CoderDojo apprend aux enfants à programmer gratuitement: 'Il est trop important de s'en remettre aux nerds'

23/09/16 à 14:04 - Mise à jour à 14:59

"Above all: Be cool", tel est le slogan de CoderDojo. Cette mini-phrase résume à elle seule l'initiative née en 2011 en Irlande. L'organisation non marchande a réussi en quelques années à croître pour devenir un phénomène international grâce à sa formule innovante. Les enfants peuvent en effet s'adresser gratuitement à CoderDojo pour apprendre à programmer.

CoderDojo apprend aux enfants à programmer gratuitement: 'Il est trop important de s'en remettre aux nerds'

© Coderdojo

"Nous ne sommes pas d'étranges 'nerds' qui nous terrons dans un coin pour programmer", déclare Katrien Behiels, lead coach chez Coder­Dojo Belgium. Voilà qui met directement fin à tous les préjugés. Alors que le codage était précédemment encore synonyme de 'nerds' et de 'oncool', le terme a aujourd'hui une toute autre connotation. En partie grâce à CoderDojo. "Le CoderDojo, c'est sympa et fun. Il y règne une bonne ambiance. Voilà pourquoi tout s'y passe si bien." Quelques filles se baladent un biscuit dans une main et un ordinateur portable dans l'autre, alors que dans le local suivant, des rangées de garçons, casque sur les oreilles, sont activement en train de fixer leur écran. Le Dojo, c'est surtout l'art de s'investir soi-même.

Pas d'une manière scolaire, mais ludique

Ce qu'on appelle les Dojos sont organisés un samedi après-midi par mois dans plusieurs villes et communes. En raison de l'intérêt, de nombreuses entreprises ouvrent tout spécialement leurs portes pour accueillir les enfants avides d'apprendre. Des Dojos ont ainsi lieu chaque mois au Technopolis malinois et au Digipolis anversois. Grâce à l'aide de coaches bénévoles et de quelques généreux sponsors en ordinateurs portables, tout se déroule de manière totalement gratuite.

Il s'agit là du pendant gratuit de Codefever, pour lequel il faut débourser 240 euros pour dix cours. Il y a un mois, un certain émoi s'est manifesté à propos des deux initiatives, parce que le ministre flamand de l'Innovation, Philippe Muyters, avait consenti un subside de quasiment 2 millions d'euros à l'initiative payante. Alors que CoderDojo doit pour sa part se passer de ce soutien public supplémentaire.

CoderDojo apprend aux enfants à programmer gratuitement: 'Il est trop important de s'en remettre aux nerds'

© Lara Laporte

L'objectif des deux initiatives est pourtant identique: amener les enfants en contact avec la technologie d'une manière accessible à tous et non scolaire. "Nous sommes tous scotchés à nos appareils", explique Behiels. "Tout est lié à la technologie aujourd'hui, cela nous rentre littéralement par toutes les pores de notre corps. Il est donc primordial que les enfants acquièrent des compétences basiques de manière ludique."

Cela peut paraître une tâche quasiment impossible que de motiver des jeunes de sept à dix-sept ans à se concentrer durant deux heures et demi et pourtant, les coaches y parviennent. "Nous veillons à stimuler les jeunes, à leur proposer des défis à relever et nous nous assurons qu'ils progressent dans leur trajet", ajoute encore Behiels. "Mais cela n'a rien de scolaire: nous ne travaillons pas avec des diplômes et des récompenses, mais bien avec des bracelets. C'est ainsi que l'enfant reçoit un bracelet, s'il vient en aide à un autre, s'il effectue une présentation, s'il mène à bien une tâche très complexe, etc. Cela les motive."

Logique et créativité

Durant les Dojos, l'on prévoit plusieurs espaces, afin que les enfants puissent choisir en fonction de leur intérêt. Be­hiels: "Il ne s'agit pas de mener à bien un programme d'études. Les jeunes peuvent construire des robots, jouer à Minecraft, créer des sites web." Ils travaillent aussi avec Scratch, un langage de programmation spécialement développé pour les enfants. Ils peuvent rapidement progresser grâce aux cubes colorés.

Tina (12 ans) et sa petite soeur Ella (8 ans) sont devenues des utilisatrices expérimentées de Scrat­ch. Toutes deux aiment participer aux ateliers mensuels depuis quasiment deux ans déjà. "Le plus agréable, c'est de voir le résultat final", explique Tina. Elle déborde de fierté, alors qu'elle explique son projet actuel, qu'elle a entièrement programmé conjointement avec sa petite soeur. "Mes ami(e)s sont enthousiastes et me demandent où ils peuvent le trouver. C'est vraiment agréable car nous y travaillons assidûment depuis janvier déjà et nous sommes très fières du résultat."

CoderDojo apprend aux enfants à programmer gratuitement: 'Il est trop important de s'en remettre aux nerds'

© Lara Laporte

Behiels regarde en souriant par-dessous son épaule. "Le développement artistique est aussi à l'ordre du jour au Dojo", déclare-t-elle tout en fixant l'écran de Tina. "Notre but n'est pas d'en faire de petits programmeurs, mais simplement de les mettre en contact avec la logique et la créativité. Les enfants reviennent-ils? C'est parfait. Veulent-ils faire autre chose? C'est aussi bien. La vie est faite de tellement de choses différentes."

Droit fondamental

Un peu plus loin, nous rencontrons Merel (9 ans) et son frère Wolf (12 ans) en train de fixer attentivement leur écran. C'est comme si deux développeurs de software expérimentés s'étaient emparés de leurs corps. Il y a un peu de cela du reste, puisque leur papa, Diederik Krols, travaille dans le secteur IT et apprécie le principe du CoderDojo. "Je veux inculquer à mes enfants l'idée qu'ils contrôlent l'ordinateur", explique-t-il. "Qu'ils peuvent lui faire faire ce qu'ils veulent. Cela ne se fait pas en classe, alors que cela devrait être nécessaire."

Krols ne ment pas. La cours d'informatique standard actuel à l'école se limite souvent à Word et Excel, ce qui engendre le malentendu, selon lequel 'aller plus avant' n'est possible qu'en suivant des filières scientifiques. "C'est là le grand mythe", intervient Be­hiels. "Programmer, ce n'est pourtant pas bien difficile. Même moi et mes deux mains gauches, j'y arrive, et je n'ai pas d'antécédents technologiques. Les langages de programmation actuels sont vraiment logiques."

Martine Tempels, Senior Vice President de Telenet Business et fondatrice de CoderDojo Belgium, écrit sur Knack.be: "Les compétences numériques sont un droit fondamental du 21ème siècle." Elle a entièrement raison, selon Behiels: "La technologie est omniprésente. Il est trop important de s'en remettre aux nerds. Tout un chacun doit avoir le sentiment qu'il peut le faire pour trouver davantage sa place dans le monde actuel."

Traditionnellement, le Dojo est une salle dans laquelle s'exercent des pratiquants d'arts d'autodéfense ou de sports de combat japonais, même si dans le cas du CoderDojo, il s'agit plutôt 'd'un endroit où l'on apprend à évoluer'. Coder n'est peut-être pas un sport, mais c'est à coup sûr une façon de se défendre pour affronter l'avenir. Sans violence, mais avec beaucoup de logique, de créativité et de sociabilité. Car n'oublions pas qu'above all: be cool.

Lara Laporte

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