NeoScores se mue en Gustaf et lance son iTunes de partitions musicales

05/02/16 à 17:58 - Mise à jour à 06/02/16 à 19:55

Source: Datanews

La start-up belge neoScores a lancé à Paris son très attendu magasin web de partitions musicales. L'offre varie de Bach à Beyonce et couvrirait déjà jusqu'à 60 pour cent du marché.

NeoScores se mue en Gustaf et lance son iTunes de partitions musicales

. © Noortje Palmers

Pour souligner ses ambitions internationales, les applications de neoScores portent désormais l'appellation Gustaf, un nom plus évocateur et qui fait référence au compositeur autrichien bien connu Gustav Mahler. En même temps, 'staf' ou 'staff' signifie aussi 'portée musicale' dans pas mal de langues.

La jeune entreprise belge est depuis quelques années déjà occupée à mettre au point son appli web, avec laquelle l'utilisateur peut acheter et traiter légalement des partitions numériques. Les partitions numériques (converties au format MusicXML) s'adaptent automatiquement à l'écran du smartphone, de la tablette, de l'ordinateur ou de la TV intelligente et sont compatibles avec tous les systèmes d'exploitation (Android, iOS, Windows,...).

Ces dernières années déjà, neoScores a engrangé quelques beaux succès. En 2014, la petite entreprise s'est ainsi à Séoul classée à la deuxième place des start-ups les plus prometteuses au monde lors du Startup Nations Summit, et plus tôt cette année, Voka Antwerpen-Waasland a désigné neoScores comme le starter le plus prometteur de 2013.

Le problème, c'était que l'appli web n'était pas entièrement exempte de bugs et que le nombre d'utilisateurs actifs restait scotché à quelque cinq mille. Il apparut très vite que l'équipe n'y arriverait pas seule. Il lui fallait du... doping. Or dans le petit monde des start-ups, le doping, c'est le capital.

Après une recherche de fundraising (collecte de fonds) d'une demi-année, Bart Van der Roost et consorts récoltèrent cet été 2 millions d'euros auprès d'une poignée de fonds et business angels belges. "En fait, je voulais immédiatement relancer la machine, afin d'étendre notre base d'utilisateurs le plus rapidement possible", explique Van der Roost. "Mais finalement, il nous est paru plus intéressant de mettre d'abord les points sur les i."

"Ces derniers mois, nous avons veillé à ce que notre appli soit au top sur le plan technique et que nous disposions d'un magasin web couvrant déjà 60 pour cent du marché des partitions musicales (ce qui représente un peu moins de 200.000 partitions)."

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. © Noortje Palmers

Toutes ces partitions musicales sont garanties parfaitement en ordre sur le plan des droits d'auteur. Les musiciens peuvent, via un compte gratuit, acheter les partitions, les stocker, y faire des annotations et les partager avec des partenaires musiciens. Quiconque souhaite un stockage illimité dans le nuage et utiliser aussi l'appli hors ligne, doit verser 3,99 euros par mois.

Musicora

Ce vendredi, le magasin web et l'appli web rénovée ont été tenus sur les fonts baptismaux lors du salon Musicora bien connu qui se tient à Paris. Ce lieu n'a du reste pas été choisi par hasard car l'objectif est à présent bel et bien de se faire largement connaître. Si neoScores veut réussir, il faut que le nombre d'utilisateurs progresse en effet radicalement.

"Avec notre équipe, nous allons parcourir tous les grands événements musicaux et nous allons engager aussi des ambassadeurs internationaux qui vont nous aider à propager notre message", poursuit Bart. L'un de ces ambassadeurs, l'accordéoniste lettone Ksenija Sidorova (connue chez nous via la 'Night of the Proms'), va par exemple représenter intensivement Gustaf ces prochains mois.

Sidorova était ce vendredi aussi présente lors de la présentation à la presse de Gustaf à Musicora, où elle donna une représentation très appréciée par la presse et le public. Le Belge Jef Neve supportera du reste aussi le nouveau magasin en ligne Gustaf et l'appli web. Le pianiste de jazz bien connu a aussi composé la musique du nouveau film de l'entreprise.

