Kristof Van der Stadt
Kristof Van der Stadt
Rédacteur en chef de Data News.
Opinion

14/06/16 à 13:20 - Mise à jour à 13:20

Pourquoi Microsoft s'empare-t-elle de LinkedIn?

Surprise! Nous ne l'avions en effet pas vu arriver, ce rachat. Microsoft reprend donc le principal réseau social professionnel. Quelle est donc l'intention du géant avec LinkedIn?

Pourquoi Microsoft s'empare-t-elle de LinkedIn?

© REUTERS

Surprise! La nouvelle est en effet tout à fait inattendue. Microsoft rachète le principal réseau social professionnel pour pas moins de 26,2 milliards de dollars, ce qui représente un... petit extra de 49,5 pour cent sur le dernier cours boursier de LinkedIn. Ce cours avait du reste subi une solide dégringolade après des résultats et des prévisions de chiffre d'affaires décevants. LinkedIn avait clôturé le dernier exercice sur 3 milliards de chiffre d'affaires et sur une perte nette de 373 millions de dollars. En guise de comparaison, Microsoft enregistre un chiffre d'affaires annuel de 93,6 milliards de dollars et un bénéfice supérieur à 12 milliards.

La question fondamentale que tout le monde se pose, c'est de savoir si un tel montant de rachat se justifie. Dans le cas de ce genre de méga-rachats, la seule réponse correcte se fait généralement attendre quelques années - c'est au fruit que l'on juge l'arbre, comme dit l'adage -, mais il est clair que Microsoft s'empare avec LinkedIn de pas mal d'atouts qu'elle va pouvoir déposer sur la table.

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Pourquoi Microsoft a-t-elle racheté LinkedIn?

Social?

LinkedIn est le principal réseau social professionnel au monde. Sur le plan 'social', Microsoft observe depuis pas mal de temps déjà d'un mauvais oeil comment des acteurs tels Facebook (qui a entre-temps racheté Instagram et Whatsapp) et Google se sont emparées du marché et y écoulent leurs publicités. Vis-à-vis de nouveaux venus tels Snapchat, l'entreprise n'a aucune contrepartie à faire valoir, et la reprise LinkedIn n'y changera rien, même si cela va avoir des répercussions mobiles. Car sur le plan mobile, Microsoft n'est nulle part - pensons à l'échec du rachat de Nokia -, alors que LinkedIn est utilisé pleinement sur les smartphones et tablettes: plus de la moitié des 433 millions d'utilisateurs ouvrent l'appli LinkedIn sur un appareil mobile. Serait-ce donc le levier que recherche Microsoft pour devenir un acteur pertinent en matière de logiciels et de services sur le smartphone?

Professionnel?

Peut-être, même si ces fragments de software seront surtout des instruments de travail. Microsoft se distingue dans le monde professionnel, et je crois que dans cette reprise, l'accent est à coup sûr mis sur l'aspect professionnel. Il me paraît évident que l'environnement Exchange, le logiciel mail Outlook et le calendrier seront intégrés à terme à LinkedIn. De même, l'application Skype for Business pourra y être associée sans problème. L'avantage? Une personne de contact unique pour toutes les applications.

Office 365 - la suite bureautique en ligne de Microsoft incluant des outils connus tels Word et Powerpoint - est également un complément logique. Quant aux présentations Powerpoint, on les trouve déjà dans LinkedIn, depuis que le réseau social avait racheté il y a quatre ans la jeune entreprise professionnelle à succès Slideshare pour seulement 118,8 millions de dollars.

Microsoft possède aussi avec Dynamics une excellente application CRM avec laquelle les vendeurs par exemple tiennent à jour leurs bases de données clients et leurs transactions. Si le fournisseur de logiciels parvient à l'enrichir par des données LinkedIn, les vendeurs pourront alors disposer d'une plus-value, et leur carnet d'adresses d'antan deviendra un outil de vente intelligent. A tel point peut-être que les vendeurs n'auront plus besoin d'une solution de type Salesforce? Une combinaison LinkedIn - Dynamics et l'offre 'cloud' Azure de Microsoft offrira en théorie ce potentiel.

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Une intégration intelligente de LinkedIn, de Dynamics et d'Office 365 de Microsoft pourra peut-être mettre Salesforce hors jeu.

Réseau?

Mais n'oublions pas non plus que LinkedIn est avant tout un réseau aux très nombreux utilisateurs. 433 millions pour être précis. Un réseau d'où l'on peut sans aucun doute tirer pas mal d'activités. Un LinkedIn rénové pourrait certainement rivaliser avec les réseaux sociaux professionnels de la toute dernière génération tels Slack (2,7 millions d'utilisateurs) ou Symphony. Alors que cette autre grande entreprise américaine qu'est Cisco, possède du reste déjà ce genre d'outil - également appelé 'tueur d'e-mail' - dans sa gamme sous l'appellation Spark. Microsoft a par ailleurs racheté il y a quatre ans déjà un social networking tool 'interne': Yammer. Ce dernier ne fait malheureusement plus guère parler de lui, ce qui est généralement mauvais signe.

Données?

"Le réseau le plus morne", voilà comment on qualifie souvent LinkedIn. Et c'est bien le cas si l'on se base sur son look général et sur le manque de photos originales. Mais sous ce capot moteur apparemment ennuyeux, 'on trouve pas mal de choses intéressantes. Moi-même, j'ai toujours considéré LinkedIn comme une inépuisable mine d'or. L'entreprise repose sur une incroyable montagne de données d'utilisateurs et peut parfaitement passer en revue la manière dont est composé le personnel de l'entreprise X, ou combien de vendeurs sont passés de l'entreprise Y à la concurrence. Quelle est l'expertise de chacun? Et quelles sont leurs grandes réalisations et ambitions personnelles?

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Peut-être le réseau le plus morne, mais en même temps une inépuisable mine d'or de données.

LinkedIn est la plus importante base de données de CV 'opérationnelle'. En utilisant les outils d'analyse adéquats, il y a à coup sûr bien plus de chance pour un employeur de trouver la personne qui convient pour la place vacante qu'il veut pourvoir. 433 millions d'utilisateurs et seulement 2 millions d'utilisateurs 'premium' payants: sans aucun doute en grande partie des recruteurs professionnels qui apprécient le réseau.

Et si c'était cela la question essentielle? Microsoft va-t-elle jouer la carte de l'analyse et des données massives (big data) et trouver finalement une manière de monnayer pleinement cette montagne de données? Satya Nadella, le CEO de Microsoft, a en tout cas pas mal d'atouts en main à présent. Je suis curieux de voir si Microsoft va pouvoir les jouer tous car le palmarès des rachats de ces dernières années n'est guère folichon.

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