"Vous devez être prêt à quitter votre cocon"

13/12/06 à 00:00 - Mise à jour à 12/12/06 à 23:59

Source: Datanews

An De Jonghe, chasseur de têtes chez Ulysses Consulting, n'y va pas avec le dos de la cuiller: "Ce qui m'exaspère, ce sont les gens qui font planer un mystère autour de leur petite personne, qui vendent du vent, qui se préoccupent continuellement de leur image et de leur réputation. Malheureusement, le monde des chasseurs de têtes et le secteur ICT sont remplis de ce genre de personnes."

Néanmois, An De Jonghe (bientôt 31 ans) est prête à jouer le jeu: "Même si je n'y accorde moi-même aucun intérêt, j'emmènerai mon stylo Montblanc chez certains clients si je sais que cela peut faire la différence. Au début, je pensais que ce serait suffisant, mais j'ai appris que d'autres facteurs jouent aussi un rôle important. Et j'aime jouer le jeu. Il va de soi que je préfère moi-même rouler dans une Lexus plutôt que dans mon ex-Fiat Brava d'occasion, mais je trouve drôle que certaines personnes vous prennent davantage au sérieux quand vous arrivez à bord d'une voiture luxueuse."Quelle que soit la rudesse de ses critiques à l'égard du secteur, De Jonghe ne voudrait ni d'un autre travail ni évoluer dans un autre domaine. "On ne devient pas chasseur de têtes parce que cela correspond aux études qu'on a faites. On devient chasseur de têtes parce qu'on a choisi cette profession", écrit-elle dans son livre 'Headhunters - Op zoek naar de witte raaf'. Elle a accompli des études d'interprétariat à la Vlekho Hogeschool de Bruxelles. Le jour même où elle décroche son diplôme, elle signe chez Dart Resourcing, une entreprise de recrutement spécialisée dans les profils ICT techniques. Elle fait le tour du sujet en deux ans. Elle décide ensuite de lancer son propre bureau avec son ex-collègue Ian Morsomme. Ulysses Consulting est né. Pour elle, il est très important "d'exercer son travail de manière consciencieuse". "Sur le marché du recrutement, tout le monde ne suit pas les mêmes règles. [...] Ce sont toujours les mêmes bureaux qui ternissent la réputation du secteur", écrit encore De Jonghe dans son livre. "Surtout dans un secteur comme l'ICT, où il y a énormément d'argent à gagner, ajoute-t-elle durant l'entretien. On attire alors automatiquement ceux qui ne respectent pas les règles éthiques."LobbyingDu travail de lobbying, voilà comment De Jonghe appelle la principale valeur ajoutée d'un chasseur de têtes aujourd'hui: "Notre pouvoir de persuasion et le lien que nous tissons avec les candidats, font souvent la différence pour inciter quelqu'un à se décider à changer d'emploi ou non. Pour les professionnels ICT, il n'est pas non plus toujours facile de distinguer encore la forêt à travers les arbres. Ils veulent que nous leur disions s'ils s'intégreront dans la culture de l'entreprise que nous leur présentons. C'est une question de confiance. Je compare cela au spécialiste médical. Le patient ne veut pas non plus qu'on lui énumère toutes les possibilités existantes. Ce qu'il attend du médecin, c'est la meilleure solution pour son cas personnel. C'est ce genre de conseil qu'on attend de nous."A la question de savoir ce qui est nécessaire pour être un bon chasseur de têtes, De Jonghe répond avec le bon sens qui la caractérise: "Tout le monde connaît les recettes, il ne s'agit vraiment pas d'une science à réaction. L'un des points les plus importants est la mise en place d'un réseau vaste et solide. Ce n'est pas compliqué, mais cela nécessite beacoup de temps et d'efforts. Et nous y consacrons énormément d'efforts."Sur son blog, De Jonghe a également publié tout un article relatif aux réseaux. Pour beaucoup, cela se limite à écumer les événements pour profiter d'un verre de champagne en compagnie de personnes connues. An De Jonghe, par contre, tente, lors de ces rencontres, d'entrer en contact avec des personnes qu'elle ne connaît pas et ce, même si elles paraissent à première vue ne pouvoir rien apporter à son business. "En tant que chasseur de têtes, vous devez évidemment accepter de quitter votre cocon pour établir des relations avec des personnes extérieures à votre groupe-cible", écrit-elle encore sur son blog.CoiffeurUlysses ressent bien entendu aussi une reprise sur le marché du travail depuis 2005. En 2004, l'entreprise comptait 6 consultants contre 16 aujourd'hui. La situation est très comparable à celle d'avant 2000, estime De Jonghe. "Sauf qu'aujourd'hui, il est exclu de placer un coiffeur ou un vétérinaire dans le secteur ICT, ce qui s'est pourtant passé à l'époque", résume-t-elle la plus grande maturité dans le secteur. Pour le reste, rien de nouveau sous le soleil pour ce qui est du type de profils. "La vente demeure évidemment une valeur fixe, mais aussi l'ERP, la 'business intelligence', .Net et Java. Seul le CRM n'a pas tenu ses promesses, et ces profils sont actuellement moins recherchés."A la fin de la conversation, De Jonghe n'a pu s'empêcher d'évoquer la culture machiste qui caractérise le secteur ICT. "C'est incroyable comme le secteur est encore et toujours un véritable monde de mâles. Lorsque vous assistez à un événement, ce qu'on voit surtout, ce sont des hommes en costume gris et tristounet. Ils viennent alors vers moi et me demandent: de qui êtes-vous l'épouse? Je me retiens alors pour ne pas exploser."-----------A la recherche du merle blancAprès avoir décroché une licence en interprétariat, An De Jonghe démarre sa carrière chez Dart Resourcing, une entreprise de recrutement spécialisée en profils ICT techniques. Deux années plus tard, à 24 ans, elle crée avec un associé, Ian Morsomme, un ex-collègue de Dart Resoucing, son propre bureau de chasseur de têtes: Ulysses Consulting.Aujourd'hui, sept années plus tard, Ulysses compte 16 consultants et enregistre un chiffre d'affaires d'1 million EUR. Chaque consultant place en moyenne un candidat par mois.Outre le bureau initial situé à Dilbeek, un deuxième va bientôt s'ouvrir à Anvers.Le mois dernier, An De Jonghe a publié le livre 'Headhunters - Op zoek naar de witte raaf'*. Cet ouvrage offre au lecteur une vision du monde des chasseurs de têtes et s'adresse spécifiquement aux marchés belge et néerlandais.Sur son blog, elle publie aussi régulièrement des chroniques sur ses expériences et ses réflexions dans le monde du recrutement et de la sélection.[http://andejonghe.blogspot.com]

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