e-Health: "Le ministre de la santé est trop faible"

14/12/10 à 10:22 - Mise à jour à 10:22

Source: Datanews

Les ministres de la santé nationaux sont trop faibles, et il manque de moyens pour lancer des projets e-health innovants. Voilà ce que déclare Ilias Iakovidis de la Commission européenne.

e-Health: "Le ministre de la santé est trop faible"

Les ministres de la santé nationaux sont trop faibles, et il manque de moyens pour lancer des projets e-health innovants. Voilà ce que déclare Ilias Iakovidis de la Commission européenne. "L'on ne pourra enregistrer des progrès qu'en élargissant sensiblement la problématique des soins et en la mettant à l'agenda de ministères importants."

L'unité 'ICT for Health' au sein de la direction générale de la Société de l'Information et des Médias a calculé que rien que le contrôle à distance des patients souffrant du coeur pourrait créer un marché de 2 milliards d'euros au sein de l'Europe. "Aujourd'hui, l'on n'en est cependant qu'à 100 - 150 millions d'euros pour toutes les applications e-health", ajoute Ilias Iakovidis. "Les soins de santé connaissent une énorme évolution, mais il existe un gigantesque écart entre ce qui est possible et ce qui est réalisé aujourd'hui."

Le chef de département n'attribue pas cet 'échec du marché' aux acteurs industriels ou aux fournisseurs télécoms, mais en premier lieu aux autorités tant régionales, nationales qu'européennes. "Si l'on enregistre si peu de progrès, ce n'est pas à cause du secteur, mais à cause des autorités. Des barrières sont régulièrement dressées du côté législatif, du côté de l'actionnariat et de celui des organes de réglementation."

"Il convient encore d'ajouter qu'il y a une rotation continuelle au sein des pouvoirs publics, ce qui est un obstacle à la continuité et qu'aucune vision à long terme n'est possible. C'est très frustrant. Voilà pourquoi les fournisseurs et les acteurs industriels sont tellement importants dans ce contexte. Ils comprennent mieux la situation et peuvent planifier à plus long terme."

Portée

Lors du récent e-Health Congres organisé à Bruxelles, le Grec a présenté quelques moyens destinés à stimuler l'e-health en Europe: "Une piste intéressante est 'd'amplifier les problèmes qui se posent'. Tant au niveau local qu'européen. Si vous ne parvenez pas à résoudre les problèmes d'interopérabilité dans les cliniques flamandes, faites-en une question belge. Pensez à ce que Frank Robben est en train de faire. La 'dissection' des problèmes n'a pas de sens, lorsqu'on fait de la politique."

"La télémédecine est tellement importante et vaste qu'on ne peut confier ce sujet à un seul ministère ou à un seul département. Dans la plupart des cas, le ministre de la santé est trop faible. Il n'a pas d'argent et s'occupe de combler des petits trous. L'e-health devrait tout autant être à l'agenda du ministre des Finances et devrait être un sujet important aussi pour le ministre de la Justice. Je me répète: il faut élargir la portée. Et veiller à toucher les véritables décideurs."

A l'entendre, la Commission européenne a donné le bon exemple en hébergeant tout ce qui concerne l'e-health sous trois directions générales plutôt qu'une. "Pour obtenir un meilleur résultat, nous avons réparti les compétences entre trois départements", explique encore Iakovidis. "Information Society and Media, Research et Justice. "

Sunshine disinfects

Le deuxième principe qui tient à coeur du chef de département est assez controversé, surtout en Belgique. "Sunshine disinfects", déclare-t-il. "Qu'est-ce que cela signifie? Que - quand vous rendez les données publiques et quand vous êtes ouvert et transparent en tant qu'institution - les malentendus, les maladies chroniques et les diagnostics erronés disparaissent comme neige au soleil."

"En Allemagne, les hôpitaux doivent à présent déjà faire connaître toute une série de résultats issus d'examens de leurs patients. Dans quelques autres pays, il y a aujourd'hui des informations disponibles sur les prestations des institutions de soins. Il s'agissait ici d'être très prudent, parce que les hôpitaux mal notés risquaient la faillite et que des ghettos d'institutions de soins pouvaient naître,... Mais qu'est-ce qui s'est passé? Les hôpitaux qui ont obtenu de mauvais points, ont arrêté de s'illusionner et ont changé de tactique. Et ceux qui ont obtenu de bons scores, se sont imposé le devoir moral de faire encore mieux. Toutes les organisations sont finalement devenues meilleures et plus efficientes. Sunshine disinfects. Arrêtez de craindre les informations relatives à ce que vous faites bien et moins bien. Une fois que les données sur les hôpitaux seront rendues publiques, cela pourra déboucher sur un débat de fond. Dans un stade ultérieur, c'est une saine concurrence qui pourra s'installer."

Artistes

Iakovidis tempère enfin les attentes à propos des solutions informatiques dans le secteur: "Les projets e-health sont dans la plupart des cas si locaux et spécifiques que l'infrastructure est par définition coûteuse et fragmentée."

"Dans les banques, les processus sont si analogue que du point de vue IT, l'on peut desservir quasiment le monde entier avec un seul et même progiciel. Mais l'IT dans les soins de santé s'apparente au déploiement d'applications informatiques chez les artistes. Demandez à un artiste d'utiliser une application d'une manière déterminée, et vous obtiendrez 100 résultats différents, et l'application devra être adaptée 100 fois."

"C'est pareil dans les soins de santé. Les solutions doivent être adaptées à tel hôpital, à telle région, à tel pays. Il est donc évident que de nombreuses erreurs sont commises et que le prix est irrémédiablement élevé."

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