Concurrence

Désormais, neoScores ne visera évidemment pas uniquement le marché des partitions numériques. C'est ainsi qu'il existe déjà des dizaines d'applis conçues pour apporter une bonne expérience sur la base de fichiers pdf. Et d'autres petites entreprises suivent l'exemple de Gustaf en utilisant aussi MusicXML pour pouvoir sortir des pdf statiques.

En outre, une partie des grands éditeurs de partitions musicales est occupée sur un projet spécifique qui devrait concurrencer notre jeune entreprise belge. "Un peu de concurrence ne peut faire de tort", affirme Van der Roost en riant. "Nous n'en sommes encore qu'au début de l'évolution vers le numérique, et nous ne pouvons pas tout faire seuls."

"De plus, lorsqu'un éditeur lance une initiative personnelle, il ne la développe en général que pour une seule plate-forme, souvent iOS. Il en résulte que les fans de Windows et d'Apple ne peuvent jouer ensemble. Et si chaque éditeur crée sa propre appli, il en faudra bientôt dix différentes pour obtenir un répertoire correct. Notre magasin, qui propose déjà 60 pour cent des partitions, s'avère quand même nettement plus pratique."

Si vous êtes intéressé, sachez que neoScores a pour l'instant déjà conclu des accords avec Music Sales Group, Schott Musikverlag Mainz, Norsk Musikk et quelques autres acteurs plus modestes. Hall Leonard n'en fait pas encore partie, alors que les éditeurs français doivent encore être convaincus, ce qui ne serait qu'une question de temps, selon Van der Roost.

HTML5

Ce qui est étonnant aussi, c'est que Gustaf ne travaille pas avec des applis résidentes (pour iOS, Android et Windows), mais continue d'opter résolument pour une appli web en html5 (même si l'utilisateur peut aussi consulter les partitions hors ligne et les utiliser lors des concerts). "Il ne faut de cette manière écrire le code de base qu'une seule fois, et l'application fonctionne sur n'importe quel appareil intégrant un navigateur récent", ajoute Van der Roost.

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. © Noortje Palmers

"Nous voulons également lancer sur le marché un produit pour les musiciens, qui soit technologiquement agnostique", poursuit Bart. "Si vous voulez travailler sur votre ordinateur portable et votre collègue sur un smartphone, et quelqu'un d'autre encore sur un smartboard dédié, c'est possible."

"Un autre argument, c'est que vous devez céder une partie de vos rentrées, lorsque vous créez une appli pour iOS. Nous vendons des partitions d'éditeurs via notre plate-forme et nous y prélevons une petite commission. Si vous passez par l'Appstore via un achat 'in app', vous devez rétrocéder 30 pour cent. Cela ne nous paraît pas un modèle commercial intéressant, même si je n'exclus pas que nous créions un jour des applis résidentes, parce qu'elles offrent quand même quelques avantages."

Instrument adéquat

Reste encore à savoir si une tablette constitue un instrument adéquat pour les musiciens professionnels. Les appareils numériques actuels sont-ils déjà une amélioration par rapport à la partition papier? Ne sont-ils pas trop lumineux? Et ne sont-ils pas trop petits?

"C'est acceptable", conclut le CEO. "Même si j'admets que pour les musiciens professionnels, un iPad Pro ou un Samsung Galaxy View sont assurément les meilleurs. Il existe en outre aussi déjà du matériel spécial disponible pour les musiciens. Pensez à la tablette Scora qui a été développée à Louvain. Nous y tournerons donc aussi."

"Personnellement, je trouve une partition numérique sur une tablette plus intéressante qu'une version papier", indique l'accordéoniste Ksenija Sidorova. "Les partitions papier sont souvent imprimées au format A3, ce qui est assez grand pour être vraiment agréable à utiliser."

"Par expérience, je sais aussi que l'on peut vite déchirer des parties musicales de livres de partitions, afin de ne pas emporter trop de choses avec soi, quand on va jouer quelque part. Si vous avez tout sous forme numérique, c'est évidemment nettement plus pratique."

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