Bart Tommelein
Bart Tommelein
Secrétaire d'Etat en charge du respect de la vie privée
Opinion

23/03/15 à 13:50 - Mise à jour à 13:50

'Je ne souhaite pas prendre dans une tour d'ivoire des décisions sur les lois en matière de respect de la vie privée'

'Comment pouvons-nous protéger notre vie privée, tout en veillant à ne pas fermer la porte à l'innovation?', se demande le secrétaire d'Etat en charge du respect de la vie privée, Bart Tommelein. 'Nous nous posons à juste titre des questions à propos des nouvelles technologies, mais nous ne pouvons nous laisser guider par l'angoisse. L'innovation n'est pas quelque chose qu'il faut craindre, mais à quoi il faut aspirer', écrit-il.

'Je ne souhaite pas prendre dans une tour d'ivoire des décisions sur les lois en matière de respect de la vie privée'

© Reuters

Si le gouvernement n'écoute pas suffisamment les partenaires sociaux, c'est tout le pays qui va être sens dessus dessous. Si un ministre écoute les employeurs, il va sans dire que ses propositions seront écrites 'par des lobbyistes eux-mêmes'.

Est-ce que je suis à l'écoute des entreprises? Bien sûr. Je ne veux pas prendre dans une tour d'ivoire des décisions sur les lois en matière de respect de la vie privée qui impacteront notre vie quotidienne. Mais je n'écoute pas que les employeurs. Le 28 janvier, j'ai lancé une Privacy Platform, où sont représentées non seulement les organisations des employeurs (FEB, Unizo, Agoria,...), mais aussi les organisations des consommateurs, la Ligue des Droits de l'Homme et la commission vie privée. J'écoute les gens sur le terrain, les spécialistes qui savent vraiment ce que signifie une adaptation de la loi sur le respect de la vie privée dans la pratique.

Le respect de la vie privée n'est depuis longtemps pas uniquement l'affaire du secteur privé. Nos pouvoirs publics exploitent avidement les données des personnes et dispose de nombreuses bases de données. Via la plate-forme d'e-health, un hôpital peut solliciter vos informations médicales auprès de votre médecin de famille. Grâce à la Banque-Carrefour de la Sécurité Sociale, nous recevons rapidement et sans trop de difficultés nos indemnités de maladie ou de chômage. La carte d'identité électronique et le numéro de registre national assurent un bon service public et la simplification administrative. Notre pays est un précurseur en matière e-gouvernementale, de 'datamatching', etc. Ce rôle, nous devons continuer de le jouer. L'ordonnance 'privacy' européenne ne peut l'empêcher et ne peut nous renvoyer en arrière dans le temps.

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'Je ne souhaite pas prendre dans une tour d'ivoire des décisions sur les lois en matière de respect de la vie privée'

Le respect de la vie privée n'est pas une histoire noir/blanc. Il n'existe pas de choix entre 'privacy' ou 'no-privacy'. Sinon, les négociations à propos de l'ordonnance européenne seraient terminées depuis longtemps déjà. Le respect de la vie privée fait toujours l'objet d'un rapport aux autres droits et obligations, et se trouve toujours en balance avec d'autres valeurs.

Quelle part du respect de notre vie privée sommes-nous prêts à sacrifier pour notre sécurité? Pensons à l'échange de données de passagers de vols, systèmes de badges, surveillance par caméras Tout cela accroît notre sécurité. Mais jusqu'où peut-on aller? Tout un chacun peut-il être filmé? Combien de temps toutes ces données sont-elles conservées? Qui est autorisé à la visionner? Et surtout: comment sont-elles protégées?

Cela reste un exercice d'équilibre périlleux. Comment peut-on en même temps protéger la vie privée de quelqu'un, tout en veillant à ne pas fermer la porte à l'innovation? Un drone qui réalise des photos d'une course cycliste, c'est formidable. Mais si ce même drone vole au-dessus de notre maison, nous n'apprécions plus du tout. Nous aimons les médias sociaux, mais nous sommes en même temps préoccupés à propos de qui peut voir ou utiliser nos photos. Nous nous posons à juste titre des questions au sujet de toutes ces nouvelles évolutions et technologies. Mais nous ne pouvons pas nous laisser guider par l'angoisse. Nous ne devons pas craindre l'avenir.

La législation européenne en matière de respect de la vie privée de 1995 n'est plus à jour. Mais même une nouvelle législation ne sera jamais parfaite. Placez dix personnes autour d'une table, et elles auront chacune une définition personnelle du respect de la vie privée. Pourtant, nous ne pouvons plus nous permettre de traînailler. Nous devons aller de l'avant. Nous avons besoin d'un cadre européen. Le plus vite possible. Car le monde ne s'arrête pas de tourner, pendant que nous négocions.

Et si nous atteignons enfin cet équilibre incroyablement difficile à trouver, nous devons être conscients que cela sera tout au plus temporaire. Nous devrons continuer d'être attentifs. Le respect de la vie privée n'existe jamais en tant que tel. Il ne peut pas non plus faire l'objet de 'tripotage'. L'on peut tout au plus osciller entre le respect de la vie privée et une autre valeur. C'est ce que je fais donc aussi - avec prudence, attention, mais sans crainte. L'innovation n'est pas quelque chose dont il faut avoir peur. L'avenir nous appartient.

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