La voiture de société fait-elle encore la différence ?

10/11/17 à 11:00 - Mise à jour à 14:08

Source: Datanews

Nombre d'entreprises ICT séduisent les jeunes informaticiens avec une voiture de société et d'autres avantages extralégaux. Si la voiture reste aujourd'hui encore un symbole de statut social, de nombreux employeurs envisagent désormais la mobilité autrement. Reste à voir s'ils parviendront à attirer les débutants avec des atouts comme la culture d'entreprise ou des systèmes de rémunération alternatifs.

La voiture de société fait-elle encore la différence ?

© Getty Images/iStockphoto

Pour la 3e année consécutive, delaware accueillait début septembre une vague de jeunes informaticiens dans son garage automobile d'Aalbeke. En cause surtout une raison pratique. En effet, la croissance de l'entreprise courtraisienne est telle qu'il devient impossible de mettre toutes les voitures sur le parking de son siège principal. " En général, je raconte l'anecdote que de nombreuses carrières à succès ont commencé dans un garage, sourit Patrick Andersen, CEO. Désormais, les 68 nouveaux collaborateurs reçoivent leur voiture de société dès leur premier jour de travail.

Pour l'intégrateur ICT Realdolmen, la voiture de société est tout aussi partie intégrante de la politique de rémunération. " Une voiture est non seulement un standard classique sur le marché belge du travail, mais répond aussi à un besoin de mobilité, estime William De Plecker, directeur RH. La grande majorité de nos collaborateurs se déplacent quotidiennement chez nos clients pour remplir leur mission. "

Envisager la mobilité autrement

Le CEO de delaware est pourtant face à un dilemme. " Pour nombre de nos collaborateurs, la voiture est en effet un outil de travail mais dans le même temps, la voiture de société n'est plus de ce temps. C'est pourquoi nous regardons activement d'autres formes de mobilité et d'organisation du travail pour réduire autant que possible les déplacements. "

Dans cette optique, delaware a conclu un accord avec Kowo, une appli qui facilite le car pooling. " Durant les 6 premières semaines, les nouveaux collaborateurs reçoivent une formation au siège social de Courtrai. Nous ne voulons pas que tous nos employés viennent en voiture, mais qu'ils utilisent l'appli pour faire du partage de voiture. " Par ailleurs, delaware analyse la consommation totale sur base annuelle, en incitant ses employés à consommer moins et, le cas échéant, à rouler de manière plus économique. " Une partie du bonus est basée sur la diminution de la consommation. Je serai satisfait si d'ici 3 ans, la mobilité a évolué à ce point que nous ne devions plus recevoir nos nouveaux collaborateurs dans un garage. "

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" Une voiture de société est moins importante que l'expérience que je peux accumuler. "

Changer les habitudes

Auparavant, la voiture était également prête dès le premier jour de travail dans l'agence numérique iCapps. " A l'époque, personne ne se posait de question, rappelle Olivier Dupont, managing partner. Mais au vu de la situation à Anvers et aux alentours, on se rend compte qu'il ne s'agit plus d'un cadeau pour tout le monde. Arriver à Anvers n'a plus rien d'évident, tandis que trouver une place de parking relève du défi. C'est pourquoi nous avons recherché des alternatives à la voiture de société. " Pour l'instant, les collaborateurs ont le choix entre une voiture de société ou une solution combinant le vélo pliable et une voiture de société moins chère. Dès lors, ils peuvent se rendre en voiture jusqu'au parking gratuit le plus proche avant d'enfourcher le vélo. " De très nombreux employeurs sont demandeurs de cette solution, même si supprimer totalement la voiture de société n'est pas encore à l'ordre du jour, poursuit Olivier Dupont. D'ailleurs, 80 % des employés y sont opposés. Les vieilles habitudes ont la vie dure et peut-être avons-nous sous-estimé l'importance de l'auto comme symbole de statut social. "

Conny Busschaert, directeur RH du prestataire de services IT Cheops, constate néanmoins une évolution dans l'importance accordée par les jeunes à la voiture de société. " Plus qu'auparavant, je remarque un côté écologique chez les informaticiens débutants. Ils ont souvent une voiture ou un moteur et pour eux, une carte d'essence suffit. D'autres trouvent certes la voiture de société importante pour leur travail, mais pas dans le cadre de leur vie privée. Quoi qu'il en soit, nous examinons des alternatives comme les véhicules verts, les cartes d'essence ou les primes à la mobilité. "

Empreinte écologique

Pour sa part également, Realdolmen s'efforce de limiter l'impact de la voiture sur l'écologie et la mobilité. " Notre offre de voitures de société comprend de plus en plus de modèles hybrides, note William De Plecker. Nous remboursons totalement les coûts de parking de la voiture et les déplacements en transport public, même pour ceux qui disposent d'une voiture de société. " Et pour les jeunes conducteurs, Realdolmen prévoit une formation en partenariat avec les Responsible Young Drivers afin d'améliorer le comportement de conduite. Par ailleurs, l'entreprise analyse aussi des approches combinant le vélo électrique. " Nous envisageons des mobylettes d'entreprise, même si étonnamment, la fiscalité sur une moto d'entreprise est actuellement très défavorable pour l'utilisateur. "

