Evan Spiegel (Snapchat) est le nouveau Mark Zuckerberg

26/12/14 à 14:10 - Mise à jour à 14:10

Source: Datanews

Un idiot qui n'arrive même pas à la cheville du directeur de Facebook, Mark Zuckerberg. Voilà la réputation que traînait le CEO de Snapchat, Evan Spiegel. Mais c'était gravement sous-estimer le directeur du populaire service de messages, nous apprennent certains courriels éventés. Spiegel sait au contraire très bien ce qu'il fait.

Evan Spiegel (Snapchat) est le nouveau Mark Zuckerberg

Evan Spiegel © Reuters

Nombreux sont ceux dans la Silicon Valley qui qualifient d'idiot Evan Spiegel (24 ans) de Snapchat. Le tout jeune co-fondateur et CEO du service de messages mobiles bien connu n'a, à leurs yeux, aucun mérite à la croissance tumultueuse de Snapchat qui compte entre-temps plus de 100 millions d'utilisateurs actifs. C'est avec un coup de chance aussi énorme que grotesque qu'il se retrouverait aujourd'hui à la tête d'une startup pour laquelle Mark Zuckerberg de Facebook voulait dépenser l'été dernier plus de trois milliards de dollars. Ce montant est à présent aussi confirmé par une correspondance dont on a pu prendre connaissance suite à l'important piratage des systèmes IT de Sony.

Scandales

Spiegel traîne cette piètre réputation en raison de scandales précédents. Il y a quelques années, des courriels pleins de déclarations sexistes et homophobes datant de l'époque où il était encore étudiant, ont été révélés au grand jour, même s'il s'est déjà excusé à ce propos en long et en large et sans faux-fuyant. Il a également défrayé négativement la chronique pour avoir fait supprimer l'un des co-fondateurs de l'entreprise et du capital. Spiegel et consorts ont cependant trouvé un arrangement en septembre.

Cet été, Spiegel refusa en outre de s'excuser explicitement, lorsque des photos et messages intimes de centaines de milliers d'utilisateurs se sont retrouvés en ligne. Ce genre de message a été incroyablement populaire sur Snapchat car le service les détruit en théorie après un court laps de temps. Le hic, c'est que des pirates étaient parvenus à contourner ce mécanisme. Selon Spiegel, c'était les utilisateurs concernés qui étaient eux-mêmes fautifs en combinant Snapchat à un service externe peu sécurisé.

Cette réaction a convaincu davantage encore de nombreux esprits critiques du fait que Snapchat dirigée par Spiegel ne va pas durer très longtemps. Et que Spiegel aurait mieux fait de vendre l'entreprise à Zuckerberg ou à un autre entrepreneur internet sachant mieux gérer les affaires. Et qu'il était tout juste bon à se prélasser au soleil sur une plage avec les milliards de dollars que cela lui aurait rapportés.

'Other peoples money'

Mais Spiegel est jugé sur sa véritable valeur par beaucoup de personnalités de la Silicon Valley, comme il ressort de courriels révélés par la cyber-attaque perpétrée à l'encontre de l'entreprise technologique et de loisirs japonaise Sony. Un aimable capital-risqueur avait en effet transféré sa correspondance avec Spiegel au directeur de Sony Entertainment, Michael Lynton.

Dans les courriels, il était entre autres question de savoir si Snapchat ne ferait pas mieux d'attendre avant de commercialiser le service de messagerie par voie publicitaire. Qu'elle pourrait assez aisément récolter du capital supplémentaire à une valeur nettement plus élevée, précisément parce qu'elle ne possède pas encore de modèle commercial. La vogue ne serait pas ainsi tempérée par des résultats décevants. Dans sa réponse, Spiegel reconnaît la nécessité de recueillir de l'argent supplémentaire - tout en pouvant encore tenir pendant un an -, mais qu'il veut néanmoins entamer la commercialisation avant. Cela ne pourrait qu'améliorer la valeur.

Evan Spiegel: "Je n'ai pas l'intention de récolter à tout prix encore 100 millions de dollars OPM (other peoples money ou d'argent d'autrui, ndlr) pour me rendre compte après seulement que nous ne pouvons pas gagner d'argent. Nous mettons la dernière main à un modèle commercial. Je suis très confiant: cela va marcher."

Le bulle publicitaire sur Facebook

Mais le plus étonnant encore, c'est l'analyse très sobre qu'il fait de son grand concurrent Facebook et de la nouvelle vogue dotcom. Selon Spiegel, Facebook n'est pas encore parvenue à engranger des revenus publicitaires de manière durable.

"La politique monétaire de la banque centrale américaine a généré une situation anormale. Les investisseurs recherchent surtout la croissance, et le secteur technologique est un candidat intéressant. Mais entre-temps, toutes les entreprises technologiques sont devenues trop chères, même si l'on considère les prévisions de chiffre d'affaires très optimistes pour les cinq prochaines années. (...) Peut-être y aura-t-il une correction de 10 à 20 pour cent. Le cours de l'action Facebook continue évidemment de grimper (...), surtout parce que les revenus publicitaires mobiles n'arrêtent pas d'augmenter. Mais c'est dû surtout à un seul type de publicité pour installer d'autres applis. C'est là un énorme signal d'alarme car cela signifie que la publicité de marque n'a pas encore vraiment osé faire le bond et que ce sont surtout d'autres entreprises technologiques qui font croître les revenus de Facebook. Ces startups achètent sur Facebook des... utilisateurs pour leurs propres produits avec l'argent de leurs investisseurs, mais cela ne peut pas continuer de la sorte. (...) En fait, ces publicités mobiles suivent le même trajet que celui des bannières internet traditionnelles (publicités internet graphiques classiques, ndlr), où les prix se sont effondrés."

"Cette analyse, je ne pourrais pas la faire à vingt-trois ans", a répondu le directeur de Sony Entertainment, Michael Lynton, et l'on peut difficilement lui donner tort. Spiegel a clairement dans la tête un mini-plan bien établi pour détrôner Mark Zuckerberg. Si Snapchat réussit dans les prochains mois à intégrer un service publicitaire performant à son service de messagerie, Zuckerberg pourra se faire réellement du mouron.

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