Luc Blyaert
Luc Blyaert
était rédacteur en chef de Data News
Opinion

19/09/13 à 14:12 - Mise à jour à 14:12

L'affaire Moll

Savez-vous combien le président de Belgacom gagne? 50.000 euros par an + 5.000 euros par séance. Soit 100.000 euros minimum donc. Il y a de quoi se poser des questions, mais sachez pourtant que le président d'une entreprise qui enregistre quelque 6,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires et est ainsi aussi la principale entreprise ICT de Belgique, assume de grandes responsabilités et mérite donc bien sa rémunération.

L'affaire Moll

Savez-vous combien le président de Belgacom gagne? C'est encore acceptable, dites-vous? 50.000 euros par an + 5.000 euros par séance. Soit 100.000 euros minimum donc. Il y a de quoi se poser des questions, mais sachez pourtant que le président d'une entreprise qui enregistre quelque 6,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires et est ainsi aussi la principale entreprise ICT de Belgique, assume de grandes responsabilités et mérite donc bien sa rémunération.

Mais qu'en est-il d'un membre du conseil d'administration, devenu depuis un an président de ce même conseil, en l'occurrence Michel Moll, et qui est aussi conseiller stratégique du principal fournisseur de Belgacom, à savoir Huawei? Est-ce permitolérable? Evidemment pas, comme l'a démontré rapidement la réaction des cadres du MR. C'est qu'un président disposant de manière à la fois formelle et informelle de renseignements stratégiques de son entreprise, comme les nouveaux projets dans lesquels Belgacom va lourdement investir dans les prochaines années, mais aussi qui sont ses principaux concurrents!

Vous avez dit opportunisme? C'est en novembre 2009 qu'Huawei a décroché son plus gros contrat européen chez Belgacom. Pour plusieurs centaines de millions d'euros, l'entreprise chinoise allait ainsi remplacer le réseau existant des stations de base (antennes) chez l'opérateur belge. Et une fois que vous êtes dans la place, c'est parti pour une décennie. Belgacom investit cette année 800 millions d'euros, a récemment expliqué son CEO, Didier Bellens, dont la majeure partie est évidemment consacrée aux réseaux mobiles, la 3G, la 4G et les données mobiles.

Mais une ombre d'espionnage plane au-dessus d'Huawei. Les Etats-Unis refusent pertinemment l'accès d'Huawei à leurs réseaux en raison des risques d'espionnite. Lors des Jeux Olympiques de Londres, la Grande-Bretagne avait opposé son veto à l'offre d'Huawei d'équiper le métro londonien d'un réseau sans fil. La crainte de fuites d'informations était trop grande.

En Belgique, Belgacom mais aussi Mobistar n'ont pas fait la moindre difficulté quant à des fuites potentielles. Huawei était tout simplement 25 à 35 pour cent moins chère. Or le gouvernement veut recevoir des dividendes, et l'on a donc opté pour la solution la plus économique, celle des Chinois donc. Mais Proximus est bien le meilleur opérateur et dessert non seulement les principales entreprises belges, mais aussi toutes les institutions européennes, y compris la Commission européenne, le Parlement et l'OTAN.

Alors, tout fuit-il comme une passoire? Les récentes révélations au sujet de la NSA américaine confirment en tout cas le manque d'expertise de Belgacom. L'opérateur est-il à présent aussi infiltré par les autorités chinoises? Et le président de Belgacom y est-il impliqué? Seule une enquête particulièrement intensive et détaillée devrait le démontrer.

Si Michel Moll est mouillé, la Justice devra alors faire son travail. Et juger l'affaire rapidement de préférence. Une affaire qui ne pourra être passée au bleu. Il s'agit ici en effet plus que jamais de la mise en cause de notre démocratie et de la sécurité de notre pays.

Video: Belgacom trop proche de Huawei

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