L’intelligence artificielle est-elle vraiment intelligente ?

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Magali De Reu Magali De Reu est journaliste indépendante.

Cette année, le salon technologique texan South by Southwest était totalement placé sous le signe de l’intelligence artificielle (IA). Et même si les nombreux exposés n’évoquaient pas spécifiquement le sujet, l’IA était en somme omniprésente. Avec comme questions clés : “La technologie est-elle vraiment mûre pour révolutionner le marché ?” et “Ne faudrait-il pas un cadre éthique” ?

L’intelligence artificielle est clairement une technologie nouvelle. A l’occasion de South by Southwest 2017, il était déjà largement question de la manière dont l’IA allait révolutionner certains processus et modèles d’entreprise. Mais cette année, les débats portaient sur ce que l’IA avait déjà bel et bien changé. Preuve s’il en fallait encore que de nombreuses entreprises américaines s’intéressent au phénomène de l’IA. Le coude-à-coude entre les assistants à reconnaissance vocale des géants américain Amazon (Alexa), Google (Google Home) et Apple (HomePod) montrent à l’envi que l’IA s’est invitée dans nos foyers. D’ailleurs, plusieurs sociétés américaines ambitionneraient désormais de faire entrer l’IA dans leurs propres structures internes. C’est ainsi que Dan Hogan, directeur général du Digital Media Lab, a précisé que des collaborateurs de son organisation suivaient des formations sur les potentialités et les menaces liées à l’intelligence artificielle. D’autant que des malentendus subsistent dans ce domaine. L’occasion de faire le point sur la question.

Le danger potentiel de l’intelligence artificielle est nettement plus grand que celui des fusées à tête nucléaire.

Efficience

L’édition 2018 de South by Southwest a clairement montré que l’intelligence artificielle était d’ores et déjà en mesure de résoudre différents problèmes de consommation et de société. C’est ainsi que Trip- Advisor envisage d’optimiser le secteur touristique en mettant son département interne d’apprentissage machine au service de la détection de fraudes, de la personnalisation d’offres, etc. De son côté, l’université de Harvard propose des formations sur les technologies susceptibles d’être utilisées dans la lutte contre les maladies.

Plusieurs start-up belges spécialisées en IA s’engagent d’ores et déjà dans cette quête d’efficacité et cette lutte pour la bonne cause. C’est ainsi que Lynxcare, par ailleurs active dans les soins de santé, analyse les données pour les traduire en tendances utilisables par les patients, médecins et hôpitaux. Autre exemple : Engine27 qui a mis au point une solution à base IA pour éviter les accidents avec des rennes. Une chose est sûre : pratiquement tous les secteurs de notre pays seront prochainement confrontés à une rupture ou seront optimisés grâce à l’IA.

Opportunité ou menace ?

Lorsqu’ils abordent cette technologies, les médias abordent presque systématiquement l’aspect d’automatisation des tâches, rendant ainsi superflue toute intervention humaine. Il n’empêche que le débat sur les pertes d’emploi dues à l’IA est désormais largement dépassé. En effet, selon Nell Watson, experte en IA et futurologue à la Singularity University, notre société se focalise trop sur la problématique liée à l’emploi. ” Il ne s’agit absolument pas de l’objectif premier de cette technologie, a-t-elle souligné à SXSW. Cet impact dramatique attendu n’est vraiment pas à l’ordre du jour – et certainement pas à ce jour. La capacité d’une machine à comprendre réellement les relations inter-humaines – donc entre les hommes d’une part, et l’environnement dans lequel ils évoluent, d’autre part – implique des systèmes IA capables d’imiter le monde tel que l’humain le connaît aujourd’hui. ”

Certes, notre société se fait une certaine image de ce que représente l’intelligence artificielle des ordinateurs. Mais la question qui se pose est de savoir ce qu’implique concrètement l’intelligence humaine. Un cerveau humain renferme plus de 100 milliards de neurones qui établissent quelque 100 millions de connexions. Ces chiffres sont supérieurs à ce qu’un ordinateur peut supporter aujourd’hui, même si la machine est en mesure – contrairement à l’homme – d’identifier des éléments complexes, de prendre des décisions et peut comprendre et parler sans problème une langue. Bref, l’homme a encore une bonne longueur d’avance sur la technologie dans sa forme actuelle. Mais cela ne signifie pas que l’être humain puisse se reposer sur ses lauriers. Selon Daphne Koller, professeure en sciences informatiques à Stanford, l’IA oblige le monde à revoir en profondeur son système d’enseignement. ” Apprendre aux gens à penser de manière créative et à stimuler ainsi l’innovation : voilà une compétence qui sera particulièrement importante dans les prochaines années “, estime-t-elle.

Impact social et cadre éthique

L’évolution rapide des développements en IA nous pousse collectivement à réfléchir à l’impact social de la technologie. Que retiennent les systèmes informatiques de l’analyse de toutes les données qu’ils ingurgitent ? Dans le domaine de l’inclusivité en tout cas, l’AI soulève certaines questions intéressantes. Ainsi une requête sur le terme CEO dans Google fait apparaître qu’il s’agit surtout d’un homme blanc de peau. Du coup, Elon Musk, fondateur de SpaceX, s’est notamment prononcé en faveur de l’urgence d’un cadre éthique pour réguler l’IA. ” Le danger potentiel de l’intelligence artificielle est nettement plus grand que celui des fusées à tête nucléaire “, a-t-il déclaré sans ambages.

Reste évidemment à voir si une telle régulation verra effectivement le jour. Quoi qu’il en soit, il serait judicieux de ne pas laisser l’IA entre les mains des ingénieurs qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps sur les nouvelles technologies.

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