L'inventeur du web mondial dénonce les contrôles abusifs

13/03/17 à 16:57 - Mise à jour à 16:56

Nombreux sont ceux qui estiment que le web mondial n'a qu'un seul inventeur, à savoir Tim Berners-Lee. 28 ans après sa proposition de faire de http la norme universelle, il médite sur l'état de la toile planétaire. Berners-Lee s'oppose ainsi à trois tendances inquiétantes qui, selon lui, menacent l'ouverture du web.

L'inventeur du web mondial dénonce les contrôles abusifs

Tim Berners-Lee © .

"J'ai inventé le web, mais tout le monde a contribué à ce qu'il est devenu aujourd'hui. Toutes les pages web, blogs, posts, tweets et programmes ont aidé à faire évoluer notre communauté en ligne. Des gens du monde entier ont veillé à ce que la plate-forme reste libre et ouverte: hommes/femmes politiques, manifestants et organisations qui améliorent l'accessibilité et la sécurité de la technologie."

'Nous n'avons plus le contrôle de nos données personnelles'

"Le modèle commercial actuel pour nombre de sites web est d'offrir des services et du contenu gratuits en échange de données personnelles. Beaucoup d'entre nous s'y opposent - souvent en acceptant des conditions à la fois longues et confuses -, mais fondamentalement, nous ne trouvons pas grave qu'un peu d'informations nous concernant soient collectées en échange de services gratuits." Mais nous sous-estimons le phénomène, selon Berners-Lee: "Nos données sont conservées dans des silos spéciaux, hors de notre vue. Nous n'y exerçons plus aucun contrôle. Nous perdons la liberté de partager ces informations quand et avec qui nous voulons. En outre, nous n'avons souvent aucun moyen de signaler aux entreprises quelles informations nous souhaitons ou non partager. Leurs termes et conditions sont à prendre ou à laisser."

La collecte à grande échelle des données par des entreprises a également d'autres conséquences, selon le Britannique de 62 ans: "D'une manière collaborative ou par la contrainte, les autorités examinent toujours plus par l'intermédiaire de ces entreprises comment nous nous comportons en ligne. Ensuite, ces mêmes autorités votent des lois extrêmes qui enfreignent notre droit au respect de la vie privée. Dans les régimes autoritaires, on observe rapidement les dégâts que cela peut provoquer: des blogueurs y sont arrêtés ou tués, des opposants politiques espionnés." Même les autorités occidentales ne sont pas épargnées. "Le contrôle permanent est abusif. Il engendre un obstacle à la liberté d'expression et retient les utilisateurs du web à effectuer des recherches sur des sujets aussi importants que la sexualité, la santé ou la religion."

'Il est trop facile de propager de fausses informations via le web'

Ici, Berners-Lee ne dit rien de neuf: "Actuellement, la plupart des gens trouvent leurs nouvelles via un nombre restreint de médias sociaux et de moteurs de recherche. Ces organisations gagnent de l'argent, lorsque nous cliquons sur les liens qu'elles nous proposent. Elles conçoivent des algorithmes sur base de nos informations personnelles qu'elles collectent en permanence. Il en résulte que nous recevons des informations dont le moteur de recherche pense qu'elles nous plairont et que nous cliquerons donc dessus." La désinformation ou les fausses nouvelles sont, elles, écrites pour nous étonner, nous choquer et se rallier à notre opinion. Elles peuvent de la sorte se répandre à toute vitesse. Et Berners-Lee est pessimiste à propos des nouvelles factices. "En exploitant la science et les programmes automatisés, des personnes et des institutions mal intentionnées peuvent propager massivement de fausses informations à des fins politiques ou financières."

Selon Berners-Lee, les solutions sont proportionnellement malaisées, mais il y a quelques objectifs généraux à atteindre absolument: les autorités qui exercent des contrôles poussés sur leur population, doivent en finir, et il faut en arriver à de la transparence à propos des mécanismes sous-jacents de Google et Facebook. Ce qui est assez étonnant, c'est que l'inventeur du web mondial affirme qu'une collaboration avec les entreprises où des problèmes se manifestent, s'avère nécessaire: "Nous devons passer continuellement en revue Google et Facebook, afin de nous opposer à la diffusion de fausses nouvelles et du coup éviter qu'une seule et même organisation ait le monopole de déterminer ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas." Il semble ainsi être d'accord avec l'approche de la désinformation qu'a le CEO de Facebook, Mark Zuckerberg.

Nos partenaires

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience d'utilisateur. En continuant à surfer, vous acceptez notre politique de cookies. Plus d'infos