Vint Cerf: "Je suis contre les nouvelles extensions internet"

08/06/12 à 09:55 - Mise à jour à 09:55

Source: Datanews

S'il n'avait tenu qu'au pionnier de l'internet et ancien président de l'ICANN Vint Cerf, les nouvelles extensions internet comme .gent, .canon ou .shop n'auraient jamais vu le jour. "Pourquoi des centaines de nouveaux suffixes devraient-ils venir subitement s'ajouter? Je n'en vois pas l'utilité."

Vint Cerf: "Je suis contre les nouvelles extensions internet"

S'il n'avait tenu qu'au pionnier de l'internet et ancien président de l'ICANN Vint Cerf, les nouvelles extensions internet comme .gent, .canon ou .shop n'auraient jamais vu le jour. "Pourquoi des centaines de nouveaux suffixes devraient-ils venir subitement s'ajouter? Je n'en vois pas l'utilité."

Vint Cerf était récemment dans notre pays à l'invitation du centre de recherche de Louvain pour la technologie de l'information et de la communication et de l'ICRI (Interdisciplinary Center for Law and ICT). L'homme qui a aidé au développement, voici près de 40 ans, de l'Arpanet et qui a inventé de toutes pièces le protocole TCP/IP avec Bob Kahn, s'est épanché devant plusieurs centaines d'étudiants sur les débuts du world wide web et des évolutions récentes comme le lancement d'IPv6 et l'arrivée de nouvelles extensions internet.

Durant son entrevue avec Data News, Cerf, qui a été pendant plusieurs années président du conseil d'Icann, a levé un coin du voile sur les nouveaux TLD. "Je n'ai jamais été partisan de l'ouverture de l'espace des noms de domaine", a-t-il dit. "A une exception près, peut-être: il est formidable que les TLD ne soient plus uniquement possibles dans les caractères latins. Mais je n'ai jamais entendu personne se plaindre à ce sujet non plus (rires)."

"Mais de là à ajouter à présent des marques et des centaines de nouveaux noms génériques? Je n'en vois pas l'utilité. Bon nombre d'entreprises redoutent de devoir bientôt suivre des centaines de nouvelles extensions internet pour s'assurer que leurs noms de marque ne sont pas utilisés de façon abusive. Elles marquent un point."

"Dans certains cas, c'est plus compliqué encore. Les marques sont tout sauf uniques: de nombreux noms apparaissent à plusieurs reprises, dans d'autres secteurs, ou dans d'autres pays. Dans un certain sens, il y a donc un déséquilibre entre les noms de domaine et les marques. Lorsque nous étions occupés à concevoir le système des noms de domaine, cela n'a pas été pris en considération. En fin de compte, nous recherchions simplement une manière d'étiqueter des destinations sur l'internet."

"Je pense que ce sont principalement les moteurs de recherche comme Google qui en profiteront. En effet, il sera difficile de deviner sous quel domaine de premier niveau vous devez mener vos recherches. Par conséquent, les internautes devront taper plus souvent qu'avant le nom d'une entreprise dans Google pour voir quel est le résultat."

N'est-ce pas surtout le secteur des noms de domaine proprement dit qui tire profit des nouvelles extensions? Sans oublier l'ICANN?

Vint Cerf: "On entend souvent dire que l'ICANN fait cela pour l'argent, mais c'est faux. Lorsque j'étais président de cette organisation, l'ouverture de l'espace des noms de domaine de premier niveau n'a jamais été à l'ordre du jour. Parce que j'étais contre, d'accord, mais si cela avait réellement été une question d'argent, je n'aurais pas pu m'y opposer."

"De plus, il ne faut pas oublier que l'ICANN est souvent traînée devant les tribunaux. Des organisations qui n'étaient pas habituées à devoir suivre des règles ont eu la désagréable surprise de découvrir qu'elles devaient respecter les dispositions prévues par un organisme de réglementation pour devenir registre ou registraire."

"Lorsque nous lancions, de manière très exceptionnelle, plusieurs nouveaux TLD, il y avait systématiquement des mécontents pour poursuivre l'ICANN en justice. C'est la raison pour laquelle des droits d'inscription ont été prévus à hauteur de 185.000 dollars. L'organisme de réglementation a essayé de calculer de façon proactive quels peuvent être les coûts au niveau des procès et des procédures."

Estimez-vous que l'ICANN a bien appréhendé le projet TLD? Le système d'enregistrement pour les nouvelles extensions internet a été paralysé pendant 40 jours, et les autorités américaines se demandent à présent si elles doivent accorder à l'ICANN le contrat IANA crucial.

Cerf: "Le système d'enregistrement n'était pas paralysé. Lorsqu'il est apparu clairement qu'il y avait une fuite dans le logiciel système qui faisait en sorte que des utilisateurs pouvaient voir les données clients de tiers, l'ICANN a directement tout mis hors ligne. C'était une réaction prudente mais juste. La seule chose qu'on peut reprocher à l'organisation, c'est qu'il a fallu trop longtemps avant que tout soit de nouveau mis en ligne."

"Le contrat IANA, c'est une autre histoire (l'IANA est, en tant qu'administrateur root effectif, le "comptable" de l'internet. Pour le moment, l'ICANN est responsable des fonctions de l'IANA, ndlr). Vous savez, la NTIA (National Telecommunications and Information Administration) a toujours été demandeuse de nouveaux domaines de premier niveau. Lorsque j'ai bloqué ce processus, cette institution publique a estimé que nous jouions avec ses pieds. Et maintenant que l'évolution va dans ce sens, la NTIA ne fait que se plaindre. Je trouve ça vraiment rageant."

"Finalement, l'ICANN aurait peut-être pu faire preuve de plus de transparence. Elle aurait peut-être pu communiquer plus clairement - transparancy is your friend. Mais le monde des noms de domaine est de toute façon un environnement très complexe avec une dimension politique. Si quelqu'un a une idée pour mieux régler les choses, il doit le faire savoir de toute urgence à l'ICANN (rires)."

Lisez l'interview complète de Vint Cerf dans Data News n° 11 ou dans la section Abonnés de notre site web.

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