La culture d'entreprise déterminante

Pour les débutants, une voiture de société et des avantages extralégaux sont certes bons à prendre, mais ce sont souvent d'autres facteurs qui emportent la décision lors du choix d'un employeur. Pour Michaël Nagels, ce sont surtout l'ambiance et l'aspect humain de delaware qui ont fait la différence. " Une voiture de société est moins importante que l'expérience que je peux accumuler, de même que la diversité dans le travail et le bien-être au travail. "

Par ailleurs, delaware recrute étonnamment beaucoup de femmes. " De par notre culture d'entreprise, nous sommes en effet un employeur attractif, se réjouit Patrick Andersen. Nous laissons beaucoup de flexibilité dans l'organisation du travail, tout le monde est égal et la progression se fait en fonction des performances, pas de l'ancienneté. " Un point de vue confirmé par Evelyn Naessens, analyste métier au sein de l'équipe Production et Planification SAP. " Lorsque je compare les différents contrats avec mon groupe d'amis de l'université, force est de constater que les entreprises du secteur sont compétitives et se ressemblent toutes. Pour moi personnellement, ce sont la culture et l'ambiance qui sont déterminantes. "

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" Je serai satisfait si d'ici 3 ans, la mobilité a évolué à ce point que nous ne devions plus recevoir nos nouveaux collaborateurs dans un garage. "

Marquer sa différence

De même, le prestataire de services ICT Cheops attire de nouveaux talents avec une offre globale qui comprend salaire, assurances et voiture de société. " Mais nous allons au-delà de l'aspect purement financier, note Conny Busschaert. Outre une offre conforme aux normes du marché, nos débutants estiment également important que Cheops soit une société en bonne santé, en croissance et sans dettes. N'oubliez pas que la génération Y est la première génération à avoir vu ses parents au chômage. Elle recherche la sécurité en sachant l'impact que cela représente sur leur famille. "

Par ailleurs, Cheops n'est pas une société IT comme les autres. " Nous recrutons des informaticiens, mais nos collaborateurs font preuve de diversité intellectuelle. C'est ainsi que certains viennent d'horizons très différents, comme le journalisme, l' histoire ou le métier de chauffeur, même s'ils ont ensuite certes étudié l'informatique par passion. Les informaticiens holistiques savent où nous trouver. " Les jeunes apprécient également l'approche honnête en termes de recrutement. " Nous recrutons nous-mêmes, sans passer par des agences. Il s'agit d'une machine bien huilée où les candidats reçoivent les informations directement de la bonne personne. "

Système de bonus en ligne

Sachant que la voiture de société et certains avantages extralégaux sont relativement standard dans le secteur ICT, le fournisseur d'hébergement Nucleus s'est mis en quête d'une autre forme de rémunération. " La direction n'était pas en faveur de bonus strictement individuels dans la mesure où il est difficile de savoir ce que chacun fait et s'il le fait bien, explique Davy Vandevinne, responsable marketing et communication de Nucleus. Il est certes possible de prévoir des KPI, mais quelle est leur pertinence ? Le risque existe en effet que des collaborateurs s'efforcent certes d'atteindre ces KPI, mais perdent de vue l'esprit d'équipe. "

Nucleus a trouvé une plate-forme en ligne, bonus.ly, où chaque collaborateur reçoit mensuellement 150 points, d'une valeur de 15 ?, à distribuer à ses collègues.

" Le but est que les collaborateurs se rémunèrent entre eux pour les tâches quotidiennes, comme le traitement des tickets de support, la résolution de problèmes, l'assistance à des collègues, etc., mais aussi pour des tâches non directement liées au travail, comme vider le lave-vaisselle par exemple ", précise Vandevinne. Ce système présente de nombreux avantages, et surtout que les employés se rémunèrent entre eux. " En outre, les employés peuvent mieux apprécier ce qu'ils font. Lorsqu'une personne attribue des points, cela apparaît sur le chat en ligne. Chacun voit donc quand et pourquoi une personne reçoit des points. " Enfin, les travailleurs de l'ombre sont mis sous les projecteurs. " Nous parlons d'un système de 'no man left behind'. Dans un système de bonus, les introvertis sont souvent oubliés. Chez nous, ils reçoivent également des points, précisément parce que ce sont souvent des travailleurs. "

Privilégier l'équipe

Les employés peuvent échanger leurs points dans la boutique Web contre des bons de valeur dans des magasins en ligne comme bol.com ou zalando. " Nucleus étant une entreprise de geeks, on trouve aussi un couteau à pizza de Star Trek, une descente de bain de Star Wars ou un abonnement à Spotify ou Netflix. Et les plus fanas peuvent économiser pour des cadeaux plus prestigieux ou un jour de congé. "

Le système fonctionne bien, même après un an. " Nous avions des craintes. Quid une fois passé l'effet de la nouveauté ? Mais nous avons constaté que l'enthousiasme était encore bel et bien présent. " Par ailleurs, Nucleus redoutait que les collaborateurs ne jouent pas le jeu et que certains collègues s'arrangent pour se partager les points. " Ce n'est pas arrivé. Parce que le système est associé à un chat et qu'il y a donc une forme de contrôle social. "

En outre, le système favorise l'ambiance de groupe. De nombreux collaborateurs utilisent en effet leurs points non pas pour eux-mêmes, mais pour offrir une tournée de croque-monsieurs, de biscuits ou de bonbons pour l'équipe. " Durant les entretiens d'embauche, nous évoquons régulièrement ce système de bonus et notre culture d'entreprise. Cela attire d'ailleurs de futurs collaborateurs. "

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