Greenpeace: 'Samsung va provoquer une catastrophe environnementale en se débarrassant de ses 4 millions de Note 7'

04/11/16 à 13:24 - Mise à jour à 13:23

L'organisation environnementale Greenpeace exige que le géant de l'électronique Samsung enlève les substances nocives des millions de smartphones qu'il a retirés du marché, avant de les mettre au rebut.

Greenpeace: 'Samsung va provoquer une catastrophe environnementale en se débarrassant de ses 4 millions de Note 7'

. © Digital Trends

Que vont devenir les 4,3 millions de téléphones Samsung Galaxy Note 7 capables d'exploser spontanément? Selon Greenpeace, ce problème majeur offre à Samsung une "sérieuse opportunité" de développer un nouveau modèle susceptible d'être aisément recyclé.

En septembre, Samsung a rappelé des millions de téléphones Note 7 dans le monde entier après une série d'incidents impliquant des appareils en feu. L'entreprise déclare avoir vendu plus de 3 millions de ces téléphones. Greenpeace, qui se base sur des données de l'agence de recherche allemande Oeko-Institut, affirme pour sa part qu'1,3 million de téléphones supplémentaires ont été fabriquées, qui n'ont cependant jamais été vendus.

Selon Greenpeace, le principal fabricant de smartphones au monde n'a encore donné aucune précision sur ce qu'il allait faire de ces téléphones.

Les smartphones contiennent des métaux lourds nocifs, tels du chrome hexavalent, de l'arsenic, du béryllium et du cadmium. Ces substances aboutissent dans le sol, dans l'air et dans l'eau, lorsque les appareils sont enfouis ou incinérés. Et les hommes et les animaux en subissent donc les effets.

Pétition

Nombre de déchets électroniques arrivent dans des pays comme le Vietnam, la Chine et le Nigéria, où de pauvres gens brûlent les circuits imprimés et les éléments en pastique et plongent les micro-puces dans de l'acide, afin d'en récupérer des métaux précieux. Il en résulte que des villages entiers deviennent des décharges à ciel ouvert.

Or les 4,3 millions de téléphones de Samsung valent beaucoup d'argent. Selon Greenpeace, tous ces téléphones contiennent conjointement quelque 100 kilos d'or valant plus ou moins 4 millions d'euros au cours actuel. En outre, ils intègrent entre 20 et 60 kilos de palladium (valeur: 360.000 à 1 million d'euros), une tonne d'argent (valeur minimale: 590.000 euros), 20 tonnes de cobalt (valeur: 518.000 euros) et 1 tonne de tungstène (valeur: 235.000 euros).

"Ces matières peuvent être retirées des téléphones, mais risquent d'aboutir dans la nature, si Samsung ne les réutilise pas", affirme Greenpeace. "La destruction de ces millions d'appareils suscite aussi des questions quant à la transparence de Samsung et à ses revendications en matière d''économie circulaire' et d'utilisation efficiente de matériaux."

L'organisation environnementale a donc lancé une pétition en vue de demander à Samsung de ne pas mettre ses téléphones au rebut.

Normes strictes

Samsung n'a pas réagi aux différentes requêtes. "L'entreprise a un gros problème, mais aussi une grande opportunité de mettre au point un meilleur système de recyclage de ses téléphones", déclare Gary Cook, analyste IT chez Greenpeace Etats-Unis. Et Cook d'ajouter que c'est la première fois dans l'histoire récente qu'une telle quantité de téléphones est rappelée simultanément. "Il s'agit d'un même modèle qui est collecté massivement au même moment. Mais vu le volume, il faut saisir l'opportunité pour mettre au point un système de réemploi."

Jim Puckett, directeur d'Action Network installé à Bâle, un groupe qui s'oppose à la mise au rebut d'appareils électroniques, s'attend à ce que Samsung ne jette pas comme cela une quantité aussi énorme d'appareils. "Le pétition lancée par Greenpeace m'a interpellé", prétend-il. "Personne ne se débarrasserait d'un tel volume de GSM, surtout pas Samsung. Les appareils seront à tout le moins déchiquetés et fondus."

Selon lui, Samsung est l'une des entreprises les plus transparentes qui soient en matière de recyclage. "En Amérique du Nord, Samsung respecte les normes les plus strictes. Les matériaux ne prennent la direction que d'entreprises de recyclage certifiées."

En général, le recyclage des smartphones est toutefois malaisé, selon Cook: "Chaque fois qu'un nouveau téléphone est lancé, il intègre de nouveaux matériaux. Cela ne concerne pas que Samsung car il en va ainsi de tout le secteur. Les matériaux sont extraits du sol pour être incorporés à un produit caractérisé par une brève longévité. Ce cycle redémarre tous les trois ans. On est loin de la durabilité."

Expédiés

Il existe au minimum 2 milliards de téléphones mobiles dans le monde, dont l'immense majorité aboutit en fin de vie dans des décharges ou sont incinérés, selon Cook. En 2010, les Américains ont jeté quelque 2,4 tonnes d'équipement électronique, dont 150 millions de GSM. 27 pour cent d'entre eux ont été recyclés. Plus de 40 pour cent des produits sont expédiés vers d'autres pays et aboutissent dans des décharges à Hong Kong, en Chine et ailleurs dans le monde, comme il ressort des chiffres publiés par Action Network.

D'après Cook, les récents changements apportés au design des téléphones font qu'ils peuvent être malaisément ouverts à des fins de réparation et qu'ils ne sont pas faciles à démonter. Vu la valeur de certains composants, une méthode de démontage efficiente pourrait donner une impulsion au marché du recyclage. Actuellement, il s'avère encore plus économique d'extraire de nouveaux matériaux, fait-il observer.

(IPS)

Nos partenaires