer les choses? En bougeant plus rapidement que les entreprises confirmées et en comblant les nouveaux besoins qui se manifestent par de nouvelles technologies, comme la pénétration croissante des téléphones mobiles et l’aspiration nouvellement découverte des consommateurs à entrer en interaction numérique avec leurs fournisseurs de services

Une main d’œuvre professionnelle qui tient très fort à la stabilité. Nous disposons de bons spécialistes et de managers expérimentés, mais ces gens sont attachés à de rutilantes voitures de société, à un tas d’avantages et à un juste équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. La plupart des étudiants universitaires y tiennent beaucoup.

Comment améliorer les choses? En combinant le défi professionnel avec de solides modèles commerciaux, afin que des startups plus ‘fiables’ soient créées, attractives pour les professionnels arrivés au beau milieu de leur carrière. Ces gens ont aussi besoin d’un incitant supplémentaire…

Un accès malaisé au capital de départ. Le démarrage est difficile. Même s’il y a suffisamment d’argent dans les fonds spécialisés, développer une activité à un niveau qui soit suffisamment intéressant pour les investisseurs, n’est pas un exercice aisé.

Comment améliorer les choses? En augmentant les subsides afin de pouvoir atteindre le niveau de développement auquel le capital professionnel commence à jouer un rôle. Les clients industriels - et des modèles commerciaux plus prévisibles - peuvent aider à collecter des fonds à partir de sources privées ou de partenaires industriels en haut et en bas de la chaîne des valeurs.

Comme vous pouvez le constater, il y a ici beaucoup de choses possibles et ce, même s’il ne s’agit pas de ce qu’on peut rencontrer à la Silicon Valley.

Voilà pourquoi nous avons besoin d’un nouveau paradigme pour l’écosystème des entrepreneurs…

Adapter dès le départ la stratégie aux startups locales intéressantes

Deux choses sont difficiles à trouver pour les startups technologiques en dehors de la Silicon Valley: les clients et les possibilités de sortie. Vous focaliser sur des petites entreprises en ligne avec des sociétés existantes (clusters), c’est - à mon humble avis - la meilleure façon de faire pour pouvoir compenser.

Oubliez donc le soutien aux startups B2C génériques - elles seraient quand même mieux dans la Silicon Valley. Qu’est-ce qui est plus sensé en Belgique? Les produits et services B2B qui donnent une poussette dans le dos des clusters industriels existants.

C’est moins agréable (tout comme l’est le dur labeur), mais à long terme, l’impact de vos efforts sera plus important.

Posez comme principe un nouveau type d’objectif

Un objectif typique pour un programme de support ou pour un accélérateur, c’est le nombre d’entreprises créées. C’est facile à tenir à jour et c’est une indication toute prête pour la création d’emplois, ce qui est quand même l’objectif ultime de la plupart des programmes de support de l’entreprenariat aujourd’hui.

Malheureusement, il ne s’agit pas là d’une norme très utile.

Créer une entreprise, c’est encore facile. Je le sais par expérience, puisque j’ai fondé moi-même ou avec d’autres trois entreprises. Réunir un capital - LA manière idéale pour attirer l’attention des médias sur une startup -, c’est aussi trompeur.

Andreessen Horowitz avait investi 5 millions de dollars dans la première phase de financement de Picplz. Or, qui d’entre vous a jamais entendu parler de Picplz?

Je propose trois normes de base:

Chances de survie: combien parmi les entreprises créées opèrent-elles encore 1 an après leur fondation? Et après 2 ans? Ou 4 ans?

Croissance du chiffre d’affaires: la rentabilité ne dit pas tout - une bonne entreprise de consultance est plus rentable (à court terme) qu’une bonne entreprise technique ou de services orientée vers la croissance. Une croissance conséquente du chiffre d’affaires année après année prouve la création d’une valeur pour les clients et évoque par conséquent des emplois et un potentiel de croissance.

Sortie: combien de startups n’ont-elles pas été rachetées par des entreprises existantes dans l’industrie du groupe-cible? Pour quel montant?

Tactique: amener judicieusement plus de personnes dans l’écosystème

Des incubateurs dans le style Silicon Valley (virtuels ou physiques) ne sont pas la voie qu’il faut prendre, si votre stratégie consiste à créer plusieurs entreprises en Belgique. Pour cela, elles sont en fait contreproductives.

Quelle est donc la solution? Une approche plus ciblée des événements pour startups.

Ces dernières semaines, trois événements ont été organisés en Belgique: Hackathon eGov Wallonia , le week-end CoEntrepreneurs et HackForHealth.

Contrairement aux anciens événements pour les startups - tels BetaGroup et Startup Weekend -, les nouveaux demandent pas mal de préparatifs. A HackForHealth, l’on a présenté par exemple des problèmes existants aux participants et on leur a demandé d’imaginer des solutions.

A Hackathon eGov, les organisateurs visaient une collaboration avec des entreprises publiques et avaient préparé des ensembles de données avec lesquels les participants purent travailler tout un week-end. Des co-entrepreneurs mirent fortement l’accent sur le coaching et sur l’enseignement des processus de l’entreprise.

Il est encore trop tôt pour dire si ces événements seront fructueux à long terme, mais à brève échéance, l’on distingue déjà des résultats très encourageants. Pour donner un exemple: à HackForHealth, j’entendis pour la toute première fois en deux ans que j’organise ce genre d’événements, l’un des investisseurs dans le jury dire: “Je veux voir ces jeunes d’ici deux mois dans mon bureau avec un tableur.”

En guise de conclusion, encore cette réflexion que vous devez garder dans un coin de votre tête: vous pouvez certes vous mettre des objectifs, créer l’environnement ad hoc, mais le reste, c’est l’affaire de l’entrepreneur que vous êtes.

Des êtres humains.

Et les gens sont exigeants. Ce n’est pas parce que vous regroupez une série de personnes que vous pourrez faire décoller une entreprise sur place, car il faut aussi qu’elles puissent collaborer de manière efficiente et à long terme, ce qui n’est pas gagné d’avance.

La réponse est que l’on ne doit plus injecter de l’argent dans des subsides, des incubateurs de type Silicon Valley ou des fonds de capital risque: il faut mettre plus de gens autour de la table pour créer davantage et plus souvent de l’activité. Tout en réfléchissant à une stratégie et à de nouvelles normes évidemment.