Opinion: Lois d'exception

07/03/08 à 11:00 - Mise à jour à 10:59

Source: Datanews

Le sénateur Hugo Vandenberghe (CD&V) prépare une énième loi spéciale, cette fois pour donner plus de pouvoir à la sécurité nationale. Ce qui l'a incité à agir de la sorte, c'est l'information selon laquelle un présumé terroriste marocain vivant en Belgique était payé en tant qu'indicateur de la sécurité de l'Etat. On pourrait penser qu'il s'agit là d'une façon de mieux contrôler cette dernière. Mais non: Vandenberghe voit dans ce cas une raison d'accorder à la sécurité de l'Etat le droit de mettre sur écoute, sans aucune limite, les téléphones et autres moyens de communication.

Le sénateur Hugo Vandenberghe (CD&V) prépare une énième loi spéciale, cette fois pour donner plus de pouvoir à la sécurité nationale. Ce qui l'a incité à agir de la sorte, c'est l'information selon laquelle un présumé terroriste marocain vivant en Belgique était payé en tant qu'indicateur de la sécurité de l'Etat. On pourrait penser qu'il s'agit là d'une façon de mieux contrôler cette dernière. Mais non: Vandenberghe voit dans ce cas une raison d'accorder à la sécurité de l'Etat le droit de mettre sur écoute, sans aucune limite, les téléphones et autres moyens de communication.

La pression sur la Belgique est grande: nos services de renseignements et de police sont trop gênés par toutes sortes de barrières démocratiques. Aux Etats-Unis, par contre, il n'y a quasiment aucune restriction à leur toute puissance. Saviez-vous par exemple que la NSA peut écouter toute communication et lire tout courriel envoyé de l'étranger à quelqu'un vivant aux Etats-Unis, sans demander l'autorisation d'un juge? Peut-être feriez-vous bien d'en tenir compte la prochaine fois que vous expédiez un courriel à un collègue, ami ou parent dans ce pays...

Jo Stevens, président de l'Orde van Vlaamse Balies (OVB), avait déjà lancé une mise en garde en février 2006 contre une prolifération de lois spéciales: "Jamais encore, la Justice n'a disposé d'autant de possibilités d'enquête qu'aujourd'hui, ce qui explique pourquoi les investigations criminelles durent si longtemps. Nous vivons déjà dans une société à la Big Brother. Il ne reste plus grand-chose du respect de la vie privée." Fin janvier de cette année, l'OVB a même appelé ses membres à s'opposer juridiquement aux lois d'exception. Début février, Jo Stevens et le parlementaire Renaat Landuyt (SP.A) ont qualifié d''incontrôlable' le parquet fédéral, en charge de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. "Il n'est plus tolérable que la loi soit dictée par des services de renseignements nationaux ou étrangers", déclare Jo Stevens.

Il suffit déjà amplement que les Américains exportent dans le monde entier leur incroyable paranoïa. Les choses les plus dingues se passent chaque jour dans la War on the Unexpected (pour reprendre les termes du spécialiste américain de la sécurité Bruce Schneier). C'est ainsi que récemment, l'aéroport de Los Angeles a été évacué deux heures durant, parce qu'un passager avait fait une "remarque suspecte" lors d'un vol. L'homme a été aussitôt arrêté par le FBI. Le Washington Post a publié le 7 février un article sur les voyageurs d'affaires qui, lors de leur arrivée sur le sol américain, doivent montrer le contenu de leur GSM et ordinateur portable. Peu importe que leur disque dur soit crypté ou non: ils sont alors contraints de donner leur mot de passe. Depuis lors, certaines entreprises obligent leurs collaborateurs à effacer le disque dur de leur ordinateur portable avant de partir pour les Etats-Unis.

La paranoïa ne se limite pas à ce pays. En Grande-Bretagne, dans le cadre d'une nouvelle campagne antiterrorisme, les autorités demandent au public d'indiquer qui emporte plus d'un GSM. Début février, le garagiste britannique Darren Nixon a été arrêté devant chez lui par des agents de police armés. Une femme avait confondu son lecteur MP3 avec un pistolet. La police a photographié Nixon, a pris ses empreintes digitales et a collecté un échantillon de son ADN. Il a été libéré, mais son échantillon d'ADN se trouve désormais dans la base de données ADN britannique.

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