Le secteur américain du 'cloud' risque de perdre au moins 21,5 milliards de dollars

12/08/13 à 14:07 - Mise à jour à 14:07

Source: Datanews

Selon la cellule de réflexion ITIF, l'affaire PRISM coûtera entre 21,5 et 35 milliards de dollars aux entreprises 'cloud' américaines au cours des trois prochaines années.

Le secteur américain du 'cloud' risque de perdre au moins 21,5 milliards de dollars

Suite à l'affaire PRISM, d'où il apparaît que les pouvoirs publics américains ont à grande échelle accès au trafic des données, la cellule de réflexion américaine ITIF publie un rapport évaluant les dommages causés au secteur américain du nuage. Dans le moins pire des cas, les entreprises en question devraient perdre au cours des trois prochaines années jusqu'à 10 pour cent du marché au profit de leurs concurrentes européennes et asiatiques, ce qui représente un manque à gagner de 21,5 milliards de dollars. Et si elles perdaient 20 pour cent de parts de marché, cela pourrait grimper à 35 milliards de dollars. La situation ne pourrait que profiter aux entreprises non-américaines, comme le démontre ITIF en déclarant que l'entreprise suisse Artmotion a déjà enregistré une hausse de 45 pour cent de son chiffre d'affaires au cours du mois qui a suivi les révélations de Snowden. Selon ITIF, le marché mondial du 'nuage public' aurait en 2016 une valeur de quelque 207 milliards de dollars.

Une enquête effectuée par la Cloud Security Association (CSA) indique à son tour que 10 pour cent des répondants non-américains ont déjà résilié un projet au moins avec un fournisseur 'cloud' installé aux Etats-Unis. Quelque 56 pour cent ont affirmé qu'ils feraient probablement moins appel à un fournisseur 'cloud' américain (outre 31 pour cent pour qui cela n'a aucune importance). Les fournisseurs 'cloud' américains se plaignent du reste qu'il leur est interdit d'expliquer à leurs clients tout ce qui se passe, tandis que plus de 90 pour cent des répondants à la CSA estiment que ces fournisseurs devraient à tout le moins y être autorisés, afin de leur donner un aperçu de la situation.

Europe

L'affaire PRISM apporte aussi de l'eau au moulin des initiatives européennes en vue de développer une infrastructure 'cloud' européenne, comme l'encourage notamment la commissaire européenne Neelie Kroes. D'autre part, il ne faut pas oublier non plus que les autorités européennes ne sont pas dénuées de moyens pour contrôler tout ce qui se passe au niveau numérique. Et cela peut même parfois aller assez loin, comme l'a démontré en son temps la législation française interdisant le cryptage du trafic des données (ou qui voulait au minimum en mettre les clés à la disposition des autorités). En Europe, la législation en matière de respect de la vie privée est certes plus stricte qu'ailleurs, mais cela n'empêche pas les pouvoirs publics (et assez souvent aussi les entreprises) à faire de la collecte d'informations en Europe.

Pas de nuage?

Une question restée sans réponse est de savoir comment PRISM impactera le marché du 'cloud' à plus long terme. Le problème n'est pas le principe ou la technologie du nuage en tant que tel(le), mais bien la confiance dans le gestionnaire des systèmes où les données se trouvent. Ainsi que dans le système juridique qui régit l'espace dévolu à ce gestionnaire, pour ce qui est du stockage des données dans un nuage 'public' ou des 'private cloud data' sur des serveurs à l'extérieur de l'entreprise.

Après les dévoilements de PRISM, un certain nombre d'entreprises semblent vouloir repenser et juguler - définitivement ou non - l'échange électronique et le stockage d'informations. C'est ainsi que certains types de documents seraient envoyés de nouveau à leur destinataire 'par courrier' et non plus électroniquement. Une source d'une entreprise allemande a prétendu que les seuls messages qui seront encore envoyés par voie électronique, pourraient tout aussi bien être affichés publiquement 'sur la porte de l'église'. C'est du reste en Allemagne également que certains, notamment la ministre de la Justice, appellent à interdire l'accès au marché européen aux entreprises américaines qui ne respectent pas les règles de confidentialité européennes.

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