OPINION: Bart Becks: "Should I stay or should I go ?"

09/02/12 à 17:26 - Mise à jour à 17:26

Source: Datanews

OPINION: Bart Becks: "Should I stay or should I go ?"

© belga

Ces derniers jours, un débat fait rage sur le web quant à savoir si les startups doivent rester en Belgique ou simplement déménager à l'étranger.

Dans les startups orientées technologie, l'on se tourne généralement vers Silicon Valley ou, plus près de chez nous, vers Londres ou Boston. Un seul pionnier a jeté son dévolu sur l'Asie, alors que plusieurs envisagent Berlin.

Les arguments sont généralement de trois ordres: le marché local est trop exigu, le talent manque, de même que le capital de départ. En fait, ces trois éléments sont très étroitement liés.

D'aucuns le comparent au football, où tous les joueurs vedettes partent pour des compétitions à l'étranger, car le marché y est nettement plus grand, le top-talent se trouve dans les grands pays, et le capital y est nettement plus présent. Et en jouant là-bas, le joueur s'améliore encore.

Je pense que c'est surtout le manque de capital de départ qui constitue le principal problème, parce qu'il nous fait entrer dans un cercle vicieux.

Les entreprises belges reçoivent un capital de départ et un capital de croissance relativement limités, surtout en comparaison avec les startups des pays avec lesquels nous sommes en concurrence. En combinant capital limité et marché exigu, les startups sont forcées de penser localement en termes de rentabilité en 'Belgique'. Alors que pour pouvoir croître, nous devrions précisément investir beaucoup plus pour aborder directement le marché international. Si l'on ne s'internationalise pas directement, l'occasion ne se représente souvent plus.
L'investissement prudent et trop limité, parfois encore avec des jalons et par tranches de 10.000 EUR (je ne plaisante pas!), réduit souvent à néant les grandes ambitions. J'ai observé de près quelques cas tragiques ces dernières années.

C'est encore arrivé pas plus tard que cette semaine.

Je tente de conseiller nombre d'entreprises. Ne vous imaginez pas quelque chose de trop complexe. La session-conseil précédente était organisée à 21H30 un dimanche au café Rits à Bruxelles. En ce qui me concerne, je suis occupé toute la journée avec mes propres entreprises et projets, mais au lieu de regarder la TV, j'essaie de consacrer beaucoup de temps, le soir, aux jeunes entrepreneurs.

Ces deux dernières semaines, j'ai eu plusieurs entretiens avec 2 jeunes entrepreneurs. Tous deux envisagent de déménager à Silicon Valley. Je les introduis dans l'une des sociétés d'investissement, mais la réaction est tiède. Je les mets ensuite en contact avec quelques personnes de Silicon Valley, et immédiatement après, ils prennent eux-mêmes l'initiative de se rendre sur place. En un minimum de temps, leur financement est réglé et les voilà qui s'installent définitivement là-bas. Simplement parce qu'il n'y a pas ici assez d'intérêt pour une action rapide. Mais surtout parce qu'il y a très peu d'intérêt dans ce qu'on appelle le 'seed capital' (capital d'amorçage).

Peut-être devrions-nous rechercher un nouveau modèle?
L'année dernière, j'ai été impliqué d'une manière ou d'une autre dans 7 startups: comme (co-)fondateur, comme investisseur ou comme conseiller. Toutes les sept ont recueilli leur capital de départ, ce qui est un signe important. 100% des entreprises ont recueilli leur capital. Mais aucune par le biais de capital-risqueurs traditionnels ou de sociétés d'investissement publiques. 3 d'entre elles sont parties à l'étranger, 4 sont financées par ce qu'on appelle des 'business angels', en général des entrepreneurs qui ont déjà développé avec succès leur entreprise ou l'ont vendue. Mais la moitié environ a donc déménagé.

L'on peut malaisément en vouloir aux capital-risqueurs: ils investissent leur argent là où il assure un rendement optimal. Et l'on observe que des acteurs tels la GIMV ou l'ex-BigBangVentures investissent surtout dans des entreprises françaises, anglaises ou turques. Ce n'est évidemment pas leur rôle de stimuler la scène belge des startups, ce sont des entreprises privées qui aspirent à une maximalisation du bénéfice. E-merge est peut-être une exception dans ce domaine.

