Tout ce qu'il faut savoir sur les projets de Proximus en matière de fibre optique

16/12/16 à 19:25 - Mise à jour à 19:25

Source: Datanews

Proximus va investir trois milliards d'euros dans la fibre optique. Comment cela va-t-il se passer? Et qu'est-ce que cela va signifier pour les entreprises et les consommateurs, même pour ceux qui n'habitent pas dans de grandes villes?

Tout ce qu'il faut savoir sur les projets de Proximus en matière de fibre optique

Dominique Leroy, ceo Proximus © Pieterjan Van Leemputten

Proximus dispose aujourd'hui déjà de la fibre optique: 21.000 kilomètres pour être précis. Mais qui n'atteint pour l'instant que l'armoire de distribution en rue (noeud). La distance suivante, ce qu'on appelle en jargon le 'last mile', est couverte par des fils de cuivre. Ces derniers ont comme principal handicap que la vitesse diminue, si l'on habite trop loin d'une armoire en rue. Ces vingt dernières années, l'entreprise a réussi à augmenter progressivement la vitesse, notamment grâce à la VDSL et à la technologie de vectorisation.

Ces améliorations ont fait en sorte que Proximus a pu contenir pendant tout un temps de lourds investissements dans la fibre optique. Mais aujourd'hui, l'opérateur lui-même observe que la demande croît. "Aujourd'hui, la demande provient surtout des entreprises plus grandes, mais l'urgence est là. Nous recevons aujourd'hui beaucoup de requêtes individuelles d'entreprises. D'ici quelques années, la plupart des entreprises le demanderont donc", déclare Geert Standaert, CTO de Proximus.

Selon Standaert, il ne s'agit pas seulement de la vitesse de téléchargement: "Il s'agit du trafic de et vers le client, mais aussi de maintenir la latence sous les 10 millisecondes. C'est nécessaire pour des choses comme la réalité virtuelle et augmentée. Nous voulons donc anticiper. Il est question d'investir, mais surtout d'anticiper les besoins dans les années à venir."

Les entreprises d'abord

Proximus a des projets de déploiement à Anvers, Bruxelles, Charleroi, Gand, Namur et Roulers. Son ambition est de rendre connectables 85 pour cent des entreprises et 50 pour cent des ménages dans les dix ans à venir. Durant les trois prochaines années, l'opérateur souhaite déjà atteindre 40 pour cent au niveau des entreprises et sept pour cent des habitations.

Proximus ne fait pas un secret du fait que les entreprises seront prioritaires. "Nombre d'entre elles ont dès aujourd'hui besoin de la fibre optique. Voilà pourquoi nous nous tournons plus rapidement vers les entreprises", explique la CEO Dominique Leroy. "Avec des applications 'cloud', on communique constamment avec un centre de données. Cela requiert de la capacité et une faible latence."

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© Fiber

"Nous exécuterons le déploiement là où nous enregistrerons le plus grand besoin de la part de nos clients", ajoute Standaert. "Les grands clusters d'activités professionnelles seront connectés, mais nous voulons qu'il en soit ainsi aussi pour chaque habitation."

Mais la fibre est importante pour tout un chacun, y compris pour le consommateur. "Cela nous permettra de proposer des services supplémentaires, y compris aux clients résidentiels. Ce projet déterminera l'avenir de notre entreprise, mais aussi celui de notre pays."

Où Proximus va-t-elle aller chercher trois milliards d'euros?

La raison pour laquelle Proximus ne s'est pas lancée plus tôt dans la fibre optique, c'est parce que les investissements y sont très élevés et qu'il y avait dans le passé un besoin moindre chez les clients. A présent, ce besoin augmente. De l'argent se libérera aussi parce que d'autres projets d'investissement se terminent.

Leroy: "Pour la 4G, nous en sommes à 99% de couverture. La VDSL touche aussi à sa fin et pour la voix, nous serons prêts l'année prochaine à passer de l'ancienne technologie à VoIP. Nombre d'investissements, entre autres dans nos propres systèmes IT, se terminent également, ce qui fait que nous pourrons consacrer ces moyens à d'autres fins."

Geert Standaert - CTO Proximus.

Geert Standaert - CTO Proximus. © Proximus

Première offre en janvier déjà

Ce n'est pas d'aujourd'hui que Proximus se lance dans la FTTH. De nouveaux lotissements, où il n'y avait pas encore de fil de cuivre, sont depuis quelque temps déjà équipés de la fibre optique. Les entreprises qui le demandent explicitement, peuvent aussi obtenir une connexion contre paiement. ING et Belfius en sont deux exemples. Aujourd'hui, l'entreprise compte quelque six mille clients professionnels à la fibre optique.