Dans certains pays, c'est compensé par des participations publiques. En Belgique, nous avons pas mal de sociétés en participation. Une fédérale. Une wallonne, une flamande et encore une bruxelloise. Même une limbourgeoise. Et sans doute, bientôt aussi une namuroise et une courtraisienne. Toutes pleines de personnes compétentes. Mais ici non plus, les entreprises débutantes ne trouvent guère d'écho, surtout pas les startups technologiques et internet. A cela vient s'ajouter encore le fait que pour nombre d'entrepreneurs, la réputation des sociétés en participation est mauvaise. Souvent à tort. Mais c'est la peur de l'inconnu. En fait, l'on y trouve de nombreuses personnes de grande valeur, mais trop peu de gens ayant l'expérience pratique de l'entrepreneur.

CrowdfundingMais vous ne m'entendrez guère émettre de critiques, si ce n'est des critiques constructives.

Et nous lancerons donc dans les prochaines semaines une plate-forme de crowdfunding pour entrepreneurs, plus un certain nombre d'autres services via la plate-forme www.angel.me, ainsi qu'une initiative en vue de combiner business angels & fonds à intérêt. Et nous démarrerons une entreprise qui aidera les jeunes entrepreneurs à accompagner leur idée jusqu'à créer une entreprise, trouver le capital et se lancer directement dans l'internationalisation.

Si les pouvoirs publics pouvaient créer un peu plus d'ouverture, faciliter un peu les subsides et investir une petite partie de l'argent réservé à Ethias, Dexia, Bekaert et d'autres dans des entreprises débutantes ou en croissance, ils pourraient générer rapidement une nouvelle dynamique. Rien que cela, ce ne serait évidemment pas suffisant, mais ce petit truc en plus pourrait constituer le chaînon manquant.

Dans mon opinion précédente, j'écrivais que cela bouge dans notre pays au niveau de l'entreprenariat. Certes nous sommes un petit pays, tout en étant le centre politique de l'Europe et en étant bien situés géographiquement. Nous avons toujours eu une culture de PME, et le saut vers une culture de startups n'est donc pas si éloigné.

La porte vers une nouvelle dynamique est ouverte. Mais faisons bien attention. Les entrepreneurs résolus vont mener à bien leurs idées, en Belgique ou ailleurs. Ils trouveront leur voie. Voilà qui explique que le manque de capital d'investissement pourrait inciter toute une vague d'entrepreneurs à s'en aller à l'étranger. Ce serait une énorme opportunité manquée pour nos contrées.

Je me dois d'être honnête: moi aussi je doute parfois. La semaine prochaine, je me rends pendant un mois à Los Angeles & Silicon Valley. Et je remarque que le vol vers Los Angeles me paraît plus facile que le vol de retour, et je ne parle pas seulement du décalage horaire.

Mais je suis convaincu que nous pourrons mettre en route un certain nombre de choses à court terme. Tout le monde est persuadé que nous devons et pouvons innover. Il est probable que la génération actuelle de jeunes aura nettement moins de certitudes, mais je vois surtout un groupe avec sensiblement plus de toupet et d'envie. Et à qui nous devons offrir des perspectives! Chacun à sa façon.

Bart Becks est co-fondateur de SonicAngel, FilmAngel.TV et Angel.ME. Il est aussi président du conseil d'administration de l'IBBT et administrateur de la RMB/RTBf. En outre, Bart est et a été impliqué dans plusieurs startups telles Storify, Netlog, Mobile Vikings, Zamante et InThePocket. Dans le passé, il fut CEO de Belgacom Skynet et Vice-President Innovation & New Media du groupe de médias paneuropéen SBS/ProSiebenSat1. Il habite en alternance en Belgique et à Los Angeles avec son épouse et son fils Charlie.

Pour le joindre: @bartbecks - bart@sonicangel.com - www.flyingchaz.com

Nos partenaires