Mais Proximus s'est aussi livrée à des expérimentations ces dernières années. Début 2015, nous annoncions ainsi déjà un projet-pilote avenue Anspach à Bruxelles. Tel fut aussi le cas à Rochefort, Saint-Trond et Courtrai et ce, même s'il s'agissait de projets à petite échelle. Proximus y a probablement posé les bases du déploiement FTTH à grande échelle actuel.

Au niveau des abonnements et des vitesses, il est encore concrètement un peu trop tôt pour en parler. "Aujourd'hui, nous ne faisons pas encore d'offre aux clients intéressés par la fibre optique. Mais les premiers clients bruxellois se verront proposer à partir de janvier une offre spéciale qu'ils pourront accepter." Il est probable qu'il s'agisse ici du projet-pilote avenue Anspach. Proximus se donne encore quelques années pour expérimenter la fixation des prix et ce, jusqu'à ce que la plupart des clients puissent être connectés.

Qui va-t-il aider Proximus?

Lors de la présentation, Dominique Leroy signale que l'internet rapide et la numérisation sont importants pour la création d'emplois. Mais le déploiement en tant que tel générera également des emplois supplémentaires, y compris parmi les sous-traitants de l'entreprise.

Pour le déploiement de la fibre optique, Proximus collaborera avec deux groupes et pourrait même faire appel à un troisième. Il s'agira d'une part de Fiber4Belgium, un groupe constitué des entreprises Jacobs, Janssen, Van Gelder et Engie-Fabricom. L'autre s'appelle FifthNet et se compose de BAM, ESAS, Verbraeken, Sogetrel et Van Den Berg.

Fini le cuivre

L'introduction de la fibre optique signifiera aussi la fin de l'ère du cuivre. "Lorsque la fibre optique sera déployée dans une zone, nous entendons quelque temps après la dernière connexion supprimer les anciennes lignes cuivrées", affirme Geert Standaert. "L'objectif est de faire migrer cent pour cent de nos clients (dans les grandes villes, ndlr) vers la fibre optique."

Régulation

Le ministre De Croo en charge des télécoms et de l'agenda numérique se réjouit aussi de ces plans: "Grâce à ces projets, notre pays ira nettement plus vite que l'objectif fixé par la Commission européenne d'atteindre 100 Mbps d'ici 2020." De Croo indique aussi que l'infrastructure réseautique et la numérisation sont les principaux générateurs de nouveaux emplois.

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© Belga

Mais Proximus pourra-t-elle utiliser son réseau de fibre optique en solo ou devra-t-elle partager cette technologie avec des fournisseurs internet alternatifs? Cette question, le ministre préfère la faire suivre à l'IBPT.

"Pour cela, un régulateur indépendant devra examiner le situation. Mais il est important que la concurrence infrastructurelle fonctionne. Nous disposons de deux grands réseaux, chacun ayant l'ambition d'amener internet dans les maisons à la vitesse de la lumière." De Croo se réfère ici à Telenet qui avait précédemment déjà annoncé de vastes travaux d'infrastructure.

Comment cela va-t-il se passer en dehors des villes?

Le fait que Proximus opte pour les grandes villes, est logique, puisque c'est là que l'on trouve proportionnellement le plus de gens et que l'investissement y sera donc amorti plus rapidement.

Les habitants de la campagne ou ceux qui y travaillent, auront moins de chance et ce, même si l'on va aussi y investir. "Aujourd'hui, la fibre optique atteint déjà le coin de la rue (fiber to the curb ou FTTC). Le but est de rapprocher encore cette fibre optique, afin que le trajet du fil de cuivre soit raccourci, pour que la vitesse chez le client soit supérieure à ce qu'elle était avant", prétend Standaert.

Parée pour (au moins) cinquante ans

Ces prochaines années, Proximus pourra donc proposer des connexions nettement plus rapides dans les grandes villes. Les zones moins densément peuplées auront aussi droit à un meilleur réseau, mais plus tard. L'opérateur tranche ainsi un noeud qu'il sentait irrémédiablement venir.

Mais son investissement est prometteur. Les lignes en cuivre classiques existantes étaient initialement destinées à téléphoner et n'ont cessé d'être améliorées. La fibre optique offre aujourd'hui une vitesse un peu supérieure, mais ici encore, il s'agit d'un progrès technologique, par lequel l'entreprise récoltera en principe encore et toujours les fruits d'ici une cinquantaine d'années